Ibid., t. CCLXXXIX, p
5. Le cardinal d'Estrées au roi, le 25 avril 1684 {ibid.. t. CCXC, p. 36-41).
L'internonce répondit affirmativement, et ajouta que ce Père était venu le trouver, qu'il s'était excusé de son ancienne doctrine sur sa jeunesse, que maintenant il était mieux instruit et prêt à publier, sur l'autorité du pape et sur la grâce, des articles qu'il lui laissa. L'internonce les envoya; la congrégation les examina, et le commissaire du saint office fut chargé de les comparer avec certaines propositions tirées des anciens écrits de ce Père. Dans sa dépêche au roi du 9 mai 1684-, le cardinal d'Estrées continua ainsi le récit de ce procès : « Le commissaire que j'ai attiré dans une grande confiance par le moyen du Père Peyra, son ami particulier,... a fait son rapport sagement et avec avantage pour la déclaration de l'assemblée du clergé : car il a marqué que les anciennes propositions étaient bienplus dures que celle du clergé, établissant comme dogme de foi contre l'infaillibilité du pape ce que les Français ne soutiennent que comme une opinion. Il n'a pas oublié de dire qu'on avait tellement ménagé les termes dans la déclaration du clergé qu'on s'était abstenu dénommer l'infaillibilité dans le dernier article, et que ce qu'on y disait des jugements irréformables pouvait souffrir quelque explication moins avantageuse aux prétentions du saint siège. Je lui avais donné des vues qu'il mit bien en œuvre ; mais ensuite, assujetti aux maximes de cette cour et pour ne se rendre pas trop suspect, il fut obligé de conclure que l'article proposé par Gabrielis, obscur et enveloppé à dessein de ne rien dire de positif, ne lui semblait pas assez précis et ne pouvait passer pour une révocation des anciennes propositions. On prit les avis après son rapport, et tous opinèrent qu'il fallait le réduire à rétracter nettement, et, après avoir vérifié par îles actes authentiques qu'il avait dicté les écrits dont il s'agit, continuer son procès dans les formes. Le cardinal Ottobon, qui est le plus ancien, ouvrit cet avis. Le cardinal Azzolin, en le suivant, enchérit encore sur lui et sur tous les autres, quoiqu'il eût favorisé plus que personne Gabrielis, à cause de Favoriti qui le protégeait et parce qu'il penchait aux
opinions du jansénisme. Son zèle l'anima contre lui. Il dit avec des expressions ampoulées qu'il fallait le traiter avec la dernière rigueur, s'il ne voulait rétracter questa pessima dollrina et en faire un exemple ; que, de plus, il fallait dresser ici les termes de la rétractation les plus forts qu'il se pourrait, l'envoyer en Flandre et la publier partout, afin que non seulement lui, mais tous ceux qui soutenaient de pareilles opinions, demeurassent notés et flétris aux yeux de tout le monde. » Personne n'appuya ce langage excessif d'Azzolini, et l'on se rangea à 1 avis d'Ottoboni.
Le cardinal d'Estrées, après avoir dit qu'il s'engagerait à « maintenir » le nouvel article rédigé par le Père Gabrielis dans le but de satisfaire le pape, article qui, sans être une rétractation de ses enseignements antérieurs, «ne contenait au moins aucune proposition qui ne fût bonne et catholique, » ajouta : « J'en exceptai pourtant l'endroit que j'ai marqué par deux lignes, où il divise fort mal à propos l'Église en universel (sic), en grecque, romaine, calvinienne et luthérienne, comme si on pouvait comprendre dans l'Église les communions des calvinistes et des luthériens, lesquels n'ayant plus la succession des apôtres, leur assemblée n'avait de rapport à l'Église que par le baptême et pouvait bien s'appeler une société de chrétiens, mais non pas une partie de l'Église universelle. En effet, cette distinction est insoutenable et marque de l'ignorance. » Le cardinal d'Estrées manda encore à Sa Majesté qu'il blâmerait la rigueur qu'on voulait infliger à ce Père; « que, s'il refusait cette rétractation, en disant qu'il avait puisé sa doctrine dans les traités de théologie du pape Adrien VI, qui l'avait enseignée dans l'université de Louvain avant que d'être pape, et non seulement ne l'avait pas révoquée durant son pontificat, mais avait fait réimprimer ses ouvrages à Rome sans y rien changer, cette raison paraîtrait spécieuse à beaucoup de gens; que l'exemple de ce pape rendrait la plupart des docteurs de l'université de
Louvain plus fermes dans ses opinions, parce qu'ils ont une extrême vénération pour sa piété, pour sa science, et pour sa dignité, dont ils tiennent leur corps fort honoré. Et l'on remarque que le cardinal Palavicin, dans ses réponses à l'histoire du concile de Trente de Fra Paolo, loue Adrien VI d'être grand théologien, quoiqu'il le traite de méchant politique, grarithêolocjo ma médiocre papa. »
