Cf. l'ouvrage préc. de M. Samaran
2. Cette porte, dont nous reproduisons une vue, a été démolie en 1908.
quête de ces « villes aux syllabes bizarres », dont parlait Boileau et trouver, devant la place de Maestricht, une mort qui fit dire à un contemporain : « D'Artagnan et la Gloire ont le même » cercueil. »
§ 2 Les officiers subalternes.
Si les officiers généraux trouvaient tout simple de rançonner les bourgeois, les officiers subalternes avaient une tendance à les considérer comme des êtres assez inférieurs et à se conduire chez eux comme en pays conquis. Les débuts de l'occupation française furent, à cet égard, un peu pénibles ; j'ai raconté l'aventure du sieur de la Narbonne, capitaine à la suite du régiment du Dauphin, qui rompit deux billards sur le corps d'un bourgeois de Lille 1 et qui, du reste, fut condamné par coutumace.
Sans heureusement être toujours aussi graves, les accidents de ce genre n'étaient pas rares et je dois dire que l'intendant ou son subdélégué, qui instruisaient ces sortes d'affaires, en faisaient bonne justice. L'afîaire-type est celle, qui arriva à Douay, le 10 mars 1672 ; ce jour-là, à onze heures du soir, Pierre de Somain, échevin à son tour, rentrait chez lui, accompagné d'Adrien Vandermandere, échevin moderne et de François de Saint- Jean, apothicaire, lequel portait une lanterne, avec une chandelle allumée dedans. Ils rencontrèrent, en la rue Jean-de-Gouy, devant la Chapelle Saint- Jacques, trois officiers ; l'un d'eux frappa, sans autre provocation, l'un des échevins avec un gros bâton, un autre tira son épée et se mit à maltraiter les bourgeois. Ceux-ci crièrent ; la patrouille, qui passait précisément, accourut. « L'officier s'écria encore : « Allons, mordieu, bougre, tu iras en prison », et il continua » à battre le bourgeois. Celui-ci cria qu'il était du Magistrat » de la Ville ; alors, les officiers l'appelèrent : « Foutu coquin », » le prirent par le collet et redoublèrent leurs coups sur lui.
1. Voir La Flandre Wallonne, page 231. — Le 7 février 1675, au soir, Chavatte raconte qu'il y eut grand débat à la taverne de la Bourse d'or, parce que des officiers étaient entrés dans la compagnie des bourgeois, sans demander congé ou permission ; il y eut plusieurs blessés, notamment Pierre Delaporte, dit Rompons-Tout et Jean Masse.
» Tous allèrent au corps de garde, mais l'officier commandant » refusa d'arrêter ses camarades, disant que le lieutenant de » Roi prendrait le lendemain une décision. » L'affaire fit un scandale énorme ; le baron de Le Loire, subdélégué de l'intendant à Douay, reçut l'ordre d'informer et la chose se termina par une réparation solennelle : des « auditeurs royaux » furent désignés, qui étaient les deux échevins maltraités, le premier conseiller pensionnaire de la ville et deux lieutenants du régiment d'Artois ; ces messieurs s'assemblèrent chez le lieutenant de Roi, et là, devant eux, en présence de M. de Créqui, premier capitaine de leur régiment et de nombreux officiers, les deux lieutenants coupables vinrent, le chapeau bas, déclarer qu'ils avaient eu très grand tort d'avoir maltraité des échevins, ils firent leurs excuses, » sachant bien que ce n'était pas l'intention » du Roi que les bourgeois fussent maltraités » et les remercièrent d'autant plus, que si MM. du Magistrat n'avaient pas reçu cette réparation, ils auraient été cassés 1.
Les duels. — Les officiers avaient entre eux, aussi, des mœurs assez rudes. Les querelles étaient fréquentes, et il ne fallait pas grand'chose pour qu'on mit les armes à la main 2. Sans doute, quand le 3 septembre 1679, on demanda à M. Le Peletier un compte exact de tous les duels et combats particuliers, qui s'étaient faits dans son département, il répondit « qu'il » n'y en avait eu aucun d'avéré » et que, lorsqu'il y en avait eu quelque soupçon, il en avait envoyé les informations. Seulement, il faut dire que la même affaire pouvait être qualifiée de simple rixe ou de duel, à peu près à volonté, et qu'une querelle, même suivie de mort, n'était pas nécessairement un duel. Or, si l'on se montrait indulgent, jusqu'à l'abus dans le premier cas, même quand il s'agissait de lâches agressions ou d'injustifiables brutalités, la morale publique exigeait que l'on fût impitoyable dans le second. L'affaire était-elle qualifiée de « fortuite » et deux officiers avaient-ils inopinément mis l'épée à la main ou tiré leurs pistolets ? On s'ingéniait à les excuser ou à les absoudre. C'est ainsi que le Roi fit grâce au lieutenant de la Brosse qui, à Armentières, à deux heures de la nuit, avait tiré l'épée contre un de ses camarades et l'avait tué ; si l'on