Ibid., t. CCLXXX, p
En octobre 1682, Servient signala Favoriti et le cardinal Azzolini comme étant en relations suivies avecArnauld et avec des docteurs de Louvain *. Rome recrutait donc des partisans soit parmi les ultramonlains purs, soit même parmi les jansénistes ; ceux-là paraissaient sincèrement attachés aux idées romaines, ceux-ci n'étaient que des diplomates intéressés. L'université de Douai était plutôt avec les premiers, celle de Louvain avec les seconds.
Le lecteur connaît déjà le Père Gabrielis, du tiers ordre de Saint-François, grand ami de Favoriti et de Casoni, correspondant d'Arnauld à Rome, partisan par conséquent de la tactique janséniste. On lui fit, à Rome même, un procès doctrinal fort intéressant au point de vue de la question de l'infaillibilité papale. Un livre publié par lui, ayant été déféré au saint office, fut corrigé par son ami Favoriti, qui obtint même du pape un ordre d'en faire une seconde édition d'après ces corrections. Favoriti transmit cet ordre au maître du sacré palais; mais le cardinal Ludovisio remit au pape un mémoire, dans lequel étaient indiquées plusieurs propositions erronées, extraites de cette seconde édition. Le pape la fit alors examiner secrètement, à l'insu de Favoriti, par un théologien, qui effectivement trouva ces propositions condamnables. « L'examen de ce livre, écrivit le ducd'Estrées, est d'autant plus considérable que, quoique réimprimé avec V autorité du pape y l'inquisition d'Espagne n'a pas laissé de l'examiner et de le censurer comme hérétique, et le marquis del Carpio a eu ordre du roi son maître d'en demander au pape la condamnation2. » Le maître du sacré
1. Dépêche du 22 octobre 1682 {Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p. 22-27).
2. Le duc d'Estrées au roi, le 18 juillet 1681 (ibid., t. CCLXXIII, p. 435-451).
palais, Capizucchi, fut chargé du rapport sur cette question bruyante £; quatre consulteurs l'éludièrent aussi et constatèrent que la seconde édition contenait encore les erreurs de la première. « C'est Favoriti, remarqua le cardinal d'Estrées, qui à forcé le maître du sacré palais à la permettre, ils en doivent bientôt faire leur rapport au pape 2. » Favoriti était très mécontent du choix de Capizucchi comme rapporteur, parce que c'était lui, Favoriti, qui «lui avait fait approuver cette seconde édition par an commandement exprès du pape 3, » et qu'il ne manquerait sans doute pas de le dire dans son rapport.
Les choses traînèrent en longueur, parce que cette affaire était désagréable au pape. Ce n'est que dans une dépêche du cardinal d'Estrées à Louis XIV en date du 7 décembre 1683 que l'on trouve le renseignement suivant : « Dans la première assemblée qu'on a tenue sur les propositions de Gabrielis et de Louvain, qui sont au nombre de trente-cinq, on n'en a commencé que quatre ; » la dernière était celle qui regardait l'autorité du pape4. En avril 1684-, quatre docteurs de Louvain se rendirent à Rome pour se justifier des propositions incriminées ; la curie, en les faisant comparaître, espérait obtenir de l'université de Louvain, sur la déclaration de l'assemblée de 1682, une explication plus favorable à Rome que celle qui avait été donnée en 1682 5.
Rome, désirant savoir si Gabrielis avait bien réellement enseigné autrefois « des opinions contraires à l'autorité du pape, » chargea l'internonce de Bruxelles de le vérifier.
1. Mémoire du cardinal d'Estrées sur les cardinaux de la promotion de 1681 {Correspondance de Rome, t. CCLXXIV, p. 306-323).
2. Le cardinal d'Estrées au roi, les 27 et 28 août 1681 (ibid., p. 211-229).
3. Le même au même, les 10 et 15 septembre 1681 {ibid., p. 262-305).