Correspondance de Rome, t. CCLXf, p
torité du pape, mais dépendre absolument de la vérité, qui est la supérieure du pape et du roi, et la plus forte des choses du monde.
» La cour de Rome, qui n'avait vu qu'avec beaucoup de peine les livres de M. du Puy, qu'elle avait censurés à son ordinaire les mettant dans ['indice, ne put s'accommoder non plus de celui de M. de Marca; et lorsqu'il fut nommé peu après à l'évêché de Conserans, ce lui fut un obstacle pour obtenir ses bulles, qu'il ne surmonta point pendant les dernières années du pontificat d'Urbain par la dureté des conditions qu'on lui voulait imposer, comme il le dit lui-même sur l'offre qu'il avait faite d'adoucir et expliquer quelques endroits pour contenter la délicatesse de celte cour.
» Ce que l'on peut dire à l'avantage de ce prélat contre le jugement de Rome, est qu'encore que Lucas Holstensius, savant homme et bibliothécaire d'Urbain, ta qui l'on donna le livre à examiner en particulier, trouva qu'il avait eu besoin de certains adoucissements, il décida néanmoins qu'il était composé avec un tel artifice pour soutenir les droits de la nation, que la censure n'y pouvait trouver aucune prise, tant il se ménageait adroitement entre l'autorité des rois et des papes ; mais cet avis fut supprimé et ne vit point la lumière.
» Enfin l'affaire ayant été remise à une congrégation, à laquelle intervinrent les cardinaux français Barberin, Pancirole, Rappacioli; et M. de Marca, ayant calmé de son côté par des explications qu'il envoya à Rome, l'émotion qui s'était élevée contre lui, obtint ses bulles avec éloge du pape Innocent X, successeur d'Urbain VIII.
» Il est vrai que cette cour avait été plus satisfaite d'une espèce de rétractation faite à Barcelone, où il était pour le service du roi, que de toute autre chose; mais, comme elle lui fut arrachée dans la faiblesse d'une maladie mortelle qu'il eut en ce lieu-là, elle ne doit pas être regardée autrement pour l'honneur de ce grand homme et la justice delà cause qu'il soutenait, quelque avantage
que cette cour en puisse prendre. M. de Marca ne demeura pas longtemps à passer de l'évêché de Conserans à l'archevêché de Toulouse par la mort de M. de Mouchai...; et si l'on fit à Rome quelque difficulté pour l'expédition de ses nouvelles bulles, ce ne fut que par un soupçon mal fondé de jansénisme qu'on y avait conçu et dont il se purgea d'abord. Enfin, ayant été transféré de Toulouse à la capitale du royaume par le choix si juste et si éclairé de Sa Majesté, l'on sait qu'il n'eut pas le loisir d'en prendre possession, puisque Dieu l'appela à soi dans le temps que ses bulles arrivèrent.
» Jusqu'ici l'ouvrage de Concordia sacerdotii et imperii n'avait paru que de la première édition en quatre livres seulement. Mais M. Baluse, qui avait assisté si dignement cet illustre archevêque dans ses études, et qui était le dépositaire de ses papiers les plus précieux, crut devoir h sa mémoire une nouvelle édition augmentée de quatre livres, et le fit imprimer en 1669 avec cette augmentation tirée des papiers de son maître et avec des savantes notes de sa façon, dont il l'accompagna. M. Baluse se trouvant affranchi, dans cette nouvelle édition, de la contrainte de toute sorte d'intérêts, hors celui de la gloire de cet archevêque et de la vérité qui ne dépend pas des hommes, ne se persuada pas d'être obligé d'épargner la délicatesse de Rome dans une matière si importante à l'État et à la religion; et il ne faut pas s'étonner s'il ne rencontra pas le goût de cette cour, qui n'avait pu souffrir le premier ouvrage qu'avec les assaisonnements que la pure nécessité lui avait procurés. Elle ne tarda guère à donner des marques effectives de son dégoût, puisque l'on vit aussitôt le volume de Concordia placé dans un feuillet de Y indice, qui vint pour lors jusqu'à Paris et ne fit, par malheur pour elle, qu'augmenter le prix du livre chez le libraire et dans l'estime des savants.
» Cet ouvrage, auquel la censure passagère de Y indice ajouta quelque nouvelle grâce, bien loin de le flétrir comme on s'était imaginé à Rome, a joui depuis tranquil-
quillement de toute l'estime solide qu'il mérite : car on ne doit pas, ce me semble, compter pour grand chose l'atteinte que M. David y voulut donner à l'égard des jugements canoniques, puisqu'il trahit plutôtsa cause, quoique bonne dans son fond, par la médiocrité de son intelligence en ces matières, soutenue par quelque facilité de slyle, qu'il ne la favorisa selon ses droites intentions. »
Servient ajouta que, la première censure de l'index « étant tombée d'elle-même, » il n'était pas à craindre que l'ouvrage préparé par le Père Lupus diminuât la gloire de M. de Marca. M. Baluze était là pour y répondre; et Rome ne ferait qu'y perdre, parce que ceux qui réfuteraient le Père Lupus et qui défendraient les libertés de l'église gallicane, « s'assujettiraient encore moins que feu M. de Marca aux égards et aux ménagements, et déploieraient peut-être toute la force de son livre qu'il a voulu ménager. » Selon Servient, la capacité et le caractère du Père Lupus n'étaient aucunement redoutables, et « les gens libres un peu des préjugés communs » n'étaient guère touchés des censures de l'index1.
Pour compléter ces détails, Servient rappela quelques dates : M. de Marca, nommé archevêque de Paris le 26 février 1662, avait obtenu ses bulles le 5 juin et était mort le 29, sans avoir pris possession de son nouveau siège. En 1663, Baluze avait fait imprimer l'ouvrage sur la Concorde , en ajoutant un second volume. Ces deux volumes furent mis dans l'index, qu'Alexandre Vil fit imprimer en 1665 2. Baluze, sans tenir compte de cette censure, renouvela l'édition de ces deux volumes en 1669, et ils furent de nouveau censurés 3.
Dans un mémoire concernant le concile de Lyon et l'affaire de la régale, mémoire qui se trouve parmi les documents de 1682, on accuse de faiblesse les conjec-