‹ Louis XIV en FlandresChapitre 34 sur 59 · Lp. à Colbert, 10 juin · texte numérisé non relu

Lp. à Colbert, 10 juin

et même les registres, mirent le feu au reste des papiers et emmenèrent 3 gardes et 2 chevaux. Quelques bourgeois étant sortis de leurs maisons, les gens du parti leur dirent de se retirer et que ce n'était point à eux qu'on en voulait. Or, il n'y avait pas, cette nuit-là, de guet au clocher, malgré les ordres donnés par M. de Pertuis, gouverneur de Courtray ; quant à la garde bourgeoise, qui était dans un corps de garde éloigné seulement de 150 pas, elle eut soin de ne pas paraître et ne donna point l'alarme. Un bourgeois, qui était en sentinelle, avoua que, voyant passer le long de la rue qui aboutissait à la Place, une troupe de gens armés, il cria : Qui va là ? et que, sur ce qu'on lui répondit : Ami, il n'appela pas la garde. Pour toutes ces raisons, on voulut faire un exemple ; on obligea le Magistrat de Menin à payer aux fermiers du domaine tous les dégâts commis au bureau et, en outre, on leur infligea 2.000 écus d'amende.

A ce moment, les fermiers témoignèrent leur dessein d'établir des bureaux dans Lille même et dans les autres villes du département, et ils obtinrent dans ce but un arrêt du Conseil du 22 novembre 1672. Les marchands des villes sg montrèrent très alarmés, parce que ce procédé de renfermer les bureaux dans les villes n'était propre qu'à faciliter les fraudes dans les bourgs et villages du plat pays. « Laissant libres les avenues » du plat pays, il est certain que toutes les marchandises y Centreront sans payer aucuns droits et se répandront dans » les gros bourgs qui, par ce mqyen, se rendront maîtres d'une » partie du commerce, au préjudice des marchands de Lille. »4Même ces marchandises, en faisant peu de détour, pourront » entrer dans Lille comme venant d'Arras, à la faveur des » fausses lettres de voiture, que les marchands ne se refusent » point entre eux. » Or, pour comprendre tout l'inconvénient de cette situation, il faut rappeler la lutte très vive qui existait, sur le terrain commercial, entre les villes et le plat pays, et que les villes appréhendaient beaucoup de l'établissement et du progrès de quelques manufactures, dans certains bourgs de la châtellenie. Le directeur des bureaux lui-même, le sieur Gellée, se déclara persuadé que les fermiers, ses maîtres, agissaient là contre leur propre intérêt et M. le maréchal d'Humièrcs

alla faire des représentations à la Cour. Mais M. Colbert ne les entendit pas et une lettre de cachet fut expédiée à M. Le Peletier, en février 1673, pour qu'il exécutât les ordres relatifs aux nouveaux bureaux.

L'année suivante, les ministres d'Espagne étaient incertains, s'ils laisseraient la liberté du commerce ; tantôt ils donnaient des passe-ports et tantôt ils en refusaient1, jusqu'à ce qu'enfin l'état de guerre se généralisant, le commerce fut à nouveau interrompu.

La paix de Nimègue. — Le changement causé par la paix sur la frontière obligea les fermiers à établir de nouveaux bureaux sur les nouvelles limites des deux royaumes : cela se fit en janvier 1679. Au printemps de cette même année, l'incertitude était si grande qu'elle suspendait les demandes qui se faisaient en cette saison pour les foires d'Allemagne.

Outre cette incertitude générale, des difficultés particulières s'élevèrent.

La principale était causée par la restitution aux Espagnols de la châtellenie d'Ath. Les commis des bureaux prétendaient en effet exiger des droits d'entrée sur les bas de laine, que les marchands tournaisiens faisaient « lacer » par les paysans de la châtellenie d'Ath, à qui ils délivraient la laine au poids pour la mettre en œuvre. Un arrêt du Conseil, d'avril 1679, imposa ces bas, à raison de 10 sols à la douzaine, soit le tiers de leur valeur. Le fermier des droits, M. Pellissier, convenait que ce droit était excessif ; mais M. Colbert avait son idée : il voulait tout simplement, suivant le plan d'ensemble conçu par lui, forcer les paysans à passer des Pays-Bas espagnols en terre française et, comme M. Le Peletier lui faisait des objections, il répondit tout net qu'il ne devait pas se fonder sur les « discours et les exagérations ordinaires des marchands ». L'intendant, heureusement, ne se découragea pas et eut toute la peine imaginable à démontrer au ministre que le nouveau droit porterait un irréparable préjudice à la manufacture tournaisienne. Le nommé Surmont, qui faisait quasi seul le commerce des bas pour l'Espagne, avait loué

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