‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 172 sur 373 · Traduction sur le texte italien. Correspondance de Rome · texte numérisé non relu

Traduction sur le texte italien. Correspondance de Rome

t. ceux.

huit de la seconde (texte italien), « propositions de Turin. »

En regard des huit premières se trouve la réponse de l'évêque de Grenoble, ainsi rédigée à la suite des négociations qui eurent lieu, par l'intermédiaire de Servient, entre lui et les deux théologiens du pape, Favoriti et Michel- Angelo Ricci : — « Réponse. Au jugement de l'évêque de Grenoble, ces propositions sont, les unes hérétiques, d'autres erronées, d'autres téméraires, toutes scandaleuses et injurieuses pour le siège apostolique ; elles n'ont jamais été émises au nom de l'évêque, qui n'a jamais été en procès devant le sénat. Le sénat de Chambéry aurait dû imposer silence à un avocat téméraire... La sérénissime duchesse de Savoie a ordonné que cette affaire lui fût déférée; l'évêque de Grenoble ignore ce qu'elle statuera ; il déteste et condamne les propositions susdites. »

La réponse aux dix-huit autres remarque d'abord que quelques-unes contiennent la pure doctrine de l'Église, que d'autres sont erronées, et que celles-ci sont publiquement condamnées par l'évêque de Grenoble, par ses prêtres et ses fidèles; mais que, si quelqu'un s'élève aujourd'hui avec une certaine liberté contre les confesseurs relâchés et contre les corrupteurs de la théologie morale, s'il s'efforce de rendre à l'Église sa discipline, il est aussitôt accusé d'hérésie (statim hœreseos accusalur). « Il faut, ajoute-t-on, remédier à ce mal grave, et c'est Votre Béatitude seule qui peut le faire. » Celte réponse était donc adressée directement au pape.

Ensuite vient une réponse ou une explication relative à chacune de ces dix-huit propositions.

Dans l'explication de la première et de la seconde, le concile de Trente est cité comme une autorité. — La réponse à la troisième est ainsi rédigée : « S'il y a défaut de confesseur, le désir du sacrement avec la contrition suffit. Le pénitent en danger de mort doit être absous; s'il meurt en l'absence de tout prêtre, il peut être sauvé,

étant donné son désir de l'absolution et sou respect pour la pénitence, et Dieu suppléant, comme dit Augustin, à ce qui manque par nécessité et non par volonlé. »

— A propos de la neuvième, on lit : « La règle pour découvrir la vérité est l'Écriture et la tradition; les personnes privées ne sont pas juges dans les choses de la foi. Personne, sinon les hérétiques, n'a nié que le souverain pontife ne fût le juge des conlro verses. C'est à l'Église à proposer aux fidèles les vérités à croire, vérités que l'Écriture sainte et la tradition des saints Pères lui ont apprises comme révélées de Dieu. Ce sont les seuls corrupteurs de la théologie morale qui répudient cette règle, »

Touchant la dixième, il est dit : « Ce n'est pas être en sûreté de conscience, c'est même être en très grand danger, que de suivre n'importe quel auteur contre les auteurs delà nouvelle probalDÎlité. Qui niera qu'il ne soit plus sûr de suivre la doctrine fondée sur l'autorité des Pères? Abstrahentiuin non est mendacium. L'évêque de Grenoble professe publiquement que toutes les controverses n'ont pas besoin d'être déférées au siège apostolique, mais seulement lorsque cela est nécessaire: et, rejetant les récentes doctrines sophistiques de certains casuistes, il déclare que l'on doit observer fermement les décrets du saint siège dans la détermination de la foi et des mœurs. » — Onzième proposition sur l'autorité restreinte du pape : « Cette proposition, dit la réponse, est erronée et schismatique, elle n'est soutenue par personne. » — Douzième proposition sur le gouvernement aristocratique de l'Église : « Cette proposition doit être notée comme la précédente, car elle paraît schismatique. »

— « La treizième proposition est fausse et n'est défendue par personne. »

Piéponse à la quatorzième sur la réforme de l'Église : « J'ai désiré que les anciens canons fussent remis en usage; je ne pense pas que les mœurs du clergé et du peuple puissent être réformées autrement; mais il ne résulte pas de là que les évêques aient été autrefois moins

soumis au siège apostolique qu'ils ne le sont maintenant, ni que la discipline de l'Église soit troublée par l'autorité pontificale. L'évêque de Grenoble désirerait que la puissance des souverains pontifes fût aussi visible maintenant que dans les premiers siècles de l'Église, alors qu'ils réprimaient partout les violateurs des canons en vertu de l'autorité qu'ils tenaient, de Dieu, et que, loin d'être empêchés par les magistrats laïques, ils en étaient aidés, »

Réponse à la dix-septième proposition sur les indulgences : « Cette proposition est erronée et scandaleuse. Moi-même, en parcourant mon diocèse, j'ai publié dans chaque paroisse les indulgences du jubilé, j'ai exposé amplement aux paroissiens leur utilité et leur usage et j'ai demandé très souvent des indulgences au souverain pontife. y>

Enfin, dans sa réponse à la dix-huitième proposition, l'évêque de Grenoble dit qu'il n'était pas opposé à la communion fréquente quand elle était faite dignement, c'est-à-dire sans affection au péché véniel pour celle de chaque jour; puis il ajoute : « Je n'ai pas désapprouvé l'exposition fréquente du très saint sacrement, mais seulement les processions trop fréquentes qui ne sont autorisées ni par les décrets des souverains pontifes ni par les rituels, et dans lesquelles le saint sacrement est porté ; j'ai pensé qu'elles ne devaient pas être aussi fréquentes et qu'il ne fallait pas transporter le saint sacrement d'un autel à un autre pour donner des bénédictions au peuple tous les jours plusieurs fois, surtout si cela se fait pour un gain; car, comme dit saint Jérôme, celui-là est un voleur qui tire du lucre de la religion *. »

Tel est l'ordre d'idées dans lequel s'agitait la question gallicane à cette époque, dans cette partie de la France et de la Savoie. Il est à noter que, malgré les timidités de l'évêque Le Camus, il y avait dans les esprits un désir

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