« Je dis aussi, poursuivit le cardinal d'Estrées, qu'il semblait étrange que ce religieux eût enseigné que les Français tiennent pour article de foi que le pape peut errer, définissant même les questions ex cathedra ( cet endroit est aussi marqué par deux lignes )'; que quelques anciens auteurs avaient poussé leurs opinions avec plus de chaleur, comme les théologiens italiens établissaient les leurs avec une pareille véhémence, mais qu'il était faux de dire que la nation soutînt comme un dogme de foi que le pape peut errer définissant ex cathedra; qu'elle se contentait de demeurer dans ses anciennes maximes et les défendre; que, dans la déclaration du clergé, bien loin qu'on se fût expliqué en ces termes, on avait évité d'insérer celui d'infaillibilité (je crus placer cela assez à propos pour adoucir leur effarouchement incroyable et insupportable); que de la manière dont cet article était conçu dans la déclaration de l'assemblée, il ne niait pas un principe a" infaillibilité dans le pape, il prétendait seulement ne le séparer pas du concours de l'Eglise, et se contentait de tenir que ses décisions n'étaient pas irréformables avant que l'Eglise y eût acquiescé ou consenti ; que Gerson, Tostat, le plus savant évêque et le plus illustre par ses ouvrages qu'ait eu l'Église d'Espagne dans ces derniers siècles, et d'autres fameux théologiens, ne s'étaient pas contenus dans ces bornes; et que ceux qui avaient composé l'article l'avaient fait avec tant de mesure, qu'il pouvait compatir avec Vexplication que le docteur du Val donne de l'infaillibilité du pape, dont tout le monde sait qu'il a été un passionné dèfen-
seur. Ce docteur, en exposant quels sont les signes nécessaires et les conditions qui doivent accompagner un jugement infaillible du saint siège, met le consentement de l'Église comme la principale et le répète en divers endroits. Il demande aussi d'autres circonstances qui s'accordent également avec les maximes de France, comme il est aisé de le prouver par ses ouvrages.
» Ainsi, toute la difficulté se réduit que la France ne veut point séparer l'infaillibilité du pape du concours de l'Église, ce que du Val reconnaît nécessaire au moins dans l'usage de cette infaillibilité qu'il donne au pape, el qu'en ce pays (Rome) on prétend qu'il lui appartient si indépendamment qu'avec son conseil particulier il puisse l'exercer, sans le concours, le consentement ou l'acquiescement des évêques. Je leur dis franchement qu'on ne rendrait jamais les Français capables de cette explication, et que je croyais que, si les évêques des autres nations étaient assemblés dans un concile, ils ne l'admettraient pas plus facilement qu'eux; que plus ces questions étaient importantes et difficiles, plus elles demandaient de prudence et de modération. » Est-il besoin de remarquer combien les événements subséquents, notamment le concile du Vatican de 1870, ont donné tort aux prévisions optimistes du cardinal d'Estrées?
J'ajoutai, dit ce cardinal, qu'en parlant ainsi, «je n'avais aucun dessein de faire l'apologie du procédé de l'assemblée, auquel je n'avais eu nulle part; que les prélats ne m'avaient pas consulté auparavant et ne m'avaient pas demandé depuis des offices; que je n'ignorais pas combien cette cour en avait été choquée, mais que je les priais de considérer qu'il y avait bi en de la différence entre n'approuver pas une conduite ou vouloir attaquer une doctrine; que je considérais toujours les partis violents comme dangereux pour la paix... Le cardinal Casanatta dit seulement, dans son avis, que le pape Adrien VI avait enseigné ces opinions comme docteur particulier,
et que les docteurs de Louvain du dernier siècle avaient eu des sentiments contraires aux anciens. Je crus devoir répondre au second point qu'il était vrai que quelques modernes avaient parlé bien plus favorablement de V autorité des papes et de leur infaillibilité; que cependant, quand il voudrait que nous les examinassions, je lui ferais voir que, dans la manière de l'expliquer, aucun ne parle comme on parle en cette cour, et que leurs expressions obscures et enveloppées approchent plutôt des sentiments de l'article du clergé qu'ils ne s'en éloignent. » Enfin, le cardinal d'Estrées exprima au roi le désir que quelque docteur de Paris engageât le Père Gabrielis à conserver les maximes de son université, lout en se mettant à couvert par une soumission respectueuse1.
En envoyant cette intéressante dépêche à Louis XIV, le cardinal d'Estrées y joignit une copie des propositions que les théologiens de ta curie avaient extraites des anciens écrits du Père Gabrielis, ainsi qu'une copie de l'article que ce Père proposait de publier pour donner satisfaction au pape.
Parmi ces propositions, on peut signaler les suivantes : « 1. Il est certain que de l'infaillibilité de saint Pierre ne résulte pas une infaillibilité semblable dans le pontife romain, infaillibilité qu'on prétendrait établir sur ce que ce dernier est successeur de Pierre dans la conduite du troupeau du Christ; car, tous les évêques étant successeurs des autres apôtres dans la direction d'une partie de ce troupeau, et les autres apôtres ayant été également infaillibles dans la tradition et l'explication de la doctrine du Christ, il faudrait alors admettre que tous les évêques possèdent aussi l'infaillibilité. — 2. Si un doute s'élève touchant la doctrine de la foi, on doit recourir aux saintes Ecritures et aux traditions, et cela suffit pour résoudre tous les doutes de ce genre. — 3. Si des docteurs ne veulent pas accepter une décision du pontite