Cf. La Flandre Wallonne, pièce justif. xxxvm
avait pu imaginer qu'il se fût agi d'un duel, le lieutenant eût été condamné à mort et à une mort ignominieuse. Quand, le 9 juillet 1682, le fds du maréchal d'Humières et le marquis de Morbecq, en plein jour, et en public, tirèrent l'épée pour une fille, on s'empressa de dire « qu'il n'y avait rien en cette »" affaire, qui pût être jugé prémédité », et les deux, adversaires furent ainsi justifiés. Je dois ajouter que l'on était beaucoup moins tendre, quand il s'agissait de pauvres diables de soldats ; ceux-là, on les pendait !
Le jeu. — On retrouve, en Flandres, le jeu, cet éternel fléau qui sévissait non seulement dans les camps et dans les garnisons lointaines, mais encore à la Cour. Les officiers, malgré toutes les défenses qui leur étaient faites, jouaient au hocca et à la bassette, « ce cjui n'était bon qu'à les ruiner ». Ils organisaient aussi des loteries ou participaient à celles que faisaient des particuliers, et cela, en dépit de M. de Louvois. — « Je » vous ai assez expliqué, mandait celui-ci à l'intendant, l'inten- » tion de S. M. sur les loteries, pour que vous eussiez pu vous » dispenser de me demander si le Roi veut permettre celle » qu'un marchand de Lille veut faire sous l'autorité du Magis- » trat. » Hélas, le jeu est une de ces passions qu'il est bien malaisé de supprimer et qu'il est plus sûr, peut-être, de réglementer.... 1
1. Les commissaires des guerres, qui en temps de paix n'avaient pas grand chose à faire et qui pouvaient assez facilement, de par leurs fonctions, disposer de sommes d'argent importantes, jouaient beaucoup et gros. Ces commissaires n'étaient pas, pour l'ordinaire, des gens éminemment scrupuleux et l'on savait que la plupart étaient « intéressés » ; mais ils étaient le plus souvent assez habiles pour ne pas se laisser prendre et, en 40 ans, il n'y eut, de leur fait, dans les Pays-Bas, que deux forts scandales. Le premier, et le plus considérable, fut celui de Philippe Talon, qui fit fonctions d'intendant de finances à Oudenarde, de 1668 à 1678 et qui trait irrégulièrement des sommes considérables des contributions, sans les faire passer en compte ; M. Le Peletier fit saisir ses registres et enquêta, par ordre du ministre. La mort du sieur Talon arrêta l'action pénale ; quant au frère du défunt, « il parla de cette affaire avec tout le ressentiment qu'un » honnête homme doit avoir et parut disposé à sacrifier non seulement » tout ce qui pouvait lui revenir de la succession, mais encore son propre » bien, pour purger la mémoire de son frère. » Lp. à Louvois, 21 avril 1679. — L'autre affaire fut celle, où fut impliqué, en 1682, le commissaire des guerres Hotman, et pour laquelle il passa plusieurs mois en prison, au réduit Saint-Sauveur, à Lille. 11 est vrai que, quelque temps auparavant, M. Le Peletier, qui l'avait sans doute mal jugé, le qualifiait « d'honnête » homme ayant beaucoup d'esprit. »
Il y avait à Lille un sieur Morin, qui était chirurgien major et dont les officiers faisaient le plus grand cas : « Force d'entre » eux, qui ont passé par ses mains, se louent de sa capacité » et il a des talents fort nécessaires dans une garnison aussi » galante que celle-ci. » 1
Je dois ajouter que la galanterie n'empêchait pas ces officiers d'avoir des sentiments religieux - profonds. Ils s'indignent, à la Citadelle de Lille, que le Saint-Sacrement ne soit point exposé, jour et nuit, dans la chapelle. Et le commandant du fort de Scarpe fait de grandes remontrances, sur ce qu'il n'y a au fort ni chapelle ni chapelain, et qu'ordinairement la garnison n'entend point la messe le dimanche; «j'en ai été fort » édifié », confesse M. -Le Peletier et il envoie aussitôt un petit fonds, pour acheter quelques ornements et faire venir un aumônier de Douay les jours d'obligation. Et me sera-t-il permis de rappeler l'aventure racontée par Chavatte (25 février 1671) de « ce capitaine français, qui fut tué par un autre en revenant » de l'amour à une demoiselle, et ce capitaine était hérétique » et, trois ou quatre semaines auparavant, s'avait fait catho- » lique et fut enterré en l'église paroissiale de Saint-Maurice » fort honorablement et à son service fut fait un sermon par » un père capucin et à son convoi avait plus de 300 hommes, » tant de gens d'armes que d'autres. »2
Les cadets. — Le Roi établit, en 1682, deux compagnies de cadets, dont l'une fut mise à la citadelle de Tournay, sous les ordres de M. de Mesgrigny 3. Mais une telle quantité de jeunes gens se présenta, qu'on dut former neuf compagnies au lieu de deux, et que, l'année suivante, il y avait 4.300 cadets sous les armes. Dans le département de Flandres, notamment, des gentilshommes de bonne maison et bien faits témoignèrent beaucoup d'empressement.
1. Il y avait aussi à Valenciennes un nommé Pujols, qui servait comme chirurgien en chef dans les hôpitaux d'armée et passait pour l'un des plus habiles de France. Le peu d'avantage qu'il trouvait sur la frontière, le détermina à s'engager comme chirurgien, en 1683, dans la seconde compagnie des mousquetaires du Roi.
2. En 1675, deux capitaines s'étaient battus en pleine ville, dans la rue des Jésuites et l'un d'eux avait été tué.