‹ Louis XIV en FlandresChapitre 32 sur 59 · Voir La Flandre Wallonne, p. 272 et ss · texte numérisé non relu

Voir La Flandre Wallonne, p. 272 et ss

2. Un nommé Leduc écrivit à M. de Pontchartrain, le 20 juin 1694, pour lui donner avis que « le territoire qui formait la châtellenie de Lille « était situé dans un climat qu'il n'y avait guère de terres plus abondantes )■ en bon grain. Et cependant elles étaient ensemencées pour la plupart

Tous ces intérêts particuliers furent, il faut le dire, examinés à la Cour, et par le Roi lui-même, avec une parfaite bienveillance et l'on s'efforça de donner satisfaction aux intéressés.

Les représailles. — Ainsi que je l'ai expliqué, le gouvernement français répondait aux vexations des Espagnols par d'autres vexations. Mais celles-ci étaient loin d'être aussi efficaces, qu'il eût été souhaitable. En janvier 1669, la Cour de Bruxelles ne se montrait nullement disposée à lever les bureaux et, en août, elle augmentait encore les droits de douane. Alors le gouvernement de Louis XIV tenta, lui aussi, en manière de représailles, de charger trois marchandises ou denrées : le sel, le charbon et le blé.

En ce qui concerne le sel, Gand avait toujours été l'étape, qui en fournissait à toutes les autres villes des Pays-Bas et notamment à Moins, Valenciennes et Cambray, qui en tiraient leur provision par l'Escaut ; il fallait donc que la marchandise passât par Tournay et l'on prétendait l'y frapper d'impôts au passage. Malheureusement, il y avait à cela deux contredits : d'abord, comme j'ai dit, il y avait à Tournay un grand commerce de sel blanchi, qui aurait infailliblement subi le contre-coup des nouveaux droits et en eût été ruiné. Et puis, du reste, depuis rétablissement des bureaux, c'est-à-dire depuis près de 15 mois, il était passé à Tournay 4 bateaux chargés de sel, au lieu qu'auparavant, il en passait environ 40 chaque année ; c'est qu'un marchand de Gand, un nommé Cornât, qui faisait quasi seul le trafic du sel pour le Hainaut, l'envoyait non plus par bateau,

» de tout autre grain que celui qui sert à la nourriture des hommes. Tout » ce beau pays n'était occupé que de colzat et de navets, grain qui n"est » propre qu'à faire de l'huile à brûler dans les lampes, qu'on transporte » en Flandres, Hollande, Liège, Allemagne et Suisse, et dont la tige ne sert

qu'à brûler. A l'entour de Lille, dans un cercle de 4 lieues, formant 64 lieues » de superficie (chaque lieue carrée avait 2. 000 toises de côté et contenait » 3630 arpents), on pouvait compter 32 lieues carrées, où le terrain n'était » ensemencé que de ces sortes de grains, ce qui, en blé, aurait pu nourrir plus » de 600.000 personnes par an, chaque arpent de terre rapportant annuel- » lement 10 setiers de blé. Dans ce territoire, il y avait plus de 120 moulins

à vent, dont 70 sous la couleuvrine même de Lille, appelés dans le pays » tordoires, qui fabriquaient de l'huile, jour et nuit, pendant 8 mois de

l'année . Arch. Nat. GT 259.

mais sur des bêtes de somme à Bruxelles, et de là à Mons. Il se trouva donc que, de ce côté, l'on ne put faire aucune peine aux Espagnols par l'augmentation des droits.

Quant au charbon, la situation était exactement inverse, puisque c'est de Saint-Gliislain et de Mons, en Hainaut, que les Espagnols le tiraient et que, pour l'envoyer en Flandres, ils devaient le transiter par l'Escaut, c'est-à-dire encore par les bureaux de France. Seulement, ils pouvaient, à la vérité, faire venir leur charbon d'Ecosse ou d'Angleterre : celui de Newcastle était réputé le meilleur et il était bien plus vif que celui de Hainaut1. Les Espagnols s'en servirent et, pendant les six premiers mois de 1669, c'est à peine s'il passa, de Condé à Gand, quelques bateaux de grosse houille, utilisée par les brasseurs. Ici encore, les représailles échouèrent.

