‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 15 sur 373 · Le duc d'Estrées au roi, le 14 mai · texte numérisé non relu

Le duc d'Estrées au roi, le 14 mai

réponse que j'eus l'honneur de mander, il y a huit jours, à Votre Majesté, que M. le cardinal Gibo me devait rendre sur l'expédition des bulles de Pamiers, après s'être abouché avec le cardinal de Luca, a été que le pape ne pouvait consentir que des chanoines pourvus en régale se trouvassent à l'église pour recevoir l'évêque, ni lorsqu'il y serait, dont le pape désirait d'être assuré avant que donner les bulles. Nous l'avons fort rejeté, M. le cardinal d'Estrées et moi, parce que Votre Majesté, en l'acceptant, acquiescerait à ce que le pape a fait en ce pays-là contre un droit si considérable de sa couronne. M. le cardinal Cibo nous a mandé sur cela que, pour ne mettre point de différence entre les chanoines pourvus en régale et les anciens, l'on pourrait convenir que les uns et les autres ne se trouveraient pas à l'église avec l'évêque. Mais nous n'avons non plus voulu écouter cette proposition que la première, parce qu'elle ferait le même effet. Il a répondu que, puisque nous n'approuvions ni l'une ni l'autre, il fallait chercher quelque expédient, en quoi il travaillerait de son côté en ce qu'il pourrait. » On le voit, la curie avait pour tactique, dans ses moments de condescendance apparente, de faire des propositions inacceptables; et elle s'empressait de profiter du refus que la France en faisait, refus parfaitement prévu par elle, pour dire qu'elle aviserait à de nouveaux expédients, c'est-à-dire pour gagner du temps, pour fatiguer le roi, et pour renvoyer la solution indéfiniment, jusqu'à des jours meilleurs, où cette solution serait toute à l'avantage de la papauté.

Le 22 mai, Louis XIV écrivit de Versailles au duc d'Estrées pour lui dire qu'il approuvait la manière dont il avait agi avec le pape, et qu'il espérait de ce dernier une satisfaction prochaine, notamment dans l'affaire des bulles de Pamiers. « Sur ce dernier point, dit-il, point que vous jugez bien être le plus important, il n'y a plus que les effets qui me puissent persuader des bonnes intentions du pape. » Le même jour, le cardinal d'Estrées

manda au roi qu'il pressait l'envoi des bulles, afin d'épargner au pape « le déplaisir et l'inconvénient de voir un évêque sacré sans avoir été proposé dans le consistoire, étant indubitable qu'au moins après une rupture cette consécration s'exécuterait1 ».

Le 27, le duc d'Estrées écrivit que les cardinaux Cibo et de Luca avaient fait ce qu'ils avaient pu « pour rendre le pape capable d'accorder les bulles; mais que Sa Sainteté persistait dans l'un des deux expédients que Sa Majesté aura vu par sa dernière dépêche que le cardinal Cibo avait, proposés ». Mais, le 3 juin, il dut avouer au roi que Favorili avait de nouveau traversé ses négociations, et que le pape était plus dur que jamais. Le lendemain, Servient, renseigné par « l'intime de Favoriti », manda à Croissy les détails suivants : « Le sentiment d'Asolin et de Favoriti, moins modéré encore que celui d'Ottobon et deCasanatta, est qu'après avoir entièrement ruiné la négociation de de Luca (ce qu'ils prétendent déjà exécuté), il ne faut plus perdre de temps, mais sans s'arrêter, disent-ils, aux vaines appréhensions qu'on voudrait inspirer sur la contestation du nommé àl'évêché de Pamiers, ce que les évêques de France n'oseraient pas faire, pour ne pas rompre les concordats qui sont plus de l'intérêt du roi que du pape, et dont la rupture jetterait le royaume dans divers désordres qu'ils prévoient à leur mode. » Ils veulent donc qu'on refuse impitoyablement les bulles de Pamiers2.

Le lendemain 5, Louis XÏV écrivit de Versailles au duc d'Estrées: « J'ai peine à croire que vous puissiez terminer aucune affaire au lieu où vous êtes, jusqu'à ce que Sa Sainteté ait mis fin à la principale, et j'attendrai le succès des ouvertures qui ont été faites sur ce sujet à mon cousin le cardinal d'Estrées, pour juger de ce que je dois attendre à l'avenir de la cour où vous êtes, et des

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