AFFAIRES COMMERCIALES
L'histoire militaire et même l'histoire diplomatique de l'Ancien Régime ont fait l'objet de recherches nombreuses ; en revanche, la vie économique et sociale a été peu étudiée. C'est pourtant par sa seule connaissance, qu'on élucidera tant de questions restées obscures et même inintelligibles. L'étude de ces phénomènes est particulièrement importante dans une province, qui ne vivait que de son commerce, où le commerce était tout.
On trouvera, je l'espère, dans ce chapitre, une abondance de faits caractéristiques, qui mettent singulièrement en relief la politique royale, ses procédés d'annexion, ses méthodes persuasives. Bien plus qu'à la suite des armées, en assistant aux sièges et aux batailles, nous observons ici la conquête du pays, celle qui consiste, le territoire une fois annexé, à tirer profit de toutes ses richesses, à mettre en valeur toutes ses ressources et toutes ses énergies.
Je me suis efforcé de retracer l'histoire purement externe du commerce, celle qui met en scène les pouvoirs publics et qui regarde les intérêts généraux du négoce. L'histoire interne, qui, en quelque mesure, apporte à l'autre sa précieuse contribution, est encore à faire presqu'entièrement : elle comprendrait l'étude des corps de métiers, pris isolément et dans chaque ville ; celle de leurs règlements, de leurs conditions d'existence, de leurs procédés de fabrication, de leurs comptes ; il faudrait aussi analyser le fonctionnement des manufactures du plat pays, les lois particulières de chaque marché, les statuts des bourses de commerce et des corps de marchands. Tout ce travail ne se fera pas en un jour.