Ibid., t. CCLXIX, p
de le décrier ici dans l'instant de sa publication, on ne manqua pas d'en écrire plusieurs lettres au palais, et, par une supposition fort maligne, d'insinuer qu'on avait encore pris soin en toutes choses de contredire le bréviaire romain. Cette plainte donna lieu à la congrégation de commettre le Père Bianchi, jacobin, qui a plus de goût pour l'histoire ecclésiastique et qui a plus étudié l'antiquité que la plupart des théologiens de ce pays-ci, de le lire exactement, de le confronter avec les bréviaires de Paris des anciennes éditions et avec le bréviaire romain. Cette commission lui fut donnée avant que je fusse arrivé; ainsi je ne l'avais pas su. Elle avait été oubliée assez longtemps; mais on en a fait ressouvenir le pape depuis peu, et le Père Bianchi a eu ordre de rendre compte de sa commission. Il s'en est acquitté avec beaucoup de prudence et de discrétion, et sa relation a été aussi modérée que celle de l'augustin sur le procèsverbal fut violente et déchaînée. Après l'avoir ouïe, j'ai cru devoir informer la congrégation de ce que je savais sur cette matière. J'ai parlé des intentions de M. de Paris comme je devais et comme il les avait lui-même expliquées, de l'usage constant et presque universel des Eglises du royaume aussi bien que des autres pays, qui conservaient toujours leurs offices particuliers; et je suis entré, plus simplement que je ne ferai dans cette lettre, dans un détail des changements, des hymnes, des leçons ou des antiennes que le Père Bianchi avait observés... Quoique j'aie connu dans quelques-uns des auditeurs quelque dessein et quelque malignité, il m'a paru que mon discours avait fait impression sur la plupart des autres. Ce qui m'a plu davantage, c'est qu'après ce que j'ai dit, on n'a pas dit un mot ni de défense, ni de censure, ni de condamnation... Mais on n'a pu refuser, à l'instance de quelques-uns, qu'on ne commît quelque autre personne pour lire et confronter de nouveau tous ces bréviaires. Et M. Palavicin a été député... Je crois pouvoir empêcher que ce bréviaire ne reçoive aucune atteinte, comme en effet les différences
remarquées entre les anciens, celui-ci et le romain, ne peuvent en être un fondement légitime. » Le cardinal d'Estrées manifesta ensuite le désir d'envoyer à l'archevêque de Paris un mémoire sur les remarques qu'on avait faites à Rome contre son bréviaire l. — Cependant, quelques jours après, la commission donnée à M. Palavicin fut suspendue2.
Le 6 février, Louis XIV répondit au cardinal d'Estrées : « J'approuve fort l'appui que vous avez donné, dans la congrégation du saint office, au nouveau bréviaire de l'archevêché de Paris, qui ne mérite que l'applaudissement général et non pas la moindre censure 3. » Selon Servient, ce fut le cardinal d'Estrées qui « empêcha la censure de ce bréviaire 4. »
Ce ne fut pas seulement de l'assomption de Marie qu'il fut question, mais aussi de sa conception dite immaculée. Servient en écrivit à Croissy en ces termes, le 16 juillet 1682 : « Philippe IV, roi d'Espagne, au préjudice de la constitution de Sixte IV, qui laisse la liberté des sentiments sur la conception, et de la dernière bulle provisionnelle, qui défend, sous peine d'excommunication, d'accuser d'hérésie ou de péché ceux qui ne tiendraient pas la conception immaculée, établit un formulaire dans toute l'Espagne, qui oblige tous les prédicateurs, au commencement de leurs sermons, de le prononcer comme un article de foi, mettant cette opinion en parallèle avec la vérité du saint sacrement de l'autel reçue universellement par l'Église, ce qu'on recueille des termes du formulaire; et cependant, ce formulaire de l'Espagne qui attaque si positivement cette cour dans le spirituel, ne fait ici aucun bruit, pendant qu'on exclame