Arch. Lille, aff. gén., c
mais plutôt « à la conjoncture du temps et à la guerre, qui a » toujours troublé le négoce », et qu'à l'égard des ouvriers, qui imploraient la charité, c'était une chose quasi ordinaire tous les ans, en hiver. Il est vrai qu'il ajoutait : « Depuis que je suis en » Flandres, cela ne s'est point encore vu, si ce n'est lorsque » l'hiver a été excessivement rude et qu'il y a eu des gelées de » fort longue durée ».
Un nouvel arrêt du Conseil intervint, le 24 février 1674, pour que la liberté complète fût rétablie, même pour les marchandises étrangères.
3° Les mêmes faits se renouvelèrent exactement, dès que la guerre recommença. Un arrêt du 9 mars 1688 révoqua le transit pour tout le monde. Les marchands firent les mêmes plaintes qu'ils avaient déjà faites ; M. de Bagnols intervint et, le 15 juin 1688, la liberté fut rétablie, seulement pour les manufactures des pays cédés et choses servant aux ouvrages et fabrications d'icelles.
Les négociants représentaient très justement qu'ils n'avaient pas besoin de ce transit pendant la paix, mais bien plutôt pendant la guerre. Ils expédiaient leurs manufactures en Italie, en Espagne, en Portugal, aux Indes occidentales ; or, la navigation de la mer du Nord leur était rendue impraticable à cause de la quantité de vaisseaux ennemis qui y croisaient ; il est donc clair que, si les fermiers généraux s'opposaient au libre passage de leurs marchandises par les ports de l'Océan et de la Méditerranée, ils devaient infailliblement se ruiner. « MM. les fermiers » généraux, disaient les Magistrats de Flandres, ne considèrent » le commerce que par les droits qui font leur utilité particu- » lière ; ils ont cela de commun avec le négociant qui tire la » sienne du commerce ; mais avec cette différence, que le profit » du négociant forme la richesse publique ».
J'ai dit au'on avait permis aux marchands de Flandres de faire entrer librement les matières dont ils avaient besoin pour leurs manufactures. Les principales étaient les soies d'Italie et des Indes, expédiées à Lille pour y faire des boutons, rubans, damas, satinés, ligatures, cristallins, picottes, tapisseries, galons, passementeries, toutes manufactures qui s'envoyaient en grande
quantité en Espagne, en Italie et aux Indes ; il y avait aussi les soies noires à faire dentelles, dont la fabrique faisait vivre à Lille une infinité de femmes et de filles ; du Levant arrivaient les cotons filés de toutes sortes, nécessaires aux manufactures de Tournay : moquettes, brocateUes, carpettes, futaines, bas, gants, bonnets, mèches à faire chandelles ; les cuirs et maroquins, les lins de Barbarie, le poil de chameau, les matières tinctoriales, alun, gomme arabique, soufre...
Un arrêt du Conseil du 15 août 1685 ordonna que les soies et toutes marchandises du Levant seraient exemptes de tous droits, si elles entraient par le port de Marseille ; paieraient certains droits, si elles entraient par Rouen, mais que partout ailleurs, leur entrée serait prohibée. Cet arrêt lésait gravement les marchands des Flandres, qui achetaient leurs soies à Londres et les faisaient entrer en franchise par Dunkerque ; or, une balle de soie était vendue 1331 I. à Londres et 1571 à Marseille. L'arrêt augmentait donc la soie, employée en Flandres, de plus d'un sixième ; or, les manufactures des Pays-Bas « étaient plus recom- » mandables par leur bon marché que par leur excellence » et une telle augmentation de la matière première devait les ruiner ; c'est ce que disait M. de Bagnols, en ajoutant que les négociants feraient passer leurs ouvriers sur les terres d'Espagne ; « ainsi » le pays perdra ses manufactures, le Roi ses sujets et les Villes » une partie de leurs impôts ». Un nouvel arrêt maintint la franchise du port de Dunkerque et excepta la Flandre de l'arrêt de 1685 \
§2 La facilité des voitures.
La liberté du transit avait été accordée à deux conditions : 1° les marchandises devaient entrer et sortir sous le nom et pour le compte des marchands sujets du Roi ; 2° elles devaient être transportées par des voituriers sujets du Roi.