‹ Louis XIIIChapitre 88 sur 166 · LA VILLE D'ÉPERNAY-EN-CHAMPAGNE · texte numérisé non relu

LA VILLE D'ÉPERNAY-EN-CHAMPAGNE

sous LOUIS XIII

D'après Cl. Chatillo.v. — Cabinet des Estampes. Bibliothèque Nationale. Siège d'une ville fortifiée.

nés devant que mon ordre soit arrivé, les commis de M. Bouthillier étant un peu

longs à expédier les courriers, de quoi j'ai fait reproche ce matin à M. Bouthillier

même.

Il n'y a nulles nouvelles de Lorraine depuis hier.

Louis.

Dans cette lettre, comme dans beaucoup de celles qui suivront, on voit le roi insister près du cardinal pour qu'il lui fournisse de l'argent et des approvisionnements. Richelieu répondait qu'il faisait tout le possible, et pressait le secrétaire d'Etat pour obtenir le nécessaire.

Miinceaux, g septembre 1635.

Mon cousin je suis très fâché d'être contraint de vous écrire qu'il n'v a à Saint- Dizier ni trésorier ni munitionnaire et que toutes les troupes qui v sont sur le point de se débander s'il n'y est pourvu promptement ; pour moi sans cela je n'oserai 3' aller h cause des plaintes et crieries que j'aurai de tout côté ce à quoi je ne pourrai remédier.

Louis.

Louis XIII était parti de Monceaux. le 10 septembre, pour se rendre sur le théâtre des opérations. Il serait trop long d'en expliquer le détail, même par des notes; car il faudrait faire une véritable histoire détaillée de cette campagne. La lecture des lettres permet du reste de suivre tous les événements.

11 faut noter dès le début les instructions de Louis XIII prescrivant qu'"// (c'est-à-dire le cardinal I ne donne point d'ordres en dehors de lui.

Chàlons, 12 septembre 1635.

Mon cousin, vous verrez par la dépèche de M. Bouthillier les propositions que fait M. d'.\ngoulème' et les difficultés qu'il y a; nous attendrons votre avis làdessus.

Je vous prie que, quand on donnera des ordres au.\ troupes, qui me doivent venir joindre, et même à celles qui sont arrivées, je le puisse savoir, parce que j'en donne d'un côté et on en donne des autres sans m'en avertir ; cela pourrait causer quelque désordre au.\ affaires, si cela continuait.

J'ai ici quelque 600 chevaux de noblesse, sans ce que Vaubecourt a avec lui. Je lui ai mandé que, si M. d'Angouléme le mande, qu'il lui mène 2000 chevaux effectifs, 500 dragons et 2000 hommes de pied, et qu'il me renvoie le reste entre Bar et Saint-Dizier.

Ceux de Saint-Mihiel se fortifient ; ils ont abattu toutes les murailles des jardins d'autour de la ville, et se retranchent sur le haut des Capucins : toutefois, avec tous leurs beaux préparatifs, je ne crois pas qu'ils nous attendent. Je me ferai saigner demain matin à cause de la goutte, et espère partir samedi, pour aller à

Lettre 201. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.- XC.^

Lettre 202. — .-Vrchives de Chantilly.

I. Charles de Valois, duc d'.\ngoulème, fils de Charles IX et de Marie Touchet. D'abord comte d'Auvergne, il fut arrêté avec le maréchal de Biron, en 1602, et mis à la Bastille. Gracié, puis reconnu comme cousin par Louis XIII, il commandait en Lorraine, Il mourut en 1650.

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^'il^y et Je là à Saint-Di/icr. Je unirai cette lettre en vous assurant de mon allection, qui sera toujours telle que vous la pouvez souhaiter, priant le bon Dieu qu'il vous tienne en sa sainte garde.

J'oubliais à vous dire que. lundi prochain, il part encore d'ici 500 charrettes chargées de blé.

Louis.

