VI
Monceaux, ce 12 septembre 163^.
Mon cousin, j'ai écrit les billets pour les surintendants ', lesquels je vous envoie. J'ai apostille votre mémoire que je vous renvoie également dans ce paquet. Je finirai ce billet en vous assurant que l'affection que j'ai pour vous augmente de jour en jour, et durera éternellement.
Louis.
J'ai écrit le tout dans mon lit, ce qui est cause que mon écriture est un peu plus difficile à lire.
Monceaux, ce 12 septembre 1632.
Mon cousin, je vous prie que de l'aflaire' dont il est question, personne n'en sache rien que vous, le Jeune- et le maréchal de Brézé% lequel désire faire un régiment, ce à quoi je consens très volontiers.
Louis.
Monceaux, ce 14 septembre 1634.
Mon cousin, j'ai vu la lettre de d'Argencourt '. Je trouve très à propos de mettre garnison à Charleville'- ; vous choisirez le régiment. 11 me semble aussi bon de faire des magasins de foin et avoine dans les villes et faire commandement à toute
Lettre 130. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(L.)
1. Les surintendants des finances, Claude Bouthillier et Claude de BuUion; il s'agissait sans doute de paiements à effectuer.
Lettre 131. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(LL)
I. Renforcement de la cavalerie française parla création de nouveaux régiments. — 2. Léon
Bouthillier, conseiller d"État, fils du surintendant des finances.
3. Urbain de Maillé, marquis de Brézé, nommé maréchal de France, en 1632 ; il était beau-frère
de Richelieu ; veuf en 1635, il mourut en 1650.
Lettre 1 52. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(LII.)
1. DWrgencourt, ingénieur militaire, dabord au service des Huguenots, puis à celui du roi. — 2. Charleville, ville forte des Ardcnnes.
la campagne d'apporter leurs grains dans les villes; j'entends pour la Picardie'' et la Champagne, qui sont les lieux par où l'ennemi peut entrer. Je trouve bien étrange que nous n'ayons nulles nouvelles d'Allemagne et de Hollande ''. Je vous prie dès qu'il y en aura, que je les sache promptement. Je me porte bien de ma
médecine.
Louis.
Monceaux, 15 septembre 163.].
Mon cousin, je vous avoue que je n'ai jamais cru que la perte fut si grande pour les Suédois' que la disait Miré', je me réjouis extrêmement de ne m'ètre pas trompé; je crois qu'il serait bon de faire mettre quelque chose dans la Gazette^, pour détromperie monde de cette nouvelle, qui a tant couru. J'espère, avec l'aide du bon Dieu et votre vigilance ordinaire, sans kquelle tout irait mal, que nos affaires iront bien. Voilà une grande diversion aux Espagnols que le siège de Bréda', lequel les empêchera pour un temps de penser à nous; ce qui nous donnera loisir de nous fortifier. Je finirai celle-ci en vous assurant de mon affection.
J'oubliais à vous dire que, bien que ce me soit un extrême déplaisir d'être si longtemps sans vous voir, toutefois ce qui me console est que vous n'y êtes que pour mes affaires, desquelles vous prenez un tel soin que je ne vous saurais assez témoigner l'obligation que je vous en ai, qu'en vous rassurant tout de nouveau de la grande amitié que j'ai pour vous, qui durera jusques à la mort, priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous conserve aussi longtemps que je le désire.
Louis.
L'ancienne organisation féodale des bans et arrière-bans des provinces, avec des charges obligatoires d'un service gratuit, ne convenait plus aux nécessités de la politique européenne,
3. La Picardie était exposée aux Espagnols et la Champagne aux Impériaux. Le roi donne Tordre de faire apporter les vivres de la campagne dans les places fortes pour augmenter leurs approvisionnements et éviter en outre de fournir des ressources aux fourrageurs ennemis. — 4. La Hollande, alliée de la France, devait marcher contre les troupes espagnoles, et Richelieu, qui agissait sur les princes protestants allemands, voulait par eux tenir en échec les troupes impériales.
Lettre 133. — Archives de Chantill}*.
I. Le bruit avait couru d'une défaite considérable de l'armée suédoise par les impériaux. Du reste, depuis la mort glorieuse de Gustave ,\dolphe, le prestige de la Suéde était fortement ébranlé. — 2. Beaumontde Miré, neveu d'Hugues de Charnacé, ambassadeur en Hollande, et son collaborateur.
3. Dans la Galette de France. — 4. Bréda, place forte de Hollande. Les Hollandais s'étaient décidés à marcher contre les Espagnols, qui voulurent par représailles s'emparer de Bréda. Cette diversion empêchait leur offensive du coté de la Picardie.
au xvir siècle. Louis XIII le comprenait parfaitement, et voulut former son armée de troupes soldées; mais, pour cela, il fallait des ressources d'argent, et c'était la difficulté continuelle de s'en procurer, qui le faisait, sans cesse, avertir Richelieu.
iS soptembrc 1634.