Restait le blé. Toutes les villes des Flandres espagnoles en tiraient leurs provisions de l'Artois et de la gouvernance de Douay ; allait-on charger ces blés d'importants droits de sortie, dans le but d'incommoder les Espagnols ? Cela était quasi impossible, pour deux raisons : la première, c'est que, depuis plusieurs années, les moissons avaient été abondantes et que les greniers étaient remplis de grains, qu'il fallait écouler ; en arrêter le débit, c'était mettre l'Artois dans l'impuissance de satisfaire aux charges fiscales. La seconde raison, plus forte encore, était que les Espagnols pouvaient très aisément, et sans grands frais, faire venir leurs blés de Hambourg, de Danemark et de Pologne ; et une fois que le commerce des grains aurait pris cette route, on aurait eu du mal à le rétablir. — M. Colbert pensa charger seulement le blé qui sortait de l'Artois espagnol, de ce qu'on appelait :

1 . La razière, en Hainaut, était plus petite ((n'en Angleterre. La querque de Hainaut contenait 240 razières et celle d'Angleterre n'en contenait que 106. Le charbon de Hainaut coûtait 11 ou 12 sols de plus par razière et il faisait un tiers moins d'effet. — Sur cette question du charbon, M. Le Peletier ajoutait ces mots, qu'il est curieux de reproduire, si l'on songe que les endroits dont il parle, sont aujourd'hui d'importants centres miniers : « On » prétend dans le pays qu'il se trouverait de ces mines de charbon dans les » dépendances de Condé, ce qui serait d'une très grande importance pour » les villes conquises, en cas que cette place revienne au Roi ». Lp. à Louvois, 15 août 1668.

les « réserves d'Artois » (bailliages d'Aire et de Saint-Omer) ; mais ce pays était surtout en marais et en pâturages et n'exportait quasi rien du tout 1.

Pour toutes ces raisons, M. Le Peletier fut bien obligé d'avouer qu'il ne voyait aucun expédient de « rendre la pareille » aux Espagnols. « Il est extrêmement difficile, disait-il, de traverser » le commerce d'un pays, qui a les abords libres par la mer et » par une rivière qui traverse autant de différentes provinces » que la Meuse. Nous avons d'ailleurs tant d'avantages sur » l'Espagne, que nous devons aisément nous consoler de celui » qu'elle a en cela sur nous »2.

L'établissement définitif des bureaux. — Au mois de février 1669, les Espagnols semblaient « s'aigrir, au lieu de se mettre » à la raison ». Mais les choses finirent par s'arranger et, quel- » ques mois plus tard, ils paraissaient si souples et de si bonne » volonté, que c'était conscience d'exiger d'eux par force des » choses, qu'ils faisaient de la meilleure grâce du monde ».

Quant aux bureaux, j'ai dit que Berryer, l'homme de M. Colbert, les avait organisés en venant en Flandres ; il y avait nommé un directeur général, le sieur de Secqueville. Le ministre pria en outre un autre de ses hommes d'affairés de visiter tous les bureaux établis : c'était M. Derieu, qui était l'un des intéressés à la ferme générale et qui fit quelques règlements pour l'avantage du commerce et la conservation des droits du Roi.

« Le Roi, disait M. Colbert, veut maintenir les bureaux, qui » ont été établis, tout autant que le Roi catholique maintiendra » les siens ». Mais c'était là une explication, si je puis dire, officielle. La vérité, c'est que les bureaux étaient les instruments nécessaires à la politique protectionniste de M. Colbert, et tellement que, dès le mois d'octobre 1669, on s'occupa d'unir les bureaux aux fermes générales, ce qui ôtait aux marchands

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