Ibid., t. CCLXXII, p
Le bref d'Innocent XI accordant à Bossuet la faveur si instamment sollicitée, est daté du 24 septembre ; il est rédigé en termes très flatteurs pour l'évêque de Meaux; Sa Sainteté y loue son génie et ses grands mérites, sa piété et ses vertus, et lui promet de lui accorder libéralement tout ce qui pourrait l'aider dans l'administration de son nouveau diocèse. Le 1er novembre, Bossuet, louché de ce bref, répondit au pape en se comparant à la poussière et à la cendre, me pulverem et cinerem, sous les pieds de Sa Sainteté ; il lui promit de vénérer de toute manière la plénitude de sapuissance. «Attaché aux seins de Rome ma mère, je puiserai, ajouta-t-il, le lait qui doit être donné aux petits enfants, et par des prières assidues je recommanderai au prince des pasteurs un si grand pasteur. »
C'est dans ces sentiments que Bossuet, huit jours après, prononça son célèbre sermon d'ouverture, à la messe solennelle de l'assemblée, sur l'unité de l'Église. C'était un remerciement nouveau pour le bref et pour la faveur du pape. Le lendemain 10, Bossuet écrivit à Dirois : « Je fis hier le sermon de l'assemblée, et j'aurais prêché dans Rome ce que j'y dis, avec autant de confiance que dans Paris; car je crois que la vérité se peut dire hautement partout, pourvu que la discrétion tempère le discours et que la charité l'anime". »
Bossuet avouait donc qu'il avait tempéré son discours par discrétion. Il fut beaucoup plus explicite encore dans sa lettre du i" décembre au cardinal d'Estrées, dans laquelle il déclara avoir voulu garder des « tempéraments » et « ne point offenser la majesté romaine. » « Les tendres oreilles des Romains, y dit-il encore, doivent être respectées et je l'ai fait de tout mon cœur. » Ce n'est point ici le lieu de discuter le genre de gallicanisme de Bossuet, ni les concessions qu'il crut devoir faire à Rome pour éviter un schisme. Lauri lui-même, dans une lettre que Servient vit de ses propres yeux, appela l'attention du pape sur les « ménagements du sermon
de M. de Meaux1. » Le samedi matin, 21 février 1682, Servient écrivit à Croissy que ces ménagements n'avaient fait que fortifier et enhardir le pape et la curie dans leurs prétentions. Voici ses propres expressions : « L'observation agréable pour eux, qu'ils ont faite au palais, que les termes du sermon de M. de Meaux à l'ouverture de l'assemblée, ceux de l'instance de l'assemblée au roi et ceux même de l'édit, marquent un grand ménagement, qui, ne pouvant venir que de la crainte, doit inspirer de la force à Sa Sainteté, et d'autant plus que Lauri suggère que les termes plusieurs fois corrigés de la lettre du clergé au pape, et ceux du consentement du clergé à la régale, ne seront pas moins (même faisant remarquer que M. le cardinal d'Estrées et d'autres de Rome, soutenus de l'avis de quelques ministres et conseillers de Sa Majesté, s'étaient opposés fortement à ce terme de consentement), très odieux au droit royal, quelque tempérament qu'on y puisse apporter2. »
Le pape, excité par les timidités de Bossuet et de l'assemblée, regimba, comme on sait, contre les quatre articles du 19 mars. Comme Bossuet les avait lus et rédigés, Rome sembla dès lors lui retirer sa confiance et le tenir pour suspect. Le 2 avril, Servient écrivit, en effet, à Croissy, que le cardinal Ricci était devenu assez suspect aux yeux du pape et de la camarilla, entre autres motifs parce qu'il était soupçonné « d'un commerce avec M. de Meaux3. » Donc, quoique Bossuet eût beaucoup concédé àRome, celle-ci, insatiable, trouvaitque c'étaitencore trop peu et elle ne pouvait lui pardonner la rédaction de la déclaration du clergé. On représenta à Rome que la doctrine de cette déclaration était conforme à Y Exposition que Bossuet avait publiée plusieurs années auparavant et
1. Servient à Croissy, le 4 décembre 1681 {Correspondance de Rome, t. CCLXXVII, p. 148-150).