La dcrnicre recrue des 10 hommes de la cavalerie', qui est venue en Picardieet Tardenois ', n'a reçu aucun argent, ni montre', ni surtaux''. Ces capitaines me sont venus pour m'en avertir, et me dire qu'ils ne les peuvent plus tenir sans argent. ^'ous parlerez aux surintendants", pour leur en faire donner.
LA VILLE FORTE DE SAIXTE-MEXEHOULD
sous LOUIS XIII
D'après Cl (.'iiatillox. — Cabinet des Estampes, Bibliothèque nationale.
Vous aurez la sédition armée à laquelle je crois qu'il faut remédier, h Rouen ', et ne pas souffrir telles choses. Je crois qu'il serait bon pour leur faire peur de rétablir le fort Sainte-Catherine % et de faire avancer quelques régiments de ce côté.
Lettre 134. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-i LUI.)
1. Levée supplémentaire pour renforcer les compagnies de cavalerie de 10 hommes chacune. — 2. La Picardie était la province frontière du coté des Espagnols.
3. Le Tardenois, ancienne région de la Picardie, dont le chef-lieu s'appelle encore Père en Tardenois. — 4. Solde des officiers.
5. Surtaux, supplément de paie accordé dans certaines circonstances analogues à ce qu'on appelle maintenant l'indemnité d'entrée en campagne. — 6. Les surintendants des finances Claude Bouthillier et Claude de Bullion.
7. Vous aurez à Rouen des troubles militaires, dus à l'insubordination des arrière-bans qui ne veulent pas partir. — 8. Fort qui commandait Rouen.
J'ai commandé à la Ville-aux-Clercs^ les provisions pour M.M. de Sully et la Meilleraye '", et ferai toujours de bon cœur tout ce que je connaîtrai que vous désirerez. — -Moncaut me presse pour un régiment, et m"a dit que vous me l'aviez renvoyé. Je m'en remets à vous d'en faire ce que vous jugerez à propos. Je crois qu'il sera content qu'on le mette sur le rôle de ceux qui en demandent pour l'avenir.
Louis.
s. L. 22 septembre 1634.
Je me suis enquis à la Mlle-aux-Clercs si M. de Sully ' avait la survivance de son fils ; il m'a assuré que le Marquis de Rosny - fut reçu à pur et à plein \ et que dans son serment il ne fut point dit à survivance de son père, et que pour savoir ce qui en est il faut voir les registres de la Chambre des Comptes, où les lettres de l'un et de l'autre sont registrées. Les lettres du fils sont de l'année 1610.
Si le père l'a, il faut que ce soit de M. de Puisieux '.
Louis.
Le Plessis-du-Bois ', ce 26 septembre 1634.
Mon cousin, je réponds en marge à ce mémoire que s'il est nécessaire que je m'approche plus tard de Paris, mandez-le-moi ; car, au lieu d'aller à Chantilly, je m.e rendrai à Saint-Germain, au temps que vous me manderez. Je me porte de mieux en mieux, et prie le bon Dieu de tout mon cœur que votre santé soit telle que je la désire, moyennant quoi rien ne saurait mal aller.
Louis.
g. Henri de Loménie, comte de Brienne, seigneur de la Ville-aux-Clercs, secrétaire d'Etat après la mort de Richelieu, chargé des Affaires Étrangères de 1643 à 1663. — 10. Le marquis de la Meilleraj-e, cousin germain de Richelieu, allait être nommé grand maitre de rartillerie.
Lettre 135. — Archives de Chantilly.
I. Le duc de Sulh-, le célèbre ministre de Henri IV. — 2. Le marquis de Rosny, fils du duc de SuUv, qui s'appelait, du reste, M. de Rosny. avant l'érection de la terre de Sully en duché-pairie.
3. Sans condition. — 4. Si le duc de Sully avait la survivance de ses charges en faveur de son fils ce dut être de Tépoque où M. de Puisieu.'c (Pierre Brulart, vicomte de Puisieux) était secrétaire d'État.
Lettre 136. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(LIV.)
I. Château entre Meaux et Dammartin, appartenant au président de Flesselles.
Écoiicn, 30 septembre 1634.
Mon cousin, je vous ai mande ce matin par mon cousin le cardinal de La Valette que je faisais état d'aller lundi à Saint-dermain, pour y être mardi et mercredi ; toutefois, si vous désirez que j'aille plus tôt à Versailles que jeudi, mandezle-moi ; j'irai à l'heure même que j'aurai de vos nouvelles.
Il vient d'arriver un capitaine de la garnison de La Capelle ', qui m'a dit qu'il y avait 4 ou 5 mille hommes de pied autour d'Avesnes'-, et que l'on y attendait mon frère'' dans peu de temps. .Te lui ai demandé s'il y avait de la cavalerie : il m'a dit que il y en avait à ce qu'on disait, mais qu'elle était plus avant dans le pays.
Je m'étonne bien de quoi Kenut '■ ne vient pas, y ayant huit jours que le vent est bon.
