‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 11 sur 373 · Ibid., t. CCLXXlI,p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXlI,p

auxquels il est bien juste, puisque Sa Sainteté les néglige, que Votre Majesté remédie par son autorité. Je ne manquerai pas d'exécuter avec toute l'exactitude que je dois, à ma première audience, les ordres qu'elle me donne sur ce sujet. »

Le 5 février, Servient manda à Croissy : « Lauri écrivit, il y a quinze jours, que l'on ne craignît point ici les menaces qu'on pourrait peut-être y faire sur les bulles de Pamiers, que, Sa Sainteté n'y pourvoyant pas dans un certain temps, Sa Majesté ordonnerait que l'évêque serait sacré selon l'ancienne discipline; que ce sont paroles en l'air et qu'il est bien informé ; qu'on n'oserait en venir en France à ce remède; que ce serait revenir au droit primitif et naturel de l'Église, et contre les concordats que le roi a trop d'intérêt de soutenir. » Servient ajouta : « Une nouvelle lecture de l'ordonnance de Blois sous Henri III et Grégoire XIII, m'a fait concevoir de nouvelles vues, qui pourraient établir la facilité et l'exemple de déterminer qu'un conseil de conscience, composé d'évêques fidèles, savants et à la suite du roi, comme seraient MM. les archevêques de Paris, de Reims, et le coadjuteur de Rouen, et les évêques de Meaux, de Laon et quelques autres, avec le Père confesseur de Sa Majesté, qui sont tous à la suite ou dans le voisinage de la cour, examineraient (sic) les prêtres nommés à toutes les prébendes du royaume et en rendraient compte, pour leur donner ensuite leurs lettres d'installation adressées aux chapitres sur leur capacité, ou y en nommer d'autres sur leur incapacité prouvée. Les évêques composeraient ce conseil et cette assemblée, ou, pour user du terme de Rome, cette congrégation d'examinateurs; ainsi, ils auraient leur compte, et le roi encore davantage, puisqu'il éviterait d'augmenter l'autorité des évêques, et que cette ouverture pourrait faciliter avec le temps la nomination aux paroisses; car l'examen mettrait en repos la conscience de Sa Majesté sur le spirituel, et il n'y a point de paroisse qui n'ait quelque temporel annexé, dont le roi

est seul souverain1. » On avouera que les vues de Servient avaient leur bon côté.

Lauri n'était point dans l'erreur. Louis XIV paraissait plus terrible qu'il ne voulait l'être. Sa Majesté, qui, dans sa lettre du 23 janvier au duc d'Estrées, avait paru si décidée à ne pas fléchir, écrivit de Saint-Germain au cardinal d'Estrées, le 10 février suivant, que, pour faciliter l'expédition des bulles de Pamiers, elle consentait à rétablir dans cet évêché l'état de choses antérieur à la mort de l'évêque Caulet. La nonciature qui était bien informée des timidités royales, excitait le pape à tenir ferme et même à augmenter ses prétentions. Les décisions prises par l'assemblée de 1682 lui en fournirent le prétexte, et Innocent XI en profita habilement pour refuser toute bulle aux évêques nommés qui y avaient pris part ou qui les avaient acceptées. A partir de cette époque, il fut sans doute toujours question des bulles de Pamiers et des prétextes tirés de la situation de ce diocèse; mais l'affaire se compliqua de griefs nouveaux de l'ordre doctrinal. Le champ de bataille s'étendit. Aussi, dans cette phase nouvelle, les dépêches témoignent-elles d'une animosité plus vive de part et d'autre.

Page 1