‹ Louis XIIIChapitre 90 sur 166 · LES PENDUS · texte numérisé non relu

LES PENDUS

D'après C.\llot. — Cabinet des listampes, Bibliothèque Nationale.

Saint-Dizier', 22 septembre 1635.

Depuis ma lettre écrite. .M. Gobelin - a écrit à .M. le garde des sceaux que ceux de Saint-Nicolas, pour exempter sept ou huit de leurs habitants d'être pendus (pour avoir assisté les Lorrains à tuer les chevaux du convoi;, lui ont oflert 100 000 livres, qu'il a acceptées, et lui ont donné bonnes et suffisantes cautions pour cela, qu'il a envoyées à Nancy.

J'ai été d'avis que des dites 100 000 livres on en retint 10 000, pour donner aux veuves de ceux qui ont été tués en charriant les blés, et à ceux qui ont perdu leurs chevaux ; le reste, je l'employé à faire acheter des chevaux dans l'armée, qui y sont à bon marché, pour servir aux veuves. Notre avant-garde part demain.

LoLis.

Lettre 210. — .-XTchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.- XCVI.)

I. Saint-Dizier, en Champagne, chef-lieu de canton du département de la Haute-Marne. — 2. M. Gobelin, entrepreneur du ravitaillement des villes de Lorraine et d'Alsace.

202 LHTTKF.S ])E LOL'IS XIII A R I C H K L I E U

Bar-lc-Duc ', 25 septembre 1635.

Mon cousin, j'ai été extrêmement aise de voir l'approbation que vous faites de mes sentiments sur les affaires de ce pa\'s. J'attends ici nouvelles que le canon soit arrivé à Saint-Mihiel, pour 3' aller, n'\' voulant arriver que ledit canon ne joue six heures après que je serai dans le camp, afin que ces coquins n'aient la gloire de dire qu'ils m'ont fail attendre quatre jours devant une si méchante place. M. le Comte- et Cramail ■'' allongent les affaires tant qu'ils peuvent, et font les ennemis beaucoup plus forts qu'ils ne sont, et seraient bien aises que je ne fusse dans l'armée. J'avoue que je suis en extrême impatience que l'affaire de Saint- Mihiel ne soit faite pour exécuter l'autre dessein. J'ai écrit ce matin à M. de la Meilleraye, pour presser M. le Comte, et hâter la venue des canons; je suis très satisfait de lui, et nous accommodons bien ensemble.

Bourbonne retient toujours les troupes à Langres, quelque ordre que je lui donne: je crois qu'à la fin, on sera contraint de l'ùter de là. Je vous assurerai de la continuation de mon affection, et prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.

Louis.

26 septembre 1635.

M. le Comte est parti ce matin pour aller à Bar: il s'avancera ensuite vers Saint-Mihiel. Je partirai demain pour ledit Bar, ou j'attendrais des nouvelles, si celles de Saint-.Mihiel sont aussi mauvaises qu'ils disent.

J'ai dit un inot à M. Bouthillier d'un discours que me fit hier le comte de Cramail; lequel je lui commande de vous écrire; je vois que son dessein est de tirer les choses en longueur, ce que j'empêcherai autant que je pourrai.

Lettre 211. — Archives de C'hruitilly.

I. Bar-le-Due, capitale- du duché de Bar, chef-lieu du dép.U'tement de la Meuse. — 2. M. le comte de Soissons.

3. Adrien de Montluc, comte de Cramail, maréchal de camp, ni.iri di- Jeanne de Foix. Mis à la Bastille, il en était sorti en 1635. et avait obtenu d'accompagner le roi à l'armée. Il essaya de nuire à Richelieu, ce qui lui valut de Louis XIII un second emprisonnement à la Bastille, où il resta jusqu'à la mort du cardinal.

Lettre 212. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — ïopin.-(XCVII.)

Pour M. le Comte il a bonne volonté, et fait ce qu'il peut; je l'ai averti hier qu'il était trop rude à la noblesse, qui s'en plaint un peu. II est parti un convoi de Lignv pour Nancy, qui est à cette heure avec 400 chevaux d'escorte.

M. Bouthillicr vous écrit l'ordre que j'ai donné pour lesdits convois; si vous v trouvez quelque chose de manque, mandez-le-moi; j'y donnerai ordre.

Louis.

27 septembre 1635.

.Mon cousin, vous saurez par M. Bouthillicr les nouvelles que nous avons eues du cardinal de la Valette ': il vous mande aussi le secours que je lui envoie, lequel je souhaite faire arriver avant qu'il soit au combat.