Je finirai celle-ci en vous assurant de mon affection, qui sera toujours telle que
vous la pouvez désirer, et prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne
en sa sainte garde.
Louis.
Saint-Germain-i-n-Layc ', ce 4 octobre 1634.
Mon cousin, j'ai reçu les billets que vous m'avez envoyés ; je les donnerai h ceu.x qu'il faut.
J'espère que le bon Dieu me préservera de tous ces mauvais desseins -, et vous aussi, auquel je recommande d'avoir plus de soin de vous que jamais. Je me rendrai, vendredi, à Sainte-Geneviève-des-Bois \ pour être plus proche de vous que jamais.
Lettre 137. — Archives de Chantilly.
I. La Capelle, place forte de la Flandre, entre Avesnes et Vervins, chef-lieu de canton du département du Nord. — 2. Avesncs, place forte de la Flandre, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département du Nord.
3. On redoutait encore une nouvelle trahison de Gaston d'Orléans à la tête de troupes espagnoles. -^ 4. Kenut, de son vrai nom Knuyt, ambassadeur de Hollande près le roi de France, venait par mer de Hollande, pour éviter de traverser les Pays-Bas espagnols.
Lettre 138. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(LV.)
I . Le château royal de Saint-Germain-cn-Laye. où Louis XIII passait les mois d'octobre, novembre
et décembre, sauf quelques jours à Versailles. — 2. Les mauvais desseins de Gaston d'Orléans. 3. Sainte-Geneviève-des-Bois, village de Seine-et-Oise, à l'est de Montlhéry, où se trouvait un grand
château bâti par François ï", près de la foret de Sequigny, où la chasse était agréable au roi.
Louis .\III s'y rendit le 6 octobre, venant de Chevreuse; le cardinal était au château de Chilly,
appelé ensuite Chîlly-Mazarin, près de Longjumeau.
A'ous me mandez par les billets qu'il faut veiller aux passages et autres lieux, pour faire arrêter ces deux hommes. Je ne sais s'il faut que je le mande, ou si vous l'avez déjà fait. Si je n'ai de vos nouvelles demain là-dessus, ce sera signe que vous l'aurez fait.
Assurez-vous de mon affection qui durera pour vous jusqu'à la mort.
Louis.
Le duc d'Orléans s'était retiré dans les Pays-Bas espagnols, où sa présence gênait la politique du roi. Louis XIII désirait qu'il rentrât en France, et, en outre qu'il acceptât l'annulation de son mariage avec la princesse de Lorraine. Gaston aux abois, suspecté par les Espagnols, et plutôt leur prisonnier que leur allié, chercha à leur échapper. Il put quitter Bruxelles le 8 octobre et accepta, au moins en apparence, toutes les conditions imposées a sa rentrée en France.
Saintc-Genevii-ve-des-Bois, le lo octobre 163.1.
Mon cousin, je vous renvoie votre lettre que j'avais tenue secrète; mais, revenant de la chasse, j'ai trouvé un gentilhomme appelé Laforèt', qui est borgne, qui venait de Chilly, et disait à tout le monde que mon frère s'était sauvé de Bruxelles^ et s'était retiré lui quatrième à La Capelle. Je vous mande ceci, afin que vous sachiez que tout ce que vous me mandez, je n'en parle à personne sans savoir devant qui, et s'il le faut ou non. Je demeurerai encore ici demain pour être plus proche de vous.
Sur cette nouvelle, je finirai celle-ci en vous assurant que je tiendrai ce que je
vous ai souvent promis de tout mon cœur, et prierai le bon Dieu qu'il vous tienne
en sa sainte garde.
Je vous prie que s'il vient d'autres nouvelles, que je les sache au plus tôt.
Sainte-Geneviève-des-Bois, 13 octobre 1634.
Le chevalier du guet ' me dit, l'autre jour, qu'il y avait un homme du Coudray- Montpensier-, qui avait été en prison à Bruxelles, lequel avait mauvais dessein
Lettre 139. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(LVI.)
I. De la suite de Richelieu. — 2. Gaston d'Orléans s'était enfui de Bruxelles le 8 octobre 1634.
Lettre 140. — Archives de Chantilly.
I. Le chevalier du guet était chargé de la police. — 2. Le marquis du Coudray-Montpensier, compagnon de Gaston d'Orléans.
contre vous, lequel était venu à Paris. J'estime qu'il est très à propos de s'enquérir tout doucement d'Elbène' (et le Jeune' s'en peut encore enquérir à de ceux de mon frère, étant à Soissons'") si il a eu quelqu'un, prisonnier à Bruxelles depuis quelque temps, qui fut au Coudray,ou h mon frère, pour savoir si cet avis est véritable. Cette pensée m'est venue cette nuit ; songeant à vous, de qui j'aime mieux
la conservation que la mienne propre.
Loui.s.
LE CHATEAU DE CHILLY, ri'^s Paris
sous LOUIS XIII