Ibid., p
pas, et causer un grand désordre dans ce diocèse de ne lui donner pas de pasteur, et qu'il m'avait dit de ne trouver rien à redire à celui que Votre Majesté avait nommé. J'ai remarqué sur son visage, dès le commencement que j'ai traité ce chapitre, un grand embarras et confusion, à un point que non seulement il ne m'a allégué aucune raison, mais par manière de dire il bégayait, car il avait de la peine à. trouver les paroles et à me dire qu'il ne pouvait pas, dans le désordre où était ce diocèse, lui donner un évêque et qu'on ne saurait à qui adresser les bulles (\). Lui ayant réponduque cette même raison du désordre le devait obliger à donner un chef pour le faire cesser; que, du reste, certaines gens de ce diocèse, que l 'on voulait faire passer auprès de SaSainteté pour des gens de bien et même pour des saints, mériteraient, par leurs abominables desseins et leurs pratiques pour causcrun soulèvement en ce pays-là, enécrivantdes lettres, semant des billets et des bruits très faux, et en mettant en œuvre toute sorte d'artifices dont on était très bien informé, d'être écarteléset de finir leur vie par des supplices très rigoureux; qu'il fallait en cela admirer la bonté et la modération de Votre Majesté de n'en avoir fait punir aucun jusqu'à cette heure ; que je suppliais Sa Sainteté de me vouloir dire de quelle manière elle ferait traiter ceux de ses sujets qui auraient essayé par toute sorte de moyens de causer une sédition dans Rome, et si ce ne serait pas avec toutes les rigueurs qu'ils mériteraient. Il n'a point défendu ces gens-là comme il avait fait d'autres fois, et seulement a répété avec autant de peine qu'il avait déjà fait, la raison du désordre dans le diocèse de Pamiers; sur quoi je lui ai dit une chose qui a si fort augmenté sa confusion et son embarras, qu'il faudrait l'avoir vue pour en bien juger, qu'en cas qu'il ne me donnât pas, dans cette audience, une parole positive d'accorder au plus tôt les bulles de Pamiers, cela serait pris pour une négative en France; que par le zèle que j'avais j'en recevrais un très grand déplaisir, et que Sa Sainteté n'ignorait pas ce que
contenait le concordat, lui voulant faire entendre que, s'il ne donnait point des bulles à l'évêque de Pamiers, l'on le pourrait sacrer antiquis moribus. Il m'a protesté par plusieurs fois qu'il voulait observer le concordat, et faire en cela tout ce qui lui serait possible pour la satisfaction de Votre Majesté. Je lui ai répondu que ce qu'il me faisait l'honneur de me dire ne suffisait pas, et je lui ai répété qu'à moins d'une parole positive et le reste qui suit. Il m'a reparlé de lui-même, vers la fin de mon audience, de cette affaire et de celle d'Esnay, me témoignant beaucoup d'inquiétude de ce que je lui avais représenté sur l'une et sur l'autre, et me faisant des protestations très fortes qu'il verrait, les moyens de pouvoir satisfaire Votre Majesté, me faisant entendre qu'il serait difficile que les bulles de Pamiers pussent être portées au premier consistoire (je crois que ce sera lundi prochain). J'ai écouté avec l'attention que je devais ce qu'il me disait, mais je suis demeuré ferme tant pour la sécularisation d'Esnay que pour les bulles de Pamiers dans ce que je lui avais dit d'abord. »
Louis XIV, toujours victime de ses hésitations et de son optimisme, écrivit, le 7 mai, au duc d'Estrées, qu'il persistait à croire aux bonnes intentions du pape, touchant l'expédition des bulles de Pamiers! « Mais, poursuivit-il, la variété de cette cour et l'application continuelle du cardinal Àzzolin et de Favorili à faire du mal et à essayer de brouiller les choses, nous feront craindre pour le succès de cette affaire, jusqu'à ce que nous Payons consommée. » Les jours suivants, le duc d'Estrées eut quelques pourparlers avec le cardinal Cibo, qui se tint avec lui dans des banalités, disant que, le 44 mai, il verrait le cardinal de Luca, chargé spécialement de cette affaire, et qu'il lui ferait connaître ensuite le résultat de ses démarches *. La dépêche du duc d'Estrées au roi, du 20 mai, contient le récit de ces démarches, a Sire, dit le duc, la