‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 20 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p

de triomphe pour les exilés et encore plus pour ceux qui les soutiennent, qu'ils eussent été rétablis sans qu'ensuite l'affaire de la régale eût été terminée. Ce fut en cet endroit qu'il me dit avec quelque chaleur qu'il n'avait pas tenu à lui qu'elle ne le fut déjà, et fit entendre qu'il n'avait dépendu que de nous, disant qu'il avait offert d'écouter les propositions que M. le cardinal d'Estrées lui voudrait faire, ou de commettre quelqu'un pour les écouter (ce qui étail revenir à la première difficulté et sur laquelle on a toujours contesté) ; que, quant aux variétés, il ne savait pas quelles elles étaient.

» Je lui répondis qu'elles étaient publiques, et qu'ainsi je m'abstiendrais de lui en dire le détail. » Le duc faisait allusion au refus des bulles de Castres et de Clermont ; mais le pape ne dit mot des signataires des propositions de l'assemblée. Le débat continua, le pape voulut justifier les exilés, le duc les traita de scélérats et de séditieux. » Je demandai au pape, continue-t-il, une réponse précise et positive sur celle que je lui avais portée de Votre Majesté; il fut assez-de temps sans me la donner, me faisant de grandes et fortes protestations de vouloir toujours complaire à Votre Majesté et la satisfaire en tout ce qu'il pourrait en conscience; et enfin me dit d'un ton bas, et comme ayant peine à proférer ce qu'il voulait dire, que les exilés devaient être restituti avant l'arrivée de l'évèque dans son évêché. Je dis au pape que, si, après ce que je venais de lui témoigner de la part de Votre Majesté, il voulait encore différer de donner les bulles de Pamiers, je n'avais plus rien à dire ni à faire que de rendre compte à Votre Majesté de l'exécution des ordres qu'elle m'avait donnés ; que Votre Majesté aurait sujet de croire que Sa Sainteté déférait entièrement aux conseils des mal intentionnés, qui voulaient entretenir le désordre et le trouble dans cet évêché; que Votre Majesté n'ignorait pas les lettres insolentes et séditieuses qu'un fripon et infâme Dorât, et très indigne de l'accès et de la créance que Sa Sainteté lui donnait, écrivait

continuellement en ce pays-là, et qu'il avait mandé, entre autres choses, qu'il n'y aurait jamais d'évêque à Pamiers que Cerle n'eût exercé la juridiction de vicaire capitulaire, (sur quoi le pape ne me répondit rien, convaincu apparemment par la vérité de ce que je disais); qu'enfin Votre Majesté serait obligée d'y remédier, et qu'elle n'aurait pas de peine à en trouver les moyens justes et légitimes, et de les faire connaître à toute la terre, comme aussi sa patience et son extrême modération parmi tant de mauvais traitements qu'elle avait reçus... » Le pape me répondit que, quand Votre Majesté voudrait agir de violence et par sa puissance, elle pourrait faire tout ce qu'elle voudrait. Je repris ces mots, lui disant : Je vous ai dit, saint Père, des moyens justes et légitimes, et tout le monde en jugera ainsi. Le pape me dit que c'était à lui de se plaindre dei strapazzi qu'on lui avait faits, sans les alléguer ni en témoigner aucun en particulier. Je lui répondis que Sa Sainteté aurait de la peine à m'en citer aucun ; mais que, si je ne voulais éviter d'entrer dans une matière fàeheuse et peu agréable, il me serait fort aisé de lui marquer ces mauvais traitements dont je parlais. Sa Sainteté me voulut représenter encore que ce que demandait Votre Majesté était impossible, et me pria de lui mander que c'était la raison qui l'empêchait de satisfaire Votre Majesté. » Le duc lui ayant représenté que Sa Majesté était trop raisonnable pour exiger de Sa Sainteté une chose impossible, celle-ci répondit : « Mais l'on pourra introduire l'évêque de force. Je lui dis que cette manière de parler ne convenait pas à celle si pleine de bonté, de justice, de modération et de douceur, avec laquelle Votre Majesté agissait en toutes occasions..; qu'après avoir fait tout ce que nous pouvions, nous demeurerions fort tranquilles et en grand repos sur tout ce qui pourrait arriver, d'autant plus que, quelque parti que Sa Sainteté pût prendre, Votre Majesté le regarderait avec l'indifférence qu'il conviendrait; qu'elle serait assistée des bénédictions de Dieu, qui connaissait

la justice de la cause de Votre Majesté, son respect pour le saint siège, et le fond de son cœur tout rempli de piété et de zèle pour la religion, dont personne au monde ne pouvait douter, après toutes les marques si considérables qu'elle en donnait incessamment. » Le duc alors se retira; le pape le regarda fixement et parut embarrassé. ■ — Quant au cardinal Gibo, il avoua au duc que la proposition du roi touchant le pardon des chanoines exilés lui paraissait fort raisonnable, et qu'il s'étonnait que le pape ne l'acceptât pas.

Le cardinal Gibo n'était pas seul à paraître blâmer l'opiniâtreté du pape. Le duc d'Estrées alla même jusqu'à écrire, le 22 octobre : « Il n'y a personne, non pas même ceux qui approchent de plus près Sa Sainteté, qui ne la blâme de n'avoir pas voulu profiter d'une si belle occasion pour sortir de cette affaire. » Le cardinal d'Estrées, fatigué de tous ces agissements, déclara au cardinal Cibo qu'on ne reparlerait plus de cette affaire et qu'on y pourvoirait sans le pape l ; et, douze jours après, il avertit le roi que Sa Sainteté refusait publiquement d'accorder les bulles à tout député de la dernière assemblée du clergé 2.

Le duc d'Estrées aurait dû remettre alors au pape un mémoire, que le cardinal d'Estrées envoya au roi avec sa dépêche du 12 novembre 1682, dans le but d'élucider le sens du mot idonei 3. Nous verrons que celte remise fut différée par une incroyable faiblesse. Voici les principaux passages de ce mémoire :

« Il serait difficile d'exprimer à Votre Sainteté le déplaisir et la surprise que le roi a témoigné (sic), en apprenant qu'elle n'a pas souffert qu'on proposât les évêchés de Castres et de Clermont, parce que ceux que Sa Majesté

1. Le cardinal d'Estrées au roi, le 17 octobre 1682 (Correspondance de Rome, t.CCLXXXlV, p. 414-426).

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