Pour ce qui est des affaires de cela, M. le Comte me manda qu'il avait envoyé 800 chevaux et 400 dragons, quérir le canon à ^'erdun ; je lui fis réponse que je tenais l'escorte trop faible. Lemont- étant vers... Château, qui n'est qu'à trois lieues de Saint-.Mihiel, et qu'il fallait envoyer 2 000 hommes à pied, et i 500 chevaux au-devant, jusqu'au delà de Tilly-sur-Meuse, pour assurer le convoi,

.M. le Comte, voyant ma lettre, y est allé lui-même avec 2 3oo chevaux et

9000 hommes à pied, deux petites pièces, et a laissé A'aubecourt barricadé dans

Kceur ' avec 800 chevaux et 2000 hommes à pied et tout le bagage. Je pensais aller

demain à Saint-.Mihiel, mais j'attendrai que le canon soit venu ; il arrive ici,

demain, le régiment de .M. le Prince, lequel a 200 hommes plus que son nombre, et

encore les compagnies d'Anguien, qui restaient à Langres. J'attends aussi, samedi,

la noblesse de Touraine, et M. Bruan avec celle du Poitou. Nos affaires sont un

peu embrouillées; mais j'espère, avec l'aide du bon Dieu et vos avis, que nous

viendrons à bout de tout.

Louis.

Camp de Saint-Mihii-1 ', 2 octobre 1635, 7 hnires matin.

Mon cousin, j'envoie à la Reine- par ce porteur quatre cornettes de cavalerie

Lettre 213. — .\rchives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.- XCVIII.)

I. Le cardinal Not;aret de la Valette, frère du duc d'Ept-rnon, commandant rarmée française, qui

opérait en .\llemagne sur le Rhin — 2. Lemont, gentilhomme lorrain, commandant les troupes du

duc de Lorraine; il était beau-frère de Vaubecourt.

3. Les Kœurs, village sur la Meuse, à 7 kilomètres au sud de Saint-Mihiel.

Lettre 2i.|. — Archives de Chantilly.

I. Saint-Mihiel, chef-lieu de canton du département de la Meuse, situé sur la Meuse, à 37 kilomètres au sud de Verdun Saint-Mihiel était une place-forte, siège des États du duché de Bar. Après le siège de 1635, Louis XIII en fit raser les fortifications. — 2. La reine Anne d'Autriche.

des neuf qui ont été prises sur Gallas', mon cousin le cardinal de La A'alette n'ayant encore pu ramasser le reste; il est arrivé à Metz; je lui envoie demain 1000 chevaux au Pont-à-Mousson pour le conduire ici, afin qu'il me rende compte de l'état oiî il est. J'arrivai hier ici à quatre heures du soir, où je trouvai tout en grand désordre ; j'espère que dans midi je réglerai tout.

Ce qui nous incommode un peu, est que la noblesse ne veut point faire de gardes ; je les en prierai aujourd'hui avec toute la douceur que je pourrai ; je m'en vas voir les quartiers à cette heure. J'espère que dans mardi prochain nous aurons Saint-Mihiel par amitié ou par force.

Je me porte bien, grâce au bon Dieu; assurez-vous toujours de mon affection, qui sera toujours telle que vous la pouvez désirer.

Louis.

J'oubliais à vous dire que vous avez perdu, en cette dernière occasion, MM. de Mou}', Sanzac et Landigny, lesquels sont regrettés de tout le monde généralement.

La Meilleraye sert parfaitement bien; et vous puis dire qu'il est le seul qui me secoure; son attaque est sur le bord du fossé.

Louis.

Camp de Saint-Mihiel, 2 octobre 1655.

Mon cousin, je ne m'étais pas trompé à mon compte, quand je vous ai mandé que nous aurions la place mardi ; ils se sont rendus ce soir; à la capitulation que je vous envoie, ils doivent remettre la place demain, à 9 heures. Sans la crainte du désordre, du côté de La Meilleraye, on les eût forcés dès midi ; mais nous avons jugé plus à propos, pour conserver quantité de vivres, qui sont dans la ville, et des chevaux, qui serviront pour nos vivres, d'en user comme nous avons fait.

Des quatre canons que nous avions, il s'en est éventré deux dès les premiers quarante coups; ce qui a été cause que je n'ai osé m'opiniàtrer à les avoir tous à discrétion. Tous nos grands seigneurs ont bien crié contre moi de quoi je les traitais si rudement. J'attends, demain, au soir, mon cousin le cardinal de La Valette ; Fabert, qui est venu de sa part, assure que si je le renforce de 6000 hommes de pied et i 200 chevaux, il chassera Gallas d'où il est.

Pour Lemont, des gens, que j'avais envoyés à la guerre, sont revenus ce matin, qui m'ont rapporté qu'il est à onze lieues d'ici, dans le ban de Bazeilles, sur la

3. Le comte de Gallas, commandant l'armée impériale. Lettre 215. — Archives de Chantilly.

frontière du Luxembourg, vers Sancy, campé dans des bois d'où ils ne sortent point ; ils ne nous ont pas donné d'alarme depuis que nous sommes ici. Assurezvous toujours de mon alTection ; je vous recommande d'avoir soin de votre santé et de votre personne, pour laquelle je prierai le bon Dieu de tout mon cœur qu'il la conserve aussi longtemps que je le désire.

Louis.

Au camp de Kœur, 3 octobre 1635, 2 heures après midi.

Mon cousin, je vous écrivis hier au soir la capitulation; je vous écris aujourd'hui comme les gardes y sont entrés, sans nul désordre, par les soins de La Meilleraye; la ville est aussi paisible que si elle n'avait point été assiégée.

