‹ Louis XIIIChapitre 87 sur 166 · MORT EX · texte numérisé non relu

MORT EX

D'après Michel Lasxe. — Cabinet des Estampes, Bibliothèque Nationale.

i88 LETTRES DE LOUIS Mil A RICHHLIEL'

les donner à personne. Je vous prie encore de la même chose que j'ai fait autrefois, qui est de ne croire ledit Nogent ni en bien ni en mal de tout ce qu'il vous pourra dire de moi. Ceci me fait souvenir d'une question que me fit M. Servien ' à Argenteuil -, qui est en quel nom il ferait les dépèches en mon absence ; ne songeant point encore au pouvoir que je vous voulais donner, je lui dis : « faites-les en mon nom, car tout ce que commandera le cardinal, je le tiens comme si c était moi ». Il me répondit : «faut donc les antidater » ; je lui dis : » faites-le, je le veux bien. » Je crains tant qu'on n'explique en mon absence les choses autrement qu'elles ne sont, que j'ai été bien aise de vous faire savoir ceci. J'oubliais hier à vous dire que M. le Comte m'écrivait que l'autre corps de noblesse ne sera prêt que au lo de l'autre mois ; je ne laisserai pas de partir pour cela le i" septembre, si je n'ai autre ordre de vous du contraire.

Si le baron de Nan ne fait point ce régiment, il faudrait prendre 2 ou 300 hommes qu'il a pour les mettre dans un des vieu.x régiments. Je vous prie de m'envoyer une carte de Lorraine, n'en aj'ant point trouvé dans mes coffres.

Louis.

Monceaux, 30 août 1635.

J"ai ouvert le paquet que porte le vicomte de Montbas, par lequel j'ai vu l'approche des troupes du duc Charles vers Neufchàteau et le Barrois. J'ai cru devoir envoyer un courrier diligemment après Crouzille, pour lui faire surseoir sa commission jusqu'à nouvel ordre, et au Rallier de les mettre en corps le plus tôt qu'il pourra, pour aller où il sera besoin; car, ces troupes-là étant où elles sont, les compagnies qui iraient seule à seule et deu.\ à deux vers Metz seraient taillées en pièces infailliblement. A'ous me manderez si j'ai bien fait ou non.

Je vous prie de commander aux capitaines de votre régiment ' de n'en débaucher point dans le régiment des gardes, y en ayant déjà plusieurs qui demandent congé pour y aller. J'ai fait faire un ban aujourd'hui à ce que nul soldat n'eût à aller à Paris, et même je les ferai samedi déloger de Meaux, pour les envoyer vers Château-Thierry, où je m'en irai lundi.

Louis.

Lettre 192. — Archives de Chantilly.

I. Abel Servien, secrétaire d'Etat de la guerre. — 2. .\rgcnteuil-sur-Scine, prés Paris.

Lettre 193. — Archives de Chantilly.

I. Louis XIII prescrit à Richelieu d'empêcher que les officiers de son régiment des gardes ne fassent des recrues dans le régiment des gardes du roi.

Monceaux, i" septembre 1635.

Vous apprendrez par ce courrier comme Arpajon est arrivé jeudi à Toul sans trouver personne, les ennemis s"étant retirés à son approche. J'ai ouvert les paquets que porte ce courrier, et les ai refermés de mon cachet, ce que je ferai à tous ceux que j'ouvrirai à l'avenir. Fontenoy demande la compagnie de son neveu de Gamache pour un de ses frères; mais ils sont encore au collège; le lieutenant est fort honnête homme, qui la maintiendra fort bien, si je lui donne ; je n'en disposerai point, que je n'aie de vos nouvelles.

Louis.

Louis XIII désirait partir au plus tùt pour l'armée, croyant, à juste titre, que sa présence activerait toutes choses. Richelieu trouvait contraire à la dignité royale de se trouver en présence de forces insuffisantes, et en période d'organisation. Ce sentiment est à Ihonneur de tous les deux. Louis XIII y mit toutes les formes possibles, mais il partit. Son attitude rappelle ce mot de Napoléon : » Si j'avais attendu que mes armées fussent prêtes d'après le rapport de mes généraux, je n'aurais jamais pu livrer une bataille //

Ce léger dissentiment entre le roi et Richelieu, fort amplifié par les historiens, montre que Louis XIII savait vouloir et agir, même contre la volonté du cardinal.

Monceaux, ce 2 septembre 1635.

