‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 22 sur 373 · Ibid., t. CCLXXXII, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXXII, p

et que cependant Sa Sainteté n'avait encore rien fait de son côté. Le pape répondit assez faiblement : E vero. « Je d emandai à Sa Sainteté, dit le duc, si c'était qu'elle eût quelque doute que le pardon des exilés ne fût pas bien certain et qu'en ce cas-là j'engagerais ma parole, mon honneur et ma tête, pour l'en assurer. A quoi Sa Sainteté me répondit qu'elle était persuadée de ce que je lui avais dit le 14° octobre et de ce que je lui en disais présentement. Elle me reparla des exilés de la manière qu'elle avait déjà faite. A quoi je répondis dans la même conformité ; et enfin, quoique Sa Sainteté ne se relâchât pas de ce qu'elle a demandé, touchant le rétablissement des exilés, qu'ils fussent à Pamiers avant l'arrivée de l'évêque, il me sembla néanmoins qu'elle n'était plus si ferme sur ce point-là. »

Cette dernière parole, teintée d'un certain espoir, combla de joie Louis XIV, qui n'attendait qu'une occasion pour reléguer dans l'ombre les projets de résistance énoncés plus haut. C'était une frayeur pour lui de toucher au saint siège, et même au pape! Le 1er janvier 1683, il écrivit donc de Versailles au duc d'Estrées qu'il était satisfait d'apprendre que le pape n'était plus sous l'influence de Favoriti, mort depuis quelques semaines, et qu'il espérait un accommodement plus facile; puis il ajouta : « Vous devez vous ressouvenir que j'ai consenti, par ma dépêche à mon cousin le cardinal d'Estrées du 30 octobre, quelesdits exilés seraient effectivement rétablis à Pamiers avant l'arrivée de Vévêque et aussitôt que vous seriez assuré de l'expédition des bulles. C'est pourquoi, s'il ne vous reste aucune autre difficulté que celle-là pour terminer cette affaire, rien ne vous doit empêcher d'y donner la dernière main. Sur ce. »

Le 14, le cardinal d'Estrées manda au roi que le car-

dinal Albizzi, âgé de quatre-vingt-dix ans et très zélé pour les intérêts français, voulait se faire porter chez le pape pour le prier de terminer le désordre de Pamiers. Mais que pouvait la voix de ce vieux cardinal sur le pape? Aussi d'Estrées ajouta-t-il : « Plus on approfondit l'humeur du pape, et moins on le croit capable d'entreprendre un solide accommodement1. » Vers le même temps, le duc d'Estrées vit le pape, qui le chargea d'exprimer au roi « son respect, sa tendresse, son estime, sa considération. i> Le duc lui fit remarquer que tout cela était inutile, puisque rien de tout cela ne produisait aucun effet ni dans l'affaire de Pamiers, ni dans aucune autre, et il essaya de presser de nouveau Sa Sainteté d'envoyer les bulles. Elle objecta qu'on avait « voulu l'offenser de gaieté de cœur. » Le duc répondit que les évêques nommés professaient une doctrine, pour laquelle on ne pouvait ni cesser d'être catholique ni être condamné, attendu qu'elle était enseignée dans l'ouvrage de M. de Condom, ouvrage approuvé par les cardinaux Bona, Ricci, Lauria, Capisucchi, et même par le pape. Le pape, embarrassé et confus, dit qu'il ne pouvait faire « aucun fondement » sur ce bref d'approbation, parce que ce bref était un lapsus ou un oubli, « questo e scappato ». Le duc insista, en disant que, de l'aveu même de Sa Sainteté, ce livre « avait produit de bons effets et fait beaucoup de bien », et que par conséquent le bref n'était pas échappé; mais « Sa Sainteté ne répondit rien. » Après cette audience, le duc se rendit auprès du cardinal Cibo et lui déclara que, si l'expédition des bulles ne se faisait pas promptement, il mettrait à exécution les ordres de Sa Majesté; Cibo lui avoua de nouveau que le pape devrait bien se contenter des propositions du roi2. Le pape tint bon et dit à Dorât que, si une fois il en-

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