‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 141 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCXC, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCXC, p

2. Le cardinal d'Estrées au roi, le 3 juin 1684 (iôid. , p. 252-256).

ter la clause susdite. Piazza tint parole, mais le pape ne. répondit pas; il eut depuis deux audiences, sans que le pape lui en dît un seul mot. « Mais, depuis huit jours, ranimé sans doute par quelques billets de la cabale et par les discours du maître du sacré palais (mécontent de n'avoir pas été nommé pour cette congrégation), il lui a dit qu'il allât trouver M. Slusius et qu'il lui remît les papiers du Père Alexandre entre les mains, parce qu'il voulait que ses ouvrages fussent condamnés par bref comme ceux du Père Maimbourg et du sieur Gerbais. » M. Slusius blâma cette rigueur et fit remarquer à un de ceux qui la conseillaient qu'elle attirerait encore plus de contradictions que celle du sieur Gerbais, qui avait cependant causé tant de chagrin au pape. « J'ai su, poursuit le cardinal d'Estrés, qu'on avait dessein de concevoir ce nouveau bref comme celui qu'on a donné contre le livre de Gerbais, qui contient ces termes : In quo doctrina injuriosa sediapostolicœ, schismaticaet dehœresi suspecta traditur. » Mais, d'après le dire du cardinal Cibo et du commissaire, ces termes furent supprimés sur les observations du cardinal d'Estrées. Après en avoir cité quelques autres, extraits de ce bref, le cardinal d'Estrées ajoute : « Ces mêmes clauses sont dans les brefs que j'ai cités, comme dans celui du rituel d'Aleth et sont d'une expression si dure, quoique assez commune dans le saint office, qu'on ne pourrait en employer d'autres contres les livres de Luther et de Calvin. » L'avis du cardinal d'Estrées était que Sa Majesté devait faire de l'opposition contre ce bref. « On peut en faire par deux voies, dit -il : l'une, en employant les diligences ordinaires de M. le procureur général et du parlement, et je crois que celle-là ne peut être omise; l'autre, par des écrits particuliers, qui, sous prétexte de défendre l'auteur, font voir l'insubsistance de la condamnation et le détail de la conduite qu'on y a tenue. Sur ce second point, je peux ramasser quelques vues, dont je dresserai un mémoire avec un peu de loisir et que je me donnerai l'honneur d'envoyer à Votre

Majesté. Et je crois que, si elles sont bien mises en œuvre, elles donneront une grande atteinte à ce bref et à la prudence des conseillers de Sa Sainteté1. »

Comme on craignait à Rome la plume du Père Alexandre, on lui fit défendre, de par le pape, « de ne plus écrire ni imprimer sur ces matières, ni sur aucune autre dont il n'ait auparavant la permission du général. » Telle était la liberté laissée par Rome aux savants! On voit aussi parce fait comment les généraux des ordres religieux étaient, entre les mains du pape et de la curie, comme un étau pour broyer tout religieux rebelle aux volontés de la papauté. Le cardinal d'Estrées engagea le Père Alexandre à répondre qu'il ne manquait de respect ni au saint siège ni à ses supérieurs en écrivant selon les maximes du clergé de France, clergé dont il était «pensionnaire» et maximes parfaitement catholiques. Toutefois, observe Son Éminence, comme ce seraitrompre avec ses supérieurs, ce Père pourrait, dans le cas où ce procédé n'agréerait pas, « répondre que son travail sur les siècles qui suivent le douzième jusqu'au temps où nous sommes, est déjà consommé, et l'ayant remis entre des mains de ceux qui sont chargés du soin et des frais de l'impression, il n'en peut plus être le maître. » Si ce Père s'y refusait, on pourrait continuer la publication de son ouvrage sous un autre nom. En tout cas, si l'on se taisait en France après un tel bref, ce serait permettre aux malintentionnés de pousser la condamnation de la déclaration du clergé. Ce fut alors que l'abbé Servient avertit le cardinal d'Estrées qu'on pressait le pape de condamner cette déclaration, comme les papesses prédécesseurs avaient condamné la Pragmatique-Sanction, sans rompre avec la France, et qu'on cherchait à lui faire comprendre qu'il ne pourrait « bien sortir de cet embarras qu'en embrouillant la chose par un acte qui, quoique ambigu, eût toutefois à l'égard du monde quelque chose

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