Ibid., p
A. Ibid., t. CCLXI, p. 4G.
cette affaire, afin qu'il en instruisît Sa Sainteté. « A peine avais-je commencé de parler à Sa Sainteté de ce mémoire, répondit le duc à Pomponne, qu'elle me témoigna avec sentiment avoir sujet de se plaindre que l'on en eût usé ainsi pour le décret d'une congrégation où elle avait assisté; et, lorsqu'il s'était donné, que Ton pouvait châtier l'imprimeur et le libraire qui avait débité les imprimés de la censure des soixante-cinq propositions et en défendre l'impression, mais que, de la manière que le parlement avait agi, c'était montrer peu de considération pour elle; que l'on l'avait assuré aussi que le parlement n'avait pas jugé d'abord devoir donner un arrêt, et qu'il en avait reçu duejussioni. C'est le terme dont Sa Sainteté s'est servie. Après avoir repris ce que j'avais commencé et avoir informé Sa Sainteté avec toute l'exactitude possible du contenu du mémoire, lui faisant remarquer avec combien de respect il y était parlé de Sa Sainteté, et combien il était insoutenable que l'on' dût reconnaître en France les décrets des congrégations, Sa Sainteté me voulut dire qu'il y avait de la différence de celle du saint office où elle assistait tous les huit jours et dont les décrets se faisaient en son nom, avec les autres. A quoi je répondis que celle de propaganda fide se tenait aussi et assez souvent devant Sa Sainteté, qu'elle savait bien que la plus grande partie des décrets des congrégations se faisait en son nom, et qu'outre cela l'on devait être encore plus précautionné en France contre celle du saint office, parce qu'on n'y reconnaissait en aucune manière l'inquisition ni tout ce qui pouvait y avoir le moindre rapport. Il me parut avoir rendu Sa Sainteté en quelque façon capable de ce que je lui disais sans pourtant qu'elle s'en déclarât. M. le cardinal Cibo, que je vis ensuite, non seulement trouva fort juste ce que j'avais représenté au pape, mais même convint avec moi que j'avais raison de parier ainsi1. »
1. Corresp. de Rome, t. CCL XI, p. 61-64; dépêche du 13 juin 1679.
Par le même courrier, Servient écrivit à Pomponne, le \ 4 juin : « L'abbé Favoriti m'a parlé de l'arrêt du parlement sur la censure des soixante-cinq propositions, comme d'une cbose qui ne les choque point ici, (cet arrêt) paraissant, dit-il, plutôt s'en prendre à la forme, qui est par voie d'inquisition et qui n'est point reçue en France, qu'à la censure des propositions, qui est la matière l. » Tel fut l'admirable stratagème qu'imagina Favoriti pour sauver le fond de l'affaire au profit de Rome ; il consentait à lâcher l'ombre au parlement, mais il gardait la proie pour la congrégation de l'inquisition. Louis XIV tomba dans le piège ; car, le 23 du même mois, il fit écrire au duc d'Estrées, non plus par Pomponne, mais par le secrétaire de son cabinet, M. Rose, la lettre suivante : « Sa Majesté me commande d'ajouter aussi que vous ne manquiez pas d'avertir M. le cardinal Cybo et de concert avec lui le pape même, s'il en est besoin, que, lorsque Sa Sainteté aura pris sa résolution à l'égard de ces propositions de Louvain, il est nécessaire qu'elle ait agréable de la déclarer par un acte qui ne parle en aucune manière du tribunal du saint office ou de l'inquisition, dont le seul nom effarouche tous les peuples de ce pays et cabre tous les parlements. Au reste, Sa Majesté se loue fort de l'exactitude avec laquelle on lui garde le secret qu'elle a tant recommandé et en souhaite toujours la continuation, tant au lieu où vous êtes que de ce côté-ci, sans exception de qui que ce soit2. » Le 17 juillet, Louis XIV revint à la charge, dénonça de nouveau les susdits docteurs de Louvain comme les restes du parti janséniste, les dépeignit triomphants déjà de Rome afin de mieux exciter le pape contre eux, et supplia Sa Sainteté de sévir contre leurs thèses « scandaleuses. »
Le 19 décembre, le duc d'Estrées dépêcha au roi avec une satisfaction évidente : « L'on m'a assuré que l'on