CHAPITRE IX
CONDAMNATION DU PÈRE NOËL ALEXANDRE, DOMINI- CAIN, PAR LA CONGRÉGATION DE L'INDEX ET PAR UN RREF DU PAPE
Noël Alexandre (Natalis Alexander) fut un des historiens les plus célèbres de l'Église. Né à Rouen en 1639, il mourut à Paris en 1724, aveugle et âgé de 85 ans. De tous ses ouvrages, le plus célèbre est son Histoire ecclésiastique en 24 volumes in-8°, dont le premier parut en 1676 et le dernier en 1686, le tout se terminant à la fin du concile de Trente. C'est cet ouvrage qui fut condamné par Innocent XI, mais que Benoit XIII fit retirer de l'Index, grâce à des remarques, des notes et des dissertations que le Père Roncaglia y ajouta en 1734.
Cette condamnation se rattache à celle dont le Père Maimbourg fut quatre fois victime ; elle fut le résultat non du zèle pour la vérité, mais du parti pris de retrancher de ce monde tout ce qui ne concorde pas avec les errements de la papauté. Au lieu d'études approfondies, les dépêches diplomatiques nous montrent, dans la curie romaine et dans la coterie appelée dérisoirement le saint office, des intrigues perverses, conduites sans charité et sans loyauté, dans le but de persécuter et de condamner quand même les gallicans et le gallicanisme. Cette chasse aux gallicans est d'autant plus instructive, elle montre
d'autant mieux les procédés iniques par lesquels Rome a établi et augmenté son autorité, qu'elle est racontée, dans cette correspondance de Rome, par des témoins oculaires et auriculaires, par un cardinal, par un auditeur de Rote, voire même par un camérier du pape.
Le premier document est une dépêche du cardinal d'Estrées à Louis XIV, dépêche datée du 7 septembre 1683 et dans laquelle on lit : « Le Père Alexandre, jacobin connu et fort estimé dans celte cour (de Rome) par l'ouvrage qu'il a entrepris sur l'histoire ecclésiastique et qu'il conduit de siècle en siècle, a envoyé ici, depuis peu, les trois derniers volumes qu'il a composés sur le onze et le douzième siècle. Il les a même fait présenter au pape, accompagnés d'une lettre qu'il lui écrivit. Mais Sa Sainteté et plusieurs cardinaux ont été fort surpris d'y trouver la question de l'indépendance du temporel des souverains, traitée avec tant de hardiesse et de vigueur , à propos de ce fameux différend du pape Grégoire VII et de l'empereur Henri IV louchant les investitures. Il parle très capablement et comme un docteur français, et traite tous les actes de Grégoire VII comme de pures entreprises et selon des maximes fort opposées à cette cour. Dans un autre temps ces endroits auraient fort déplu, mais dans celui-ci ils piquent encore davantage. On ne les a pas mis publiquement entre les mains des consultées du saint office ; mais le pape a commandé secrètement à quelqu'un de les examiner. Comme il parle beaucoup plus fortement que le Père Maimbourg n'avait fait dans son livre du grand schisme d'Occident, qui fut toutefois condamné il y a trois ou quatre ans, ils pourraient avoir le même sort. Cependant j'apprends qu'on tiendra pour cette heure les choses en suspens, et qu'ayant égard au nom de l'auteur et à son ouvrage assez célèbre en cette cour, on ne se pressera pas de l'attaquer *. »