Ibid. 9 t. CCCXXVI, p
détournait de leur vrai sens les documents qui gênaient, l'habileté rare que les agents de la curie déployaient pour répandre dans toute l'Europe les fausses nouvelles favorables au papisme. Or, dans un tel milieu, la science ne pouvait pas fleurir. De là le triste état de la théologie à Rome, à cette époque.
Lorsqu'on étudie les principales questions qui furent traitées à Rome pendant le pontificat d'Innocent XI, on constate bien vite qu'elles avaient toutes pour objectif plus ou moins direct l'accroissement de l'autorité du pape. On y visait de toutes manières, ici par des efforts pour attacher les moines, plus étroitement encore que par le passé, aux intérêts de la papauté, là par l'amoindrissement de l'autorité royale et de l'autorité épiscopale, ailleurs par des assertions sans détour en faveur de l'infaillibilité papale, etc.
J'ai déjà mentionné ce fait que la cabale ultrarnontaine avait réussi à faire remettre à la reine de France, vers la fin de 1682 ou au commencement de 1683, un document destiné à éclairer Louis XIV1. Or, ce document cherchait à démontrer l'infaillibilité papale par des considérations toutes politiques, et à convaincre Louis XIV qu'il y a une indestructible solidarité entre l'infaillibilité papale et l'absolutisme royal. La thèse était celle-ci : Soutenir l'infaillibilité et la souveraineté spirituelle du pape, c'est soutenir aussi l'autorité souveraine des rois; mais enlever au pape cette infaillibilité pour la donner à l'Église seu-
1. Voirie tome II de cet ouvrage, chap. xiv, p. 419-420. Ce document était composé de plusieurs pièces. L'une d'elles était intitulée (au mépris du contenu même de la déclaration de 1682) : Traité qui fera voir au roi pour sa sûreté combien cruellement et avec quelleruse les prélats de V assemblée de 1682, en déclarant que le pape est faillible et au-dessous du concile, et le parlement en appuyant cette déclaration, ont soumis S. M. quant au temporel au pape, au concile et ensuite aux États, sous apparence d'établir sa souveraineté indépendante d'autre que Dieu. Cf. Ms. de S. Sulpice, t. IV, p. 2367-2373, 2403-246 i.
lement, c'est vouloir préalablement ôter aux rois leur souveraineté temporelle pour la donner anx États.
« Tant qu'un roi chrétien, dit l'auteur, a fait reconnaître chez lui l'infaillibilité et la souveraineté spirituelle du pape sur l'Eglise, son autorité temporelle a été paisiblement reconnue dans ses titats, et il a été à l'abri des troubles que les schismes et les erreurs y excitent ordinairement; mais sitôt qu'il a permis à ses sujets d'attenter à l'autorité du souverain pontife, il leur a donné une entière prise sur la sienne propre et s'est attiré de forts grands troubles. » L'auteur s'eiforce ensuite de plier quelques faits de l'histoire à cette argumentation.
Cette argumentation est fort instructive, en ce qu'elle montre comment les théologiens ultramontains font flèche de tout bois pour atteindre leur but, et combien ils sont peu autorisés à reprocher aux ennemis de l'infaillibilité papale d'accepter la protection des Etats, eux qui voulaient accoupler l'absolutisme royal et l'absolutisme papal pour mieux maîtriser le monde, et qui ne voulaient détruire le libéralisme dans l'Eglise que pour mieux fortifier la tyrannie dans la société politique et civile.
Rome, toujours fidèle à sa ligne de conduite, toujours acharnée à la réalisation de ses visées, voulait recevoir le serment des religieux sans condition, et nullement en vertu de la permission que les rois, leurs souverains temporels, leur en donnaient. Le 10 décembre 1680, le duc d'Estrées manda, à ce propos, à Louis XIV, que l'ambassadeur de Portugal avait proposé au pape d'exclure des Indes tous les missionnaires français; à cette condition, le roi de Portugal s'engagerait à pourvoir les Indes, à ses frais, de missionnaires et de jésuites qui prêteraient serment à Sa Sainteté d'une manière absolue et sans restriction1.
D'après une dépêche de Servient à Croissy, en date du 28 août 1680, le bruit courut à Rome et y fut accueilli