‹ Louis XIV en FlandresChapitre 35 sur 59 · Arch. Guerre, vol. 404, 19 janv · texte numérisé non relu

Arch. Guerre, vol. 404, 19 janv

une maison à Anthoing, pour s'y établir ; le nommé Antoine Ternois, qui était le principal teinturier de la ville, prit des mesures pour s'en aller à Ath. « Si cette manufacture, disait » M. Le Peletier, était aussi florissante à Tournay qu'elle l'était » il y a vingt ans et qu'elle ne commençât pas à s'établir ailleurs, » je crois que les droits pourraient obliger une partie des ouvriers » à venir s'établir en France. Mais elle est sur son déclin et » l'établissement des droits ferait un effet tout contraire à celui » que vous en attendez ». Après de longues discussions, on finit par s'entendre ; les droits ne furent pas levés ; mais le Magistrat de Tournay, conjointement avec les marchands de bas, dut payer aux fermiers, pendant la durée de leur bail, une somme annuelle de 10.000 florins.

Une autre difficulté s'éleva, concernant les bières de Menin. Un arrêt du Conseil du 2 août 1681 adjugea à Bernard du Sault, fermier des domaines des nouvelles conquêtes, le droit du florin à la tonne de bière, qui sortirait de Menin pour passer dans la Flandre espagnole. « J'ai vu, écrivit M. Le Peletier, tout le » corps des brasseurs et toute la ville de Menin tellement cons- » ternes de cet arrêt, et il m'a paru qu'il pouvait avoir des suites » si préjudiciables aux intentions, qu'a le Roi, de rendre cette » ville plus peuplée et plus florissante, que j'ai suspendu l'exé- » cution de cet arrêt, ce que je n'aurais pas osé faire si je ne me » flattais que vous êtes persuadé de mes bonnes intentions et » de mon zèle ». L'intendant expliquait que la ville n'avait d'autre commerce que celui de la bière, que celle-ci était très recherchée en Flandres et qu'il en sortait environ 1.000 tonnes par an. Il faut ajouter que le fermier des droits avait réclamé, devant le Conseil, le paiement de ces droits dans le passé, soit 20.000 écus environ, et que le procès intenté par lui aux brasseurs de Menin pendait depuis plusieurs années. M. Le Peletier signalait au ministre que les brasseurs n'avaient jamais été régulièrement intimés devant le Conseil et n'y avaient fait aucune production ; et que, bien plus, son avis, favorable aux brasseurs, avait été égaré. Mais M. Colbert lui répondit * : « Je dois vous

1. Colbert à Lp., 24 oct. 1681. Il fut du reste accordé une remise aux brasseurs sur les droits antérieurs.

» dire que le rapport en a été fait deux fois au Roi en plein » Conseil, que vos mémoires et toutes les raisons y contenues » ont été rapportés à S. M. et qu'il n'y a été rien omis. Et je » dois vous dire encore que, non seulement en cette affaire, » mais en toutes les autres, qui se traitent dans un tribunal » aussi élevé que celui-là, ce serait la première fois depuis » 22 ans qu'un arrêt y aurait été surpris. Ainsi je ne sache pas, » le maître ayant expliqué clairement ses volontés dans le dispo- » sitif de l'arrêt, qu'il y ait autre chose à faire qu'à tenir la main » à ce qu'il soit exécuté ». Le ministre avait raison ; l'arrêt incriminé n'était pas un acte de puissance publique, donc réformable au gré de l'autorité souveraine ; c'était une décision de plein contentieux, dont l'intendant ne pouvait assurément modifier les effets.

Changement de situation. — La guerre dite de la Ligue d'Augsbourg fut, elle aussi, ruineuse pour les pays cédés et, cette fois, les marchandises les plus éprouvées furent, ainsi que je l'ai expliqué ailleurs 1, le charbon de terre, la « derle » et la chaux de Tournay.

On peut dire que,' dans les pays conquis, chacune de ces guerres fut une source de calamités publiques. La chronique de Chavatte, en son expression naïve, reflète exactement la situation. Après la guerre de Hollande, le bonhomme note « les ban- » queroutes, à Lille, de plusieurs marchands, notamment des » saïeteurs qui faisaient aussi les marchands et envoyaient » par delà, comme Pierre- Jacque Becquet... » « Il fit si pauvre » temps, ajoute-t-il en 1678, que plusieurs saïeteurs étaient » sans travail et ne savaient à quoi gagner leur vie : l'un se » mettait soldat, l'autre allait à Gand, un autre loua un baudet » et partit en Italie avec sa femme et quatre enfants... On ne » voyait que misère, lamentations et gémissements en la pauvre » ville de Lille ». — Même situation, au moment de la guerre de la Ligue d' Augsbourg et, en 1 692, Chavatte écrit : « Le blé » redevient cher. Le pauvre peuple ne pouvait vivre, parce que » les métiers n'allaient pas et on n'avait pas de gaignage pour

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