‹ Louis XIV en FlandresChapitre 8 sur 59 · I. \ !'<>( DRIÈHE [-iiTi DE SAINT GE< IRGES · texte numérisé non relu

I. \ !'<>( DRIÈHE [-iiTi DE SAINT GE< IRGES

les serruriers de la ville1. En juillet 1672, on acheva l'arsenal. Il y avait aussi une brasserie, une boulangerie et un moulin, qui étaient contigus à l'arsenal; le 4 décembre 1673, sur les dix heures du matin, le feu se mit à la brasserie par le moyen du grain, qu'on mettait « touriller » (sécher) ; le feu dut prendre à la toile, qui était sous le grain, de là au grain et du grain au plancher ; le plancher et tout le comble du bâtiment furent consommés ; heureusement, les voûtes ne furent point endommagées et l'on en fut quitte à bon marché, le dommage ne montant qu'à 2.000 ecus ; les grandes échelles et les seaux de la ville furent d'un merveilleux secours ; Voilant fit des miracles, monta lui-même sur le comble et s'exposa sans aucun ménagement.

En décembre 1674, on s'avisa que si la ville de Lille venait à être surprise, le moulin de la citadelle ne pourrait plus moudre ; l'on fit faire aussitôt un moulin à cheval et des moulins à bras, de façon à pouvoir moudre en 24 heures 10 septiers de blé mesure de Paris.

En janvier 1677, un accident arriva aux bombardiers et plusieurs furent blessés ; on fit faire alors, dans la demi-lune du côté de la porte de secours, un couvert de planches de sapin, dans lequel les bombardiers travaillèrent dorénavant à ce qui était plus périlleux ; d'autre part, le Roi ne voulait, sous quelque prétexte que ce fût, qu'Un boulet demeurât dans les ateliers un quart d'heure après avoir été achevé.

Les fêtes et les dimanches, les Dominicains venaient dire plusieurs messes dans la chapelle de la citadelle ; ils touchaient pour cela une quarantaine de livres par mois, somme que M. de Louvois jugea abusive et modéra à 10 livres. En 1682, les officiers de la garnison se plaignirent de ce qu'il n'y couchait pas d'aumônier et de ce que le Saint-Sacrement ne demeurait pas dans la chapelle. — « C'est une chose honteuse, disait

1. A la même époque, décembre 1670, on obligea le Magistrat à démolir la Maison de Santé, qui était au riez de Canteleu, trop proche de la Citadelle, ce qui était dangereux tant au point de vue sanitaire qu'à celui de la défense. Elle fut rebâtie quelque temps après à Esquermes, à 50 toises environ de la petite chapelle. N.-D. de Réconciliation (auj. chap. des Clarisses, rue de Canteleu), où le peuple allait en dévotions. Cf. Arch. Lille, reg. aux résol.

« M. de Louvois, que de pareilles affaires vieillissent aussi long- » temps qu'a fait celle-là ». Et le ministre lui-même envoya un aumônier qu'il avait demandé au supérieur des Missionnaires et qui arriva à Lille, le 10 août 1682 ; c'était le sieur Fernal, à qui le Roi accorda 100 fl. pour acheter des meubles. D'autre part, MM. les grands vicaires de l'évêché de Tournay donnèrent la permission d'exposer le Saint Sacrement dans la chapelle. M. Le Peletier, qui était, je l'ai déjà dit, un grand amateur d'art, aurait bien voulu orner cette chapelle de quelques tableaux ; mais il venait de se faire assez vertement réprimandé par M. de Louvois, peu sensible à ces sortes de choses, pour avoir payé 1.000 fl. d'un grand tableau et de deux petits destinés aux autels de la citadelle de Cambray ; « il faut, lui disait avec » amertume le ministre, que les peintres de Lille soient bien » chers » et il déclarait que 100 francs auraient suffi pour le grand tableau et 2 ou 3 pistoles pour les petits.

Le 4 octobre 1670, un colonel espagnol, nommé D. Francisco d'Agurto, passa par Lille ; M. le maréchal d'Humières lui fit voir la citadelle ; ce colonel la considéra fort, il en parla en homme d'esprit et entendu aux fortifications et déclara qu'il ne croyait pas que cette place pût être prise, tant que les femmes de France feraient des enfants 1. Trente-huit ans plus tard, M. le maréchal de Boufflers y fit la défense héroïque que l'on sait et ne capitula que sur l'ordre exprès du Roi, faute de vivres et de munitions ; la place, au vrai, ne fut pas prise et elle était imprenable. Il faut en faire gloire assurément au génie de M. de Va aban ; mais qu'aurait-il été sans des subalternes comme Voilant, Chazerat, Deshoulières, etc.. ; sans un ministre comme M. de Louvois ; et, parlons net, sans un maître comme Louis XIV ? Il me semble aussi qu'on ne pourrait, sans injustice, omettre, dans cette liste admirable, le nom de M. Michel Le Peletier, synonyme de probité et de dévouement à la chose publique.

1. « Cette pensée aurait encore bien plus de grâce dans la langue, dont il se servit pour l'exprimer ; mais je n'en ai pas retenu les termes ». Lp. à Louv. 4 oct. 70.

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