‹ Louis XIV en FlandresChapitre 5 sur 59 · Journal La Dépêche, de Lille · texte numérisé non relu

Journal La Dépêche, de Lille

de souligner des rapprochements, que le lecteur fera de lui-même. Les conditions de la vie contemporaine n'ont plus rien de commun sans doute avec celles qui existaient il y a deux siècles. Mais il est curieux de constater que les grandes vérités fondamentales sont restées les mêmes et que les préoccupations essentielles de l'heure présente sont celles qui, déjà, tenaillaient nos pères.

La parole n'est plus maintenant aux militaires, mais bien aux administrateurs et c'est ce qui, si je ne m'abuse, fait l'intérêt de ce livre. Notre pays, saigné et dévasté, a besoin, une fois encore, de « respirer et de se remettre ». Il faut réparer, mettre de i ordre, produire. Et dans le malaise général, que traduisent avec éloquence les appels des Chambres de Commerce et des groupements professionnels, il semble qu'on cherche avec une anxiété particulière des organisateurs, et que le plus grand bonheur qu'on puisse présentement souhaiter ci la Flandre meurtrie, c'est de trouver un Michel Le Peletier, de même que la France épuisée aurait besoin d'un Colbert.

Il est vrai que l'effort êi accomplir est bien autrement formidable qu'en 1713, ou l'invasion pourtant dura cinq ans. Mais n'est-il pas certain, d'autre part, que les moyens modernes de surmonter les difficultés sont infiniment plus puissants aussi et n'est-il pas permis de penser que la tciche reste impossible aux hommes de bonne volonté ?

Sera-t-il défendu (i l'historien d'indiquer que si, dans le passé, les ruines purent être relevées et les malheurs réparés dans des délais assez brefs, c'est que de bons administrateurs ont pu se fonder sur de bonnes institutions, qu'on ne donne assurément pas pour parfaites, mais qui répondaient bien aux circonstances et aux mœurs du pays ? C'est une évidence qui, dans la période tragique que nous traversons, s'impose ti tous, et l'esprit de réforme se traduit et se résume en un mol, que l'on entend maintenant résonner partout : la « décentralisation ». Quitte à me répéter, je n'hésite pas à reprendre le thème que je n'ai cessé de développer depuis plus de quinze ans : extension des pouvoirs dévolus aux administrations communales et éi tous les organismes régionaux, de quelque nom qu'on les appelle (Commission départementale, Conseil économique, etc.), — action efficace des Chambres de Commerce ou d'Agriculture et des associations profession-

nelles dans un cadre bien déterminé, — libre jeu enfin des initiatives locales et corporatives, que guide, mais n'étouffe pas, un pouvoir central ferme, mais sans tyrannie.

On discernera sans doute dans V étude des institutions flamandes au XVIIe siècle les exemples d'une saine et intelligente décentralisation, féconde en résultats et qu'il n'est pas sans profil de connaître. On ne m'accusera pas, en tous cas, d'avoir mis l'histoire au service d'idées préconçues, puisque mes recherches étaient terminées et mon ouvrage composé, bien avant que les idées décentralisatrices acquierrenl, au contact des difficultés présentes, une vogue si soudaine et un assentiment quasi universel.

J'ai été obligé de recomposer et de recompléter les derniers feuillets de l'ouvrage, qui n'étaient plus dans leur état primitif, et plus particulièrement le chapitre des « affaires diplomatiques » ; la besogne a été assez malaisée ; car si j'ai retrouvé en grande partie intactes mes archives dites d'Epinoy, en revanche, la plupart des dossiers de la mission Puységur, ont été égarés ou détruits; le lecteur devra donc, pour ce chapitre, m'accorder son indulgence.

J'ai le devoir d'évoquer en terminant, la mémoire des grands

amis, qui m'ont tant de fois encouragé et dont le parrainage m'aurait

été si précieux pour ce nouveau livre. M. Etienne Lamy l'a vi

naître et se développer ; il fut pour moi le plus bienveillant de

conseillers et le plus affectueux des maîtres. M. le marquu

de Ségur, qui avait patronné auprès de ses illustres confrères mon

précédent ouvrage, et M. Henry Roujon, qui l'avait accueilli avec

la chaude cordialité qu'il réservait à ses jeunes confrères, ont,

eux aussi, disparu. C'est avec reconnaissance que j'inscris en

tête de ce volume leurs noms toujours vivants.

Octobre 1920.

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