Correspondance de Rome, t. CCLVIII, p
2. Le cardinal d'Estrées au roi, le 23 septembre 1687 (iUicl., t. CCCV, p. 241-265; cf. p. 172.
du Perron on avait passé à Duval, de celui-ci à Guillaume de Moïa et à Vernant, et de ceux-ci à Chamillard. Innocent XI tenait du Perron pour un partisan des idées romaines. En effet, le maître du sacré palais étant venu visiter le cardinal d'Ëstrées en mars 1685, celui-ci l'étonna beaucoup en cherchant à lui montrer du Perron sous un autre jour. « Ce qui le toucha, ce me semble, davantage dans notre entretien, c'est que, dit d'Ëstrées, lorsque je lui dis que, si le pape avait eu le temps de lire le cardinal du Perron, qu'il exaltait comme le défenseur du saint siège et m'avait proposé quelquefois comme un modèle que les cardinaux français devaient suivre, il trouverait que, dans tous les endroits où il a traité avec les hérétiques la question du juge des controverses de la foi, il a toujours cité l'infaillibilité de l'Église, en déclarant les vérités catholiques selon l'Écriture Sainte ou la tradition, et n'a point allégué celle du pape ou du saint siège, quoique sur le temporel des princes tout le monde sache qu'il a trop déféré à leur autorité, que sur les matières de l'infaillibilité ou de l'autorité du concile, il a parlé presque dans le sens de la déclaration du clergé. Je m'offris au maître du sacré palais de vérifier tous les endroits des livres du cardinal du Perron avec lui et de les porter même au pape *. »
Duval (f 1638) était, plus encore que le cardinal du Perron, considéré à Rome comme un défenseur des idées ultramontaines; son ouvrage contre Richer avait été revu et approuvé par Paul IV et la congrégation du saint office 2. Or, le cardinal d'Ëstrées s'efforça de démontrer aux théologiens de Rome que la doctrine de Duval n'était
1. Le cardinal d'Ëstrées au roi, le 28 mars 1685 (Correspondance de Rome, t. CCXCIII, p. 403-417).
2. lbid. — C'est dans les registres mêmes du saint office que le cardinal d'Ëstrées retrouva les actes qui justifiaient que la seconde édition (161 i) du livre de Duval avait reçu une pleine approbation du pape et de la congrégation du saint office. Dépêche du cardinal d'Ëstrées au roi, le 24 février 1685 (ibid., p. 277-298).
pas plus favorable que celle de du Perron à la thèse de l'infaillibilité du pape; afin d'empêcher la condamnation des propositions de l'assemblée de 1682, il fit faire des extraits de ce livre, extraits favorables à ces propositions1.
Dans un mémoire qu'il envoya à Louis XIV le 24 février 1685, ce même cardinal signala, d'après les registres du saint office, les corrections qui furent faites à cet ouvrage. Je traduis sur le texte latin :
« Copie de l'écrit transmis sur l'ordre du souverain pontife par le cardinal d'Aragon au nonce apostolique, po ur la correctionde certaines propositions contenues dans le livre d'André Duval. Dans le livre intitulé : « De ecclesiastica et politicaprotestate Elenchus, etc., sont à corriger les passages suivants (In indic. n. 17). Où il est dit qu'il n'est pas de foi que le pape ait l'infaillibilité dediscernement, mais qu'il est plus certain et plus probable qu'il la possède lorsqu'il agit comme pontife (p. 72), on pourrait ainsi corriger : 77 n'a pas été déterminé jusqu'à présent que le pape ait l'infaillibilité de discernement; toutefois il est certain quil la possède lorsqu'il agit comme pontife. — P. 73. L'auteur, réfutant la doctrine d'un anonyme, dit : « Car il veut que le pape, même » quand il agit comme tel, ne jouisse d'aucune infaillibî- » lité de discernement et qu'il n'en ait pas été gratifié » par le Christ ; » proposition, dit l'auteur, qui n'est point expressément contre la foi, puisqu'elle n'a été définie dans aucun concile général. Ces paroles semblent enseigner qu'il n'y a de foi que ce qui a été défini dans un concile général; or cela est faux et contraire à la doctrine même de l'auteur. Il faudrait modifier ainsi ce passage et dire : Proposition qui n'est point expressément contre la foi, puisqu'elle n a point été déterminée jusqu'à présent et que la plupart des Parisiens, etc. — Il ajoute dans le même endroit: «Il est toutefois beaucoup
1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 9 août 1682 {Correspondance de^Rome, t. CCLXXXIV, p. 154-179).