J'envoie, demain, à Mandre-aux-Quatre-Tours ', 2 000 hommes à pied, 800 chevaux et 2 canons, le tout commandé par le comte de Cramail; je crois qu'ils ne tiendront pas. Je vous envoie un contrôle de notre armée, lequel est très vrai, la cavalerie est très bonne, l'infanterie fort mauvaise.

Je finirai celle-ci en vous assurant de la continuation de mon affection, priant le bon Dieu de tout mon cœur qu'il vous tienne en sa sainte garde.

Louis.

Camp de Kœur, 4 octobre 1635.

Mon cousin, vous saurez par M. Bouthillier les résolutions que nous avons prises, ce matin, avec mon cousin le cardinal de La Valette. Je suis au désespoir d'être contraint de quitter ce pays sans avoir fait quelque chose de bon. Si j'espérais, en demeurant un mois h Bar ou Saint-Dizier, pouvoir ramasser des troupes, j'y demeurerais volontiers pour retourner aux ennemis, et y passer l'hiver.

Je suis bien fâché de vous dire qu'il ne faut faire nul état de notre noblesse ' volontaire, que pour faire perdre l'honneur à celui qui voudra entreprendre quelque

Lettre 216. — Archives des affaires étrangères, à Paris. — Topin.-(XCIX.)

1. Mandre-aux-Quatre-Tours, village fortifié entre Saint-Mihiel et Toul, que Louis XIII voulait enlever aux Impériaux, à cause du blé qu'ils }• avaient emmagasiné. Lettre 217. — Archives de Chantilh-.

I. La noblesse (ou les Français, cnmme dit plus loin Louis XIIL, n"ctait pas apte à faire la guerre en dehors de sa province. Dès que les nobles avaient terminé leur temps de service, ils demandaient à rentrer chez eux ; ils n'avaient point de discipline, et, fort braves pour défendre leur sol natal, ne comprenaient rien à ce qu'ils appelaient les guerres étrangères du roi.

2o6 LI-TTRES DE LOUIS XIII A RICHELIEU

chose de bon avec eux, où il y aura la moindre fatigue h faire ; quand on les veut envoyer seulement h trois heures d'ici, tirant vers .Metz ou Nancy, ils murmurent, jurent et disent tout haut qu'on les veut perdre et qu'ils s'en iront, ^'oyez à quoi en est réduit celui qui commande une armée, dont les principales forces sont composées dételles gens, comme la mienne est à cette heure.

Cela m'a fait résoudre à m'en retourner à Saint-Dizier, après avoir donné tous les meilleurs ordres que j'ai pu en ce pays, selon les forces que j'avais songé à avoir des étrangers, les Français n'étant nullement propres h faire la guerre dans ces pavs-ci. Je ramène avec moi les i6 compagnies des gardes, les 4 suisses, et mes chevau-légers et gendarmes, dont il y en a plus de 70 à pied, le reste n'ayant que des bidets, leurs bons chevaux étant morts, et les croates leur ayant pris, en revenant, tout leur bagage près ^'audrevanges ; j'espère les remettre en peu de temps en état de servir.

Pour revenir à mon premier discours, je ne sais avec quel visage j'aborderai Paris, avant fait si peu de chose ; je cherche consolation partout, mais je ne la peux trouver qu'en Dieu, et, après, en vous, de qui j'espère toujours la continuation de vos bons avis, priant le bon Dieu de tout mon cieur qu'il vous veuille conserver aussi longtemps que je le désire.

Louis.

Bar-lc-Duc ', 7 octobre 1635.

Je vous écris, la larme à l'œil, de voir la lâcheté et légèreté des Français- : depuis hier midi nous avons perdu 8 à 900 chevaux de noblesse, quelques harangues, promesses, flatteries, menaces que je leur ai pu faire.

On me vient de dire que, cette nuit, des régiments de Commières et d'Urfé il s'est perdu 4 h 500 hommes ; je n'attends que l'heure qu'on me dise qu'il n'y a plus rien ; j"ai donné tous les ordres possibles sur les passages pour les arrêter et détrousser, serrant les chevaux pour refaire de la cavalerie ; ceux qui ont commencé ce débandement sont ceux qui n'arrivèrent que lundi dernier et depuis ; ceux qui sont venus les premiers, comme Auvergne, Lyonnais, Forez, Beaujolais, Bourgogne, sont ceux qui tiennent le mieux, et la noblesse d'Alençon, qui arriva hier, laquelle m'a donné parole de ne point quitter.

Lettre 218. — Archives de Chantilly.

I. Bar-le-Duc, capitale du duché de Bar, chrf-lieu du départc-nient de la Meuse. — 2. Comme dans la lettre précédente, il faut entendre par « Français » les troupes composées de l'arrière-ban des provinces. Cette armée territoriale, comme on dirait aujourd'hui, n'était généralement pas payée, et n'était pas régulièrement tenue de servir plus de vingt à quarante jours, suivant les cas, hors de sa province.

CHARLES DE LA PORTE, M^s DE LA MEILLERAYE

GRAND MAITRE 1) K l.' ARTI L LE R I H 1631 , MARÉCHAL DE FRANCE 10

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