Correspondance de Rome, t. CCXCIX, p
Ce vicaire paraissait fort désireux de se concilier les luthériens; il permit à Strasbourg, en 1685, la circulation d'un écrit, qu'un officier de l'évêché imprima, peut-être même par son ordre. Le nonce de Suisse s'empressa de dénoncer cet écrit à la congrégation de l'inquisition, qui le condamna le 30 août 1685. Il y était dit, parmi les trente articles proposés à l'acceptation des catholiques romains et des^ luthériens, que l'on admettait les prérogatives de l'Église romaine telles qu'elles avaient été admises du temps des apôtres, selon la tradition apostolique, et telles que les Églises les avaient reconnues; on n'y nommait même pas le prétendu dogme de la primauté de cette Église. Il y était dit aussi que les sacrements produisaient la grâce, mais on ne disait ni combien ni quels ils étaient. Le cardinal d'Estrées engagea Louis XIV à faire supprimer cet écrit dans le diocèse de Strasbourg par i'évêque de ce diocèse l.
La question liturgique à Paris ne contribua pas peu à rendre plus difficiles encore les relations déjà tendues entre le saint- siège et l'archevêché de Paris. Le 21 juillet 1680, l'abbé Melani écrivit de Paris à Louis XIV: « Je sais que l'auditeur de la nonciature a écrit fortement au pape, pour susciter encore une autre affaire à M. l'archevêque, au sujet des mandements qu'il a fait publier pour obliger tous ses diocésains sujets au bréviaire à dire celui qu'il a fait imprimer. Et quoique tous les évoques du royaume aient cette faculté, il a envoyé à Sa
1. Note reçue avec la dépêche du cardinal d'Estrées au roi, le 4 septembre 1685 (C. de R., t. CCXCVII, p. 192-201). — Cet abbé Ratabon reçut du roi, en 1687, une abbaye considérable (Herdt) en Alsace ; il en posséda plusieurs autres, et fut nommé par Louis XIV évêque d'Ypres, puis de Viviers. C'était un homme à vapeurs violentes, incapable d'application sérieuse. « Il ne bougeait guère de Paris, dit Saint-Simon, et prétendait qu'il y avait une vapeur dans sa cathédrale qui le faisait évanouir toutes les fois qu'il y entrait. » Fénelon ne l'aimait pas; il aurait voulu, en 1709, qu'on lui « donnât du revenu sans aucun diocèse. »
le gallicanisme a cette époque. 291
Sainteté quelques exemplaires, les faisant passer pour un attentat contre le saint-siège *. »
Dix jours après, le 31, Servient écrivit, à Croissy : « L'on fait à Rome grand bruit d'un bréviaire de M. de Paris, et on prétend que les bulles de Pie V, Clément VIII et Urbain VIII en exécution du concile de Trente, ayant été reçues en France, M. de Paris ne pouvait rien innover au bréviaire dans son diocèse, ni surtout y assujetir (sic) les réguliers par son mandement; en quoi l'on ne considère pas que la bulle du premier excepte les usages particuliers approuvés du saint-siège 2. » Le 7 août, Servient ajouta: « Un prélat qui approche fort Sa Sainteté m'ayant parlé fort particulièrement de cette aifaire, je lui représentai que cette résolution (de M. de Paris) est très soutenable et qu'elle n'est pas nouvelle, puisqu'on trouve, dans le synodicon du diocèse donné depuis peu par M. de Paris, un statut synodal d'Etienne Poncher, l'un de ses prédécesseurs, qui impose cette même nécessité avec bien plus d'étendue et de rigueur, déclarant que les infractions tombent en péché mortel et dans la privation des bénéfices; ce que M. l'archevêque n'a pas fait, pour user de son autorité avec plus d'économie, même à l'égard des réguliers, qui est le point qui les choque ici davantage; que, de plus, si on voulait faire l'histoire du bréviaire romain, on pourrait dire des choses désagréables; que cette cour n'a jamais prétendu l'universalité sur ce point, ce qu'on voit dans la bulle de Pie V, exécuteur du concile de Trente, puisqu'il exempte de ce bréviaire les Églises qui, dès leur institution, auraient un usage différent et approuvé du saint-siège; et qu'au reste ou n'avait qu'à examiner ce bréviaire, pour connaître la sagesse, la piété et la doctrine de ceux qui y ont donné leurs soins . Ces raisons ont été dites au pape, et l'on m'a assuré qu'il