Mon cousin, je suis au désespoir de la promptitude que j'eus, hier, à vous écrire le billet sur le sujet de mon voyage; je vous prie de le vouloir brûler, et oublier en même temps, ce qu'il contenait, et croire que, comme je n'ai eu dessein de vous fâcher en rien, je n'aurai jamais d'autre pensée que de suivre vos bons avis en toutes choses et ponctuellement. Je vous prie encore une fois de vouloir bien oublier...., et m'écrivez par ce porteur que vous n'y pensez plus, et me mettrez ainsi l'esprit en repos. Je vous assure que je n'aurai point de contentement que je ne vous puisse témoigner encore l'extrême affection que j'ai pour vous, et qui durera jusqu'à la mort, priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.

Louis.

Lettre 194. — Archives de Chantilly.

Lettre 195. — Le P. Griffet. — Topin.-(LXXXVIlL'»

iqo LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU

Monceaux, 3 septembre 1635, à 8 heures du soir.

Je viens de recevoir nouvelles du Hallier', lequel ne parle ni en bien ni en mal des nouvelles que mande ^'aubecourt. Son courrier dit de bouche que Lemont est autour de Saint-Mihiel ' avec 2 000 chevaux et quelque i 200 hommes de pied ramassés, qui tiennent les bois; qu'il est vrai qu'ils ont été trois heures dans Saint- Mihiel, mais qu'ils en sont ressortis comme l'autre fois ; ceci a été assuré à ce courrier par un gentilhomme appelé Raubucourt, qui demeure à 3 lieues dudit Saint- Mihiel, lequel lui dit de le dire au Hallier, croyant qu'il Fallait trouver. J'ai donné ordre au Hallier de donner à ^'aubecourt ' les 2 compagnies d'Anguien, les 3 de Torigny, Bussy, de Vaire, Tachy, Tourville, lesquelles se devaient rendre auprès de lui le lendemain que ce courrier est parti. Je lui mande aussi que si les gendarmes de M. de Tresmes et quelques autres compagnies sont arrivés, qu'il achève de parfaire le nombre des X, afin que,, si ensuite on les veut envoyer au cardinal de La "\'alette, elles soient toutes portées. D'infanterie il n'a que le régiment de Chabrignac, lequel est de i 100 hommes. Je lui mande que si ^'aubecourt en a affaire au lieu des dragons (desquels il n"a nulle nouvelle), il lui donne. Si les ennemis ont pris Saint-Mihiel, et qu'ils y mettent i 000 hommes dedans, ce que a "N'aubecourt ne les en saurait chasser ; et faut un plus grand corps d'infanterie. Si le duc Charles se retire, et qu'il laisse ses troupes là derrière, celui qui aura la commission de les charger, acquerra de l'honneur à bon marché.

J'oubliais h vous dire que le convoi est en sûreté dans Ligny '', à ce que assure le courrier du Hallier, qui est son maître d'hôtel, et dit qu'il n'y a eu que 60 chevaux de pris, qui allaient pour chercher du fourrage. Ledit courrier assure aussi que il devait arriver dans deux jours 3 régiments; le Hallier n'en mande rien.

Louis.

J'oubliais à vous dire que Lemont est beau-frère de Vaubecourt, et que je crains qu'il ne le fasse plus fort qu'il n'est.

Lettre 196. — Archives de Chantilly.

I. François de l'Hôpital, seigneur du Hallier, ancien capitaine des gardes, alors lieutenant général. Il était frère du maréchal de Vitry, et avait épousé Charlotte des Essarts, ancienne maîtresse de Henri IV et du cardinal de Guise. Il fut nommé maréchal de France en 1643, ayant une réputation de fidélité incorruptible. — 2. Saint-Mihiel, ville forte de Lorraine sur la Meuse.

3. Jean de Xettancourt, comte de Vaubecourt, gouverneur de Chàlons, était à l'armée de Lorraine. — 4. Ligny en Barrois, chef-lieu de canton du département de la Meuse.

Monceaux, 5 septembre 1635, à 2 heures après midi.

Mon cousin, ce porteur qui est conseiller au parlement de Metz, et qui vient de Nanc\% vous dira des nouvelles de ce pays-là ; il vous parlera de l'affaire de Riquet, de quoi vous avez déjà entendu parler à du Hamel. A'ous ferez en cette affaire ce que vous jugerez à propos ; cependant je prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.

Louis.

Monceau, 7 septembre 1635.

