‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 140 sur 373 · Dans la dépêche chiffrée, il y a 11e, au lieu de · texte numérisé non relu

Dans la dépêche chiffrée, il y a 11e, au lieu de

2. Le cardinal d'Estrées au roi, le 2 mai 1684 (Correspondance de Rome, t. CCXC, p. 44-52).

plus convenable à l'ouvrage du Père Alexandre, que, s'agissant de quatorze ou quinze volumes, clans lesquels on ne se plaignait que de trois ou quatre points, il y avait peu d'apparence de condamner indéfiniment un ouvrage si vaste et qui embrassait toute l'histoire ecclésiastique. Le cardinal Altieri s'est chargé d'en parler au cardinal Casanata... Si le Père Alexandre n'eût pas fait présenter son livre au pape avec une lettre dans laquelle il prétendait avoir mérité du saint siège dans beaucoup de parties de son ouvrage, on l'aurait mis plus aisément k couvert. C'est sur cette circonstance qu'ils se sont plus déchaînés1. »

Le cardinal d'Estrées manda encore à Louis XIV à la dale du 27 : « La congrégation députée pour le livre du Père Alexandre, fut tenue avant-hier* , chez le cardinal Ottobon; et, sans relire les vœux des consulteurs qui avaient été auparavant communiqués aux cinq cardinaux, et presque sans raisonner sur la matière, on résolut que ses ouvrages seraient défendus. Quelques-uns voulurent faire passer la clause : prohibeantur donec corrigantur, mais les plus déchaînés l'emportèrent. Il y a longtemps que je prévoyais ce qui est arrivé. Je l'ai su par le commissaire du saint office, à qui l'on a donné le soin de dresser le décret. Il me sera communiqué avant qu'on le donne aux cardinaux et l'on tâchera de le détourner le plus doucement qu'il se pourra; mais l'on peut douter qu'ils ne le fassent absolument, dans l'acharnement où ils sont, et surtout Capisucchi, lequel, outre sa rudesse naturelle, agit par quelque envie contre le Père Alexandre. » Capisucchi était un confrère du Père Alexandre, moine comme lui; il aurait pu renseigner Racine pour la composition des Frères ennemis, joués déjà depuis vingt ans (1604). Le cardinal d'Estrées, faisant remarquera Louis

1. Le même au même, le 23 mai 1684 (Correspondance de Rome, t. CCXC, p. 223-240).

2. Dans sa dépêche du 23 mai, il a dit qu'elle devait se tenir le lendemain; peut-être fut-elle relardée au 25.

XIV qu'il s'agissait d'entamer la doctrine de la déclaration du clergé, exhorta Sa Majesté ta faire opposition à cette condamnation. « Cette condamnation présente, dit-il, est peut-être un premier pas que ce parti hasarde, pour reconnaître s'il pourrait impunément en faire de plus grands, que la crainte seule a retenus jusqu'à présent1. »

Le cardinal d'Estrées, dans ses relations avec le cardinal Casanatta, feignit d'ignorer cette décision de la congrégation, et lui parla en faveur de l'ouvrage condamné2. Le 10 juillet, Son Éminence transmit à Louis XIV les détails suivants: — La congrégation où le Père Alexandre fut condamné ne dura qu'une heure; on y décida que son ouvrage serait censuré sans la restriction donec corrigatur, mais on ne détermina ni si ce serait par un décret de \ Index ou par un bref du pape, ni si l'on censurerait seulement les deux derniers tomes ou « ceux de cet auteur. » Le cardinal d'Estrées opina que plus la censure serait vague et étendue à plusieurs tomes, plus la doctrine condamnée paraîtrait vague aussi, diffuse, comme noyée dans tous ces volumes et par conséquent moins attaquée; c'est pourquoi il ne déconseilla pas ceux des consulteurs qu'il appelle bien intentionnés, de concourir à la condamnation de plusieurs tomes. Étrange maxime, qui consisterait à dire à ses ennemis : Frappez à votre aise, pourvu que vous étendiez votre attaque! Quelques jours après, il se tint une seconde congrégation plus longue que la précédente, dans laquelle le .cardinal Lauria insista, mais en vain, pour le maintien de la clause donec corrigatur. Le cardinal Capisucchi, h qui le Père Alexandre portait ombrage, se montra envieux et acharné. Depuis lors, le cardinal d'Estrées vit le cardinal Gibo, ainsi quel'assesseur du saint office, M. Piazza, homme de bonne intention ; et il convint avec ce dernier qu'en rendant compte au pape de cette deuxième congrégation, il le disposerait à accep-

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