PUIS DUCHESSE DE CHEVREUSE
D'après [ean Le Blond. — Cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale.
savoir si, quand les mines seront prêtes, il fera sommer ceux de dedans devant que les faire jouer. Je crois qu'il le doit faire, et que s'ils se rendent, cela épargnera
Lettre 121. — Archives de Chantilly.
1. La Mothe, petite place forte, en Lorraine, troupes françaises en Lorraine.
— 2. Le maréchal de La Force, commandant les
1^6 LETTRES DK LOUIS XIII A RICHELIF.U
la vie à beaucoup de gens de condition qui sont là. Pour les Liégeois ', que l'on lève nouveaux, s'il ne se peut autrement, il les faut mettre à loo hommes ou à 150 pour le plus, ^'ous ferez voir ma lettre à M. de BuUion '.
Je vous envoie des perdreaux par ce porteur, qui sont pris de hier ; je crains qu'ils se gâtent par les chemins ; toutefois, George m'a assuré qu'ils seraient encore bons pour souper.
Assurez-vous de la même affection que je vous ai toujours promise, qui durera éternellement.
Louis.
Tout le monde veut que je parte d'ici : mais il n'y a rien qui presse : je m'y trouve fort bien".
Chantillv, ce i" août 1634, onze heures du soir.
Mon cousin, vous m'avez fait grand plaisir de m'envoyer la dépêche '; je vous avoue que j'eusse été toute cette nuit en peine sans cela; je garderai le paquet" jusqu'à demain que Le Jeune ' vienne ici, ou s'il ne vient à midi, je vous le renverrai; je vous donnerai le bonjour par celle-ci, parce que je crois qu'elle ne vous sera rendue que demain matin, et prierai le bon Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
3. Troupes wallonnes, levées dans la province de Liège. C'est le régiment que Louis XIII s'était engagé, le 15 avril 1636, par traité avec les Hollandais, à lever et à entretenir à ses frais. Les wallons étaient réputés pour être d'excellents soldats. Louis XIII leva un régiment d'infanterie dont le colonel fut Charnacé et une compagnie de cavalerie commandée également par Charnacé, son ambassadeur en Hollande. — 4. Claude de Bullion, seigneur de Bonnelles, surintendant des finances avec Claude Bouthillier depuis 1632.
5. Chantill)' était relativement un « petit logis » pour le roi, qui y vivait plus isolé de sa cour, et, par conséquent, plus tranquille.
Lettre 122. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(XLV.I
I. La dépêche annonçait la prise de la place de la Mothe, en Lorraine, dont le roi parle dans la
lettre précédente, et à laquelle il attachait une si grande importance. — 2. Le paquet des dépèches
et des rapports d'Etat»
3. Léon Bouthillier, conseiller d'État, fils du surintendant des finances. Il était fort apprécié de
Louis XIII comme de Richelieu.
Moncoaux', \i août 1634.
Mon cousin, le porteur de cette lettre, appelé Sifrcdy-, est celui à qui j'ai donné la compagnie que 'j'avais réservée dans le régiment de Charnacé; il a été cinq ans dans mes mousquetaires où il a très bien servi, et de plus a deux mille écus comptant devant lui, que son père lui a envoyés pour faire une bonne compagnie. Je viens de prendre médecine, pour ne pas perdre la journée de demain, espérant aller à la chasse. Assurez-vous toujours de mon affection qui sera à jamais telle que je vous l'ai promise, priant le bon Dieu qu'il vous tienne en sa sainte f^arde.
Louis.
Chantilly, 16 amit 163.).
Mon cousin, je faisais état de vous aller voir aujourd'hui, mais la goutte ', m'ayant pris cette nuit, m'en empêchera à mon grand regret. .l'essaierai sur le soir à voler un perdreau dans mon parc n'osant aller plus loin de peur d'être surpris par la douleur et avoir trop longue retraite. J'ai force petites choses à vous dire que je vous dirai demain moi-même s'il plaît au bon Dieu.
Je ne vous assurerai pas seulement de mon affection mais de la grande passion que j'ai pour vous qui durera tant que j'aurai une minute de vie.
Louis.
Lettre 123. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(XL\'i.)
I. Le château de Monceaux, prés Meaux, va devenir de plus en plus une des résidences favorites de Louis XIIL Là il peut travailler, chasser et vivre tranquille, loin de la cour et des courtisans. — 2. Sifredy reçut une commission pour une compagnie dans le régiment wallon, dont il est parlé à la lettre 121, et dont Charnacé était colonel.
Lettre 124. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(XLVII.)
I. Le roi a maintenant, de temps en temps, des attaques de goutte. Celle-ci n'était pas bien violente, puisque Louis XIII espère, le soir même, chasser au vol dans le parc. Mais cette attaque se prolongea deux jours, et Richelieu, alors à Rovaumont, vint voir le Roi, l'entretenir des affaires courantes, et savoir les « petites choses ».
Nanteuil', 30 août 1634.