Il est venu un soldat de la part du gouverneur de Guise, lequel s'appelle Boissy. que je connais il y a di.\ ans ' pour l'avoir vu sergent de la Colonelle - de Piémont, qui est très avisé : il dit que ledit gouverneur me l'a envoyé sur un bruit, qui court dans ce pays, que j'avais conseillé à M. de Chaulnes de l'ôter de Guise'* et y mettre un gentilhomme nommé Boispréau, et qu'il ferait tout ce que je lui commanderais ; je lui ai dit que j'étais très content dudit gouverneur, et que c'est un faux bruit: ledit gouverneur est fort honnête homme et très affectionné, à ce que j'ai connu jusques à cette heure. Je lui ai demandé quelles nouvelles il y avait des ennemis en ce pays-là; il m'a assuré que, s'il n'y en est venu de hier (de quoi on ne parlait point, quand il est parti', il n'y a que 738 cents croates et 4 compagnies du comte de Bucquoy en toute cette frontière depuis Guise jusques à Rocroy, lesquels ont brùlé deu.x villages ; que ledit gouverneur et le baron du Bec' sortirent après eux, que s'ils les eussent attendus que ils les eussent bien frottés, et que ils ne surent attraper que 50 croates, dont il en demeura 5 sur la place, tout le reste s'enfuit.

J'oubliais à vous dire qu'ils n'ont nulle infanterie que les paysans, qu'ils ramassent quand ils veulent faire quelque course.

Lettre 197. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-^LXXXIX.)

Lettre 198. — Archives de Chantilly.

I. Héroard avait signalé la mémoire prodigieuse de Louis XIII dès son enfance, qui lui permettait de se rappeler les noms et les figures des gens qu"il n"avait vus qu'une seule fois. — 2. La compagnie Colonelle du régiment de Piémont.

3. Guise en Thiérache, chef-lieu de canton du département de r.\isne. — 4. Le baron du Bec, gouverneur de La Capelle.

iq2 LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU

Monceaux, 9 septembre 1635.

En l'absence de M. Bouthillier. qui est allé à Coulommiers ' voir sa femme, je ferai réponse à votre mémoire. Vous aurez vu par le vicomte de Bouville, et, depuis, par Castelnau de La Force, comme M. d'Angouléme a fait retirer Lemont, et ensuite a envoyé à Ligny quérir 200 charrettes, qui restaient avec leurs chevaux, pour les mener à Nancy avec lui, et que de là il s'en retournait à Lunéville', où je le crois à présent, pour marcher droit au duc Charles, lequel a fait quelques forts aux principales avenues de Rambervilliers. ^'ous aurez vu les copies des dépèches que j'ai faites à A'aubecourt, tant sur le convoi que sur Saint-Mihiel. Le Jeune vous aura porté un mémoire de mes pensées sur tout cela. Je serai sans faute, dimanche, à Saint-Dizier \ pour le plus tard. Je n'ai pas jugé à propos de faire les dépèches que vous me mandez, parce que, M. d'Angouléme s'en étant retourné, comme je vous ai dit ci-dessus, et "N'aubecourt étant avancé suivant les ordres que vous avez vus, je n'ai pas jugé qu'il y eût rien à leur mander de nouveau.

Dès que je serai à Saint-Dizier, je ferai passer le reste du convoi, duquel les chevaux se rassemblent cependant, et assurerai les chemins de Bar à Nancy, si Vaubecourt ne l'a déjà fait.

Louis.

Monceaux. 9 septembre 1635.

Je vous envoie Troisville, qui vous mène Parvy, qui revient de Flandre; il vous parlera d'une affaire d'importance.'. Il partit dimanche dernier de Marienbourg -, trois lieues proche de Chimay ", où l'on nous mandait de Rocroy ' qu'il s'y assemblait un corps d'armée. Il assure qu'il n'y a pas un homme de guerre en tout ce canton de pays-là, que, devers Avesnes, il est vrai qu'il y a 2 000 croates et 600 dragons, que d'autres troupes il n'y en a point du tout. Pour Piccolomini, il est encore

Lettre 199. — Archives de Chantilly.

I. Coulommiers en Brie, chef-lieu d'arrondissement de Seine-et-Marne. — 2. Lunéville en Lorraine, chef-lieu d'arrondissement de Meurthe-et-Moselle.

3. Saint-Dizier en Champagne, chef-lieu de canton de la Haute-Marne.

Lettre 200. — Archives de Chantilly.

I. Les nouvelles de l'armée française en Flandre étaient rares. — 2. Marienbourg et Chimay, villes de Belgique, non loin de la frontière actuelle de la France.

3. Rocroy, chef-lieu d'arrondissement du département des Ardennes.

h l'armée du Marquis d'Aytona; -M. de \'illerceau. qui est à Bar, a fait décharger les blés qui étaient à Ligny, voyant les pluies, parce qu'ils se germaient sur les charrettes, ace qu'il mande. Je crains que la plupart des chevaux s'en sont retour-

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