12 ou 15 scptimbre 1635.

Nous avons avis de tous cotés que le duc (Charles' s'est retiré fort malade à Rambervilliers, à un château nommé FougeroUes, qui est auprès de Plombières ; il n'a amené avec lui que 200 chevaux pour sa garde, ayant laissé tout le reste à Jean de \\'erth -. au dit Rambervilliers.

Louis.

Chàlons', 14 septembre 1635.

Nous n'avons encore nulles nouvelles d'argent, ni de commis des vivres.

J'ai envoyé 4000 livres au Hallier pour faire fournir des vivres aux troupes à mesure qu'ils arriveront, attendant le dit commis. Il n'y a d'arrivés que les régiments de Chabtignac, Commières et trois compagnies de Mgneux-, et les compagnies de cavalerie ci-dessous, savoir : deux de .^L le Prince, trois de Torigny. Bussv, de \"aire, Tourville, Tachy, Bouquinvillc, et les dragons d'Alaigre: outre ce que dessus, il a bien 1200 gentilshommes ou plus. 'Waubecourt a tout ce que dessus avec lui. Nous n'avons point encore réponse de .AL d'Angoulcme, savoir si \'aubecourt l'ira trouver ou non.

Le Hallier me manda, hier au soir, que le Régiment de Sévigné devait arriver aujourd'hui : celui de Roquelaurc doit être auprès de Langres, il y a huit jours ; on croit que Bourbonne ' l'a arrêté, lequel arrête toutes les troupes qui passent, au

Lettre 203. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-;XCI.)

I. A l'approche de l'armée française, le duc Charles avait abandonné Nancy, sa capitale, et s'était

réfugié à Rambervilliers. dans les Vosges. — 2. Jean de Wrrth. était un chef de partisans au service

de l'empereur. 11 fut fait prisonnier en 1638.

Lettre 204. — Archives de Chantilly.

I. Chàlons-sur-Marne, chef-lieu du département de la Marne. — 2. Les régiments et compagnies portaient le nom des colonels ou capitaines propriétaires.

3. Charles de Livron, marquis de Bourbonne, lieutenant du roi en Champagne, était à Langres, chef-lieu d'arrondissement de la Haute-Marne,

iqô LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU

lieu de nous les envoyer, et se laisse venir manger par les ennemis jusques aux portes de Langres, sans oser sortir. Quand il n'a point de troupes, il dit que, s'il en avait, il ferait rage, et quand il en a, il ne fait rien ; je lui ai écrit une lettre bien sèche là dessus.

Senarpont couche ce soir à quatre lieues d'ici. Vernancourt conduit demain cinquante-six charrettes de blé à Bar. Nous attendons de jour à autre les régiments de Boisse, d'AUem.and et 9 compagnies de Nan. Voilà de ce que je peux faire état entre ci et quinze jours, n'a3'ant nulles nouvelles des autres, au-devant desquels j'ai envoyé pour les hâter. Pour la cavalerie, sont arrivés les gens d'armes de Tresmes, 4 compagnies de Saint-Simon, la cinquième a passé avec Arpajon, Sancourt, Harlay ; Lannoy arrivera mardi. Je crois que Bourbonne retient les trois autres d'Anguien, 3 compagnies de dragons de BernieuUes ; voilà de quoi je peux faire état de compagnies réglées pour le présent, lesquelles, les miennes comprises, pourront faire iioo chevaux pour le plus.

Depuis avoir achevé ce mémoire, M. le Garde des sceaux, lequel prend un très grand soin des vivres, me vient d'assurer que nous en aurons pour loooo hommes de pied pour vingt jours devant nous, bien qu'il n'y ait ici ni argent ni munition.