Mon cousin, j'envoie des Chapelles" au Jeune \ afin qu'il l'expédie promptement et qu'il s'en aille à Sierck ' : je l'ai chargé de ce mot pour vous assurer de la continuation de la grande affection que j'ai pour vous. Je me porte bien à cette heure, et me porterai encore mieux, quand je saurai que votre santé sera telle que la désire la personne du monde qui vous aime le plus, c'est-à-dire moi, qui prie le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous conserve aussi longtemps que je le désire.
Louis.
Dans cette lettre, Louis XIII donne encore une preuve du soin qu'il apportait à tout ce qui touchait à Fart de la guerre. Il va reconnaître lui-même les passages de rivière ou les points importants, et les note sur la carte. Il s'agit encore ici des tentatives de Gaston d'Orléans ; mais bientôt la campagne deviendra des plus sérieuses, et il faudra lutter avec toutes les forces ennemies.
On voit également que Louis XIII informe le cardinal de tout ce qu'il apprend, et sait, suivant les circonstances, lui donner des ordres, des conseils ou de simples indications.
Xanteuil. i"' septembre 1634.
iMon cousin, Buisson- vient d'arriver à Ham -, qui m'a apporté une carte, laquelle j'ai peinte, des passages de la rivière de Somme % et des lieux par oii passent ceux qui vont trouver mon frère, là où il est besoin de faire prendre garde
Lettre 125. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(XLVIIII.)
I. Nanteuil-le-Haudoin où se trouvait le magnifique château des Guises, habité ensuite par les maréchaux de Schomberg et d'Estrées, chef-lieu de canton de l'Oise, dans la vallée de la Nonette, à 50 kilomètres de Paris. — 2. Des Chapelles fut nommé gouverneur de Sierck, mais, à la première attaque des Impériaux, il rendit la place. Aussi fut-il condamné par un conseil de guerre, et exécuté à Mèzières, le 9 mai 1635.
3. Léon Bouthillier, conseiller d'État, fils du surintendant des finances. — 4. Sierck, place forte sur la Moselle, prés de la frontière de Lorraine et du Luxembourg. Autrefois, chef-lieu de canton du département de la Moselle, actuellement ville de l'Alsace-Lorraine.
Lettre 126. — Archives de Chantill)'.
I. Du Buisson, gouverneur de Ham. — 2. Ham, ville de Picardie, célèbre par son château fort, où furent emprisonnés bien des détenus politiques. Actuellement chef-lieu de canton du département de la Somme.
3. Le fleuve de Somme forme par sa vallée marécageuse une véritable ligne de défense, que l'on ne peut traverser qu'en certains passages. Cette ligne, sans avoir la même importance qu'au temps de Louis XIII, puisqu'elle est plus éloignée de la frontière, est encore considérée comme opposant un sérieux obstacle à la marche des armées ennemies.
avec de la cavalerie: à cause que à cette heure, voyant les passages de la rivière gardes, ils vont tous par la plaine, ainsi que vous le verrez marqué dans la carte et mémoire que je vous envoie dans ce paquet.
Il m'a aussi dit qu'il y a un certain cordelier dans l'armée, appelé frère Jacques, qui est normand, lequel débauche nos soldats, et les envoie en F"landre ; de plus, il est connu pour avoir été, en Piémont, espion pour les Espagnols. Je crois qu'il est bon de mander h M. de La Force • de le faire arrêter prisonnier. Il m'a aussi dit que si on ne fait entrer en garde compagnie par compagnie % qu'il n'y a pas moyen de les faire tenir les compagnies complètes ; c'est pourquoi il serait bon d'en faire faire une dépèche générale par toute la Picardie. Je demeurerai encore aujourd'hui ici, où je me porte très bien, et vous assurerai toujours de mon aflection, priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.
Louis.
Xantcuil, i" septembre 163.].
Mon cousin, j'ai répondu en marge à votre mémoire. Le frère de l'abbé Mousson ' a passé aujourd'hui par ici, qui dit que les Espagnols empêchent nos levées en Liège =, tant qu'ils peuvent. Je vous ai envoyé Lucas' pour l'affaire du mariage de Roquemont*. Je me porte très bien, grâce au bon Dieu, et vas demain coucher à Monceaux •', où je vous attendrai avec impatience, priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous conserve et garde aussi longtemps que je le désire.
Louis.
Bien que la guerre ne fût pas officiellement déclarée, les troupes françaises et espagnoles avaient constamment des « affaires ». tout le long de la frontière.
4 Le maréchal de La Force, commandant les troupes françaises.
5. Ce principe de faire le service par unité constituée, et d'éviter le mélange de troupes, tigure aujourd'hui dans les règlements militaires.
Lettre 127. — Archives de Chantillv.
1. Abbé de Mousson, chargé d'affaires de la France, à Liège. - 2. Les Espagnols empêchaient de leur mieux la levée du régiment wallon dans le pays de Liège, ordonnée par Louis MIL d après le traité fait avec les Hollandais.
3 Lucas secrétaire de confiance du roi. qui lui remettait la garde de ses papiers importants et intimes, notamment les minutes de ses articles à la Ga-,c-tU. — 4. Roquemont, gentilhomme très apprécié par Richelieu.