‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 249 sur 373 · Le même au même, le 23 août 1678 (ibid., p · texte numérisé non relu

Le même au même, le 23 août 1678 (ibid., p

LES RELIGIEUSES URP.AN1STES. 353

avec quelques personnes intelligentes, un expédient propre à ménager le roi *.

Vers le 15 septembre, le pape, loin d'être ébranlé, répéta au duc d'Estrées que la nouveauté en question répugnait à sa conscience. Le duc lui fit remarquer que, si celte nouveauté était une amélioration, elle ne serait pas regrettable ; que plus d'un pape s'était permis d'améliorer certains états de choses ; que, quant à sa conscience, il pouvait s'en rapporter à Louis XIV, qui était mieux, informé des couvents de son royaume que les conseillers de Sa Sainteté, conseillers qui étaient jaloux de voir s'établir une parfaite intelligence entre elle et Sa Majesté et qui voulaient l'empêcher par de pernicieux conseils. Le pape défendit ses conseillers, disant que, « comme c'était une matière ecclésiastique, on en pouvait être ici aussi bien instruit qu'en France, » et qu'il députerait une seconde congrégation pour l'examiner encore 2. Le 28, au matin, Favoriti vint avertir le duc d'Estrées, de la part du cardinal Cibo et par ordre du pape, que cette congrégation avait décidé qu'en conscience Sa Sainteté ne pouvait pas consentir à la perpétuité des abbesses, et que « la principale raison » en était que, « les urbanistes ayant fait leurs vœux avec l'intention d'observer la règle dans laquelle elles avaient vécu jusqu'à cette heure, le pape ne pouvait y apporter de changement, » quelque chagrin qu'il eût de ne pouvoir satisfaire Sa Majesté. Le duc fit observer « que les religieuses qui feraient profession depuis l'expédition des bulles pour la perpétuité des abbesses, suivraient la règle avec laquelle elles seraient entrées dans le couvent, et qu'ainsi cette raison ne pouvait subsister que tant qu'il y aurait des religieuses qui auraient fait des vœux selon la première règle; que, comme elles n'étaient pas immortelles, cela devait finir un jour, et qu'il ne croyait pas que le pape fût bien fondé

1. Le même au même, le G septembre 1678 (Correspondance de Rome, t. CCLVII, p. 240-219).

2. Le même au même, le 19 septembre 1678 (ibid., p. 287-295).

E. MICHAUD. iv. — 23

à refuser cette satisfaction à Sa Majesté. » Le duc écrivit aussitôt en ce sens au cardinal Gibo et insista sur les inconvénients que ce refus pourrait produire auprès du roi *.

Louis XIV ne se lassa pas et continua à s'abuser dans son optimisme naïf. Le 6 octobre, il écrivit de Fontainebleau au duc d'Estrées : « J'ai toujours sujet de m'étonner des difficultés que le pape apporte à cette affaire ; mais peut-être s'y sera-t-il rendu plus facile après qu