Il est nécessaire de nous envoyer de l'argent tant pour l'armée que pour les achats de blé et voitures, qu'il faut faire avant que les pluies viennent, de quoi vous parlerez à M. de BuUion^ comme il faut. Je pensais partir demain, mais j'ai été contraint de demeurer ici, tant pour faire avancer les troupes que pour attendre Le Jeune", qui doit venir ce soir, par lequel j'apprendrai vos intentions, lesquelles je suivrai de point en point, si ce n'est que les occasions qui se présenteront les fassent changer, et auxquelles il faut pourvoir sur le champ. Si je n'eusse fait avancer Vaubecourt à ^'oid. Saint-Mihie! fût rendu à cette heure. Dès que les troupes cidessus seront assemblées, j'y envoyerai pour essayer d'attraper dedans 3000 coquins qui y sont.

J'oubliais à vous dire que, outre les compagnies réglées, nous pouvons avoir 560 gentilshommes, non compris M. du Rivau, que nous attendons demain ou après-demain, de façon que nous aurons dans quatre jours, tout compris, quelque I 600 chevaux et S à 9000 hommes de pied. Je fais état de mener avec moi 2 canons de batterie et 2 bâtardes de fer, pour reprendre toutes ces bicoques, qui ravagent toute la frontière. Je n'ai plus de goutte depuis hier, grâce au bon Dieu ; je vous recommande d'avoir soin de votre santé.

On me vient de dire que M""" de Phalsbourg est à Luxembourg, qui

4. Louis XIII recommande presque chaque jour de stimuler le zèle des surintendants des finances pour en obtenir des ressources.

5. Léon Bouthillier servait d'intermédiaire entre le roi et le cardinal.

CHARLES DUC D'ANGOULEME

NÉ EX 1573. MORT EX 1650 D'après le portrait de Tii. de Champaigne, gravé par Morin.

içS LETTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU

amasse des troupes, et que le jeune de .Alérode doit être son lieutenant général.

Louis.

Je vous envoie l'état des troupes de Lemont.

s. I. 14 septembre 1655. à heures du soir'.

Depuis mon paquet fermé. Le Hallier m'a mandé que le régiment d'Urfé était arrivé, et qu'il était bien fort.

Le lieutenant de M. de Tresmes a dit qu'il avait laissé 4 ou 5 régiments vers Troves : j"ai envoyé au-devant pour les faire hâter. Le trésorier de l'extraordinaire est arrivé avec 48 000 livres seulement ; voyez si c'est pour faire subsister les troupes ; je vous prie d'y faire pourvoir promptement, Le Hallier me mandant que les troupes qui sont arrivées sont sur le point de se débander, quoi voyant j'ai encore envoyé 2000 écus au Hallier pour leur faire fournir du pain; 40 charrettes de blé sont arrivées à Nancy, desquelles les munitionnairesenont pris la moitié pour mener à l'armée, et renvoyé le reste sans escorte [que je crois prises à l'heure que je vous écris}, contre les ordres que je leur avais donné; sont tous les chevaux de la campagne; s'ils en usent ainsi, il n'y a plus de moyen d'envoyer des convois à Nancy, à faute de chevaux. Je leur en écris ce qui m'en semble bien sèchement.

Il se débande quantité de Normands en bande de 30 et 40, qui disent à tous ceux qu'ils rencontrent que la peste et la famine sont dans l'armée de .AL d'Angouléme; ce qui fait appréhender à la noblesse, qui est avec A'aubecourt, d'y aller. Le dit A'aubecourt nous envoie des avis qu'il a reçus, lesquels ^L Bouthillier vous envoie.

Louis.

Chàlons, 15 septembre 1635, à 9 heures du matin.

Mon cousin, je crois que M. Bouthillier vous aura mandé, ce matin, les nouvelles que nous avons de MM. d'Angoulènle et la Force.

Il est arrivé à Saint-Dizier trois commis des vivres; j'espère qu'ils feront leur devoir. Bourbonne a encore retenu 2 compagnies de chevau-légers et 2 de dragons.

Lettre 205. — Archives de Chantilly.

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