‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 12 sur 373 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans une lettre du Père de La Chaise, datée de Paris « ce mardi 14- d'avril 1682, à 3 heures du soir », on lit : « Monsieur, il est vrai que la conduite de Rome à l'égard du diocèse de Pamiers est fort extraordinaire par le schisme qu'on y entretient, qui causerait sans doute une grande sédition, si nous étions dans un temps moins réglé que celui-ci. Car, en premier lieu, on a envoyé un nouveau Bref au Père Cerle, par lequel on V établit commissaire apostolique dans tout ce diocèse-là, ainsi qu'il le dit lui-même dans une lettre qu'il a écrite à M. le marquis de Mirepoix. Il a pris la même qualité dans une assemblée qu'il a fait faire à un village qui est à une ou deux lieues de Pamiers, où il a envoyé un homme affidé, qui non seulement a fortifié les ecclésiastiques mal intentionnés dans leur révolte, mais encore a attiré dans son parti la plupart des curés et même plusieurs chanoines; en sorte qu'à présent la plupart des ecclésiastiques ne reconnaissent plus le vicaire général qui a été établi par M. l'archevêque de Toulouse, et les peuples auxquels on prêche continuellement qu'il se faut déclarer pour le pape ou pour le Père Cerle, ne veulent plus recevoir les sacrements de ceux qui ont l'approbation du même grand vicaire! — Deuxièmement, le même Père Cerle envoie des prêtres déguisés par les maisons de ceux qui lui sont fidèles, pourleur administrer les sacrements et pour

les absoudre delà prétendue excommunication pouravoir reconnu le grand vicaire de M. l'archevêque de Toulouse ou ceux qui avaient juridiction de lui. Quelques-uns ont porté le saint-sacrement en secret dans des boîtes aux malades, et même ont dit la messe dans des maisons particulières et dans des lieux secrets, comme au temps de la persécution. » Après avoir accusé expressément Rome de fomenter « ce schisme si scandaleux » pour « causer quelque sédition », le Père de La Chaise ajouta en postscriptum : « J'oubliais de vous dire, monsieur, que les révoltés du diocèse de Pamiers publient partout qu'ils savent avec exactitude qu'on ne doit point espérer de paix avec Rome ni d'évêque durant tout ce pontificat, et qu'il faut par conséquent s'attacher au Père Cerle *. » Telle était la gravité de ce schisme papiste clans le diocèse de Pamiers. Le lendemain du jour où le Père de La Chaise écrivait ainsi, l'abbé Servient remettait au cardinal d'Estrées, à Rome, une lettre dans laquelle il lui racontait sa dernière conversation avec un confident de Favoriti. Servient dit à ce confident : « Que, pour ce qui regarde l'autorité des évêques, on ne pouvait nier qu'elle ne vint du Saint-Esprit, qu'ils étaient de l'ordre dont le pape était le chef, que les élections se faisaient autrefois par le peuple et par les chapitres, que l'ordination se faisait par les évêques et mélropolitains, et qu'il n'était pas indispensable de venir à Romeprendre cette ordination et des bulles ; — qu'enfin, s'il y avait en cela quelque chose de désagréable, Sa Sainteté ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même...; que le refus des bulles de M. de Pamiers et d'autres semblables circonstances attireraient des règlements; et qu'enfin le pape ferait autant de tort à son autorité, en France, qu'il en faisait, dit- on, au gouvernement de l'État ecclésiastique et de Rome, où Ton mourait de faim avec l'abondance des biens de la terre, et où tous les tribunaux étaient renversés et désor-

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