‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 247 sur 373 · Ibid., t. CCLV, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLV, p

Louis XIV écrivit en même temps au cardinal Cibo pour le presser de hâter la solution de cette affaire, et il ne lui dissimula pas qu'il trouvait le temps long.

Le cardinal Cibo résista cependant, et vers la fin de ce même mois de janvier, il déclara au duc d'Estrées que les nominations faites par le roi « n'étaient pas dans les formes *. » Le pape, quinze jours plus tard, fit aussi remarquer au duc que le roi avait fait des nominations, « quoique les supérieures se fissent toujours par élection et pour trois ans seulement. » Le duc lui répondit que la daterie retirerait de ces nominations l'avantage de donner des bulles, et il l'engagea à ne pas suivre les conseils qu'on pourrait lui donner « par partialité pour l'Espagne, et par le désir de ruiner ou du moins d'altérer la bonne intelligence qui avait été jusqu'à cette heure entre Sa Majesté et lui 2. »

Le pape refusant les bulles, le roi fit rendre parle grand conseil un arrêt ordonnant que les abbesses nommées par lui demanderaient des commissions aux provinciaux de l'ordre. La cour consulta sur ce point six docteurs de Sorbonne, qui, le dernier février 1678, rendirent la décision suivante : « Le roi a nommé des abbesses aux monastères des religieuses urbanistes, qui jusqu'à présent ont eu droit d'élection, lesquelles, depuis environ deux ans qu'elles sont nommées par Sa Majesté, n'ont pas obtenu en cour de Rome leur bulle d'institution. Le roi a depuis donné un arrêt par lequel il fait lesdites abbesses nommées, économes du temporel des dites abbayes, et ordonne qu'elles se pourvoiront par-devant les provinciaux, supérieurs desdites abbayes. L'on demande si les supérieurs, sous la juridiction desquels sont les religieuses urbanistes, peuvent en conscience donner une commission pour gouverner le spirituel des monastères

1. Correspondance de Rome, t. CCLV, p. 114-119. 132-134, dépêche du 1er février 1678.

2. Le duc d'Estrées au roi, le 15 février 1678 (ibid., p. 168-182).

à celles qui sont nommées par le roi à ces abbayes, supposé qu'elles aienl été agrégées à l'ordre, ou qu'elles en soient avec les qualités requises, jusqu'à ce qu'elles aient obtenu en cour de Rome des bulles d'institution, qu'elles poursuivront incessamment, et ce, pour éviter le péril imminent de la ruine du temporel et du spirituel des dites maisons et les désordres et divisions qui pourraient y survenir. Nous soussignés, docteurs de la faculté de théologie de Paris, sommes d'avis que lesdits supérieurs peuvent donner cette commission, en cas du péril immiuent du temporel et spécialement du spirituel desdites maisons, aux religieuses qui seront commises ayant les qualités requises pour bien gouverner, conformément à ce qui est ci-dessus exposé. »

Vers le 20 mars, le duc d'Estrées fit observer au pape « que les monastères des urbanistes vivraient plus dans la règle avec des abbesses que sous la direction des cordeliers, qui n'étaient pas tous gens de bien ni capables d'une telle application. » Le pape lui répliqua que c'était une nouveauté *. Le 13 mai, le pape fit la même réponse, et ajouta que cette nouveauté attaquait l'autorité du saint siège, que le roi devrait se faire renseigner sur cette affaire par des personnes doctes, et que rendre les abbesses perpétuelles c'était porter préjudice aux abbayes. Le duc répondit que de telles abbesses soigneraient au contraire davantage ces abbayes 2. Un mois plus tard, le pape répéta au duc que la nouveauté en question chargerait sa conscience et qu'il ne pouvait pas, par conséquent, l'acceptera.

Le 1er juillet, Louis XIV écrivit de ,Saint-Germain au duc d'Estrées : « Pour ce qui touche les urbanistes, quelque droit que j'aie d'y nommer, je sais qu'elles ont besoin des bulles de Sa Sainteté, et j'ai beaucoup de

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