plus certain que le souverain pontife possède ce privilège d'infaillibilité. Ces paroles semblent ne pas exclure une certaine probabilité et même une certaine certitude de la doctrine opposée. Or, cette doctrine opposée est non seulement fausse, mais manifestement contraire à l'enseignement de l'auteur. C'est pourquoi on pourrait facilement corriger ainsi : Il est toutefois certain que le souverain pontife possède ce privilège d'infaillibilité. — Si ces passages sont corrigés, ils montreront la science et la piété de l'auteur envers l'église romaine, et il n'y aura rien à reprocher dans la doctrine de ce très bel ouvrage1. »
1. C.deR., t. CCXGIII, p. 30(3-308. On lit encore au sujet de ces corrections : « Ex libro registrorurn feria 5a, 12 april. 1612. Facto verbo circa librum cujus titulus : De ecclesiastica et politica potestate Elenchus pro sup renia Rom. pontificis in Ecclesiam auctoritate, auctore Andréa Duval, doct , Sorbonico et S. theol. in parisiensi academia regio professore, Parisîis impressum prœsenti anno 1612. Sanctissimus ordinavit illustrissimo cardinali de la Rochefoucaul t ut per litteras significet auctori loca corrigenda. Item mandavit scribi nuntio apostolico in Gallia remittendo se his quae scribel prœdictus Dominus cardinalis. — Ex eodem libro regist. 1612 feria 5% die 5» julii 1612. Ejusdem nuntii in Gallia fuerunt lectœ litterae data? 7 junii, in quibus significat Andrearn Duval doctorem sorbonicum autorem libri in confutationem libri Richer emendaturum loca notata in eodem libro in nova impressione. — Ex eodem libro registr. 1612 die 19a julii 1612. Lectis litteris nuntii apostolici
Gallia datis die 18 junii, in quibus significat Andrearn Duval, de ecclesiastica et politica potestate vereri ne ejus liber censerctur, donec corrigatur in tribus punctis hinc scriptis. Sanctissimus mandavit rescribi nuntio de eo haberi bonam satisfactionem. — Ex libro registri decretorum anni 1613 feria 5a, die 18, extrada sunt verba sequentia : Litterœ nuntii apostolici in Gallia datœ die 26 martii fuerunt lectaî in quibus mittit libellum de ecclesiastica et pol. pot... emendatum, ut sibi significatum fuit, anno superiori. Sanctissimus dixit commendare fecisse obedientiam prœdicti doctoris ac posse etiam scribi nuntio. — Lettera scritta dal s. cardinal lîbaldini, nuntio in Prancia, al Signor cardinal Borghese li 26 marzo 1613. Nella 2a editione uscita ultimamente délia risposta che diede l'anno passato al libro De ecclesiastica et politica potestate di Richer, il dottore Duval thcologo sorbonico ha il medemo corretti i punti che furono annotati cossi in tutto conforme alla
Le docteur Chamillard, l'un des docteurs de Sorbonne exilés en 1682, passait aussi pour un ardent partisan de l'ultramonlanisme. Or, ou lit dans la dépêche du duc d'Estrées ta Louis XIV, en date du 26 août 1682, le détail suivant : « Je dis au pape qu'on ne pouvait prendre en aucune manière l'exil des docteurs de Sorbonne pour une infraction ta la suspension; et que le docteur Chamillard, qu'on lui avait représenté comme un martyr du saint siège, et sur le sujet duquel il y avait eu une émotion dans une des grandes paroisses de Paris, avait dit, dans son vœu, que les propositions de l'assemblée du clergé dont Sa Sainteté se plaignait si fort, ne se pouvaient définir que dans un concile œcuménique, et dans un autre endroit : Quand} deficiet Puntifex1, ce qui ne voulait pas dire qu'il fût de l'opinion de l'infaillibilité des papes. Je lui présentai en même temps le vœu du docteur Chamillard pour voir s'il plaisait à Sa Sainteté. Elle me répondit par plusieurs fois avec beaucoup d'émotion qu'elle ne savait point qui était le docteur Chamillard, qu'elle n'avait que faire de lui ni de son vœu. Cette manière de répondre vint apparemment de la honte qu'elle avait d'être convaincue d'avoir été trompée touchant l'exil des docteurs et particulièrement touchant Chamillard. »
La curie romaine aima toujours les appels à son autorité pour dirimer les questions et les différends. La camarilla d'Innocent XI ne négligea pas cette ancienne tactique. On lit dans la dépêche du duc d'Estrées à
mente délia sacra congrcgatione del sanl. officio che mi fu allora insinuatta dal s. cardinale Arigone, corne si vedra nell' esemplare qui aggiunto e nei luoghi lineati a posta ; e navra nostro signore V. S. Illustrissima un nuovo esprcssitno testimonio délia gran piéta e zelo di esso dottore, e délia singolarissima ubedienza a Sua Santita e a cotesta Santa Sede, poiche senza rispetto alcuno a cossi pronto e perfettamente conformato il suo senso all'esseguio donato... »
1. On lit à la marge (t'e écriture) : « Nota. Revoir cet endroit. » — (2e écriture) : « Il est ainsi dans le chiffre. »
Louis XIV, le 3 août 1677 : « Le pape et M. le cardinal Cybo me parlèrent touchant une lettre de M. l'évêque d'Arras à Sa Sainteté, et sur le recours que quelques sujets de Votre Majesté avaient pensé d'avoir à Sa Sainteté pour des points de morale; que Votre Majesté jugerait sans doute qu'il était naturel qu'on s'adressât au pape dans le poste que Dieu avait permis qu'il occupât; que, quant à la forme, il était très raisonnable qu'elle fût agréable à Votre Majesté et telle qu'il lui plairait; mais que, dans le fond, Votre Majesté pouvait considérer qu'il serait contre son autorité d'empêcher qu'on n'eût recours à lui sur dépareilles matières. Et ils me dirent tous deux qu'ils étaient fort persuadés que Votre Majesté, bien loin de la vouloir diminuer et affaiblir, la voudrait augmenter, s'il était possible, et contribuer à ce qui était delà dignité et de la satisfaction d'un pape qui avait tant d'estime, d'affection et de reconnaissance pour Votre Majesté qu'on en avait écrit à M. le nonce, et qu'ils me priaient de vouloir informer Votre Majesté de ce qu'ils me disaient1. » Nous avons déjà constaté ces adulations habiles.
Rome voulait que les évêques lui fissent rapport sur l'état de leurs diocèses et lui soumissent leurs décisions synodales. L'évoque de Noyon s'était prêté à ce dessein en 1677, et, le 8 décembre de cette même année, Innocent XI l'en avait félicité par un bref. La curie s'autorisa de ce fait pour exiger, Tannée suivante, de Tévêque de Marseille, M. de Janson, qu'il envoyât au pape un procèsverbal authentique de la visite de son diocèse. M. de Janson n'envoya rien, malgré le vif désir qu'il avait du chapeau -.
Le parti ultramontain était, proportion gardée, plus développé encore dans les Flandres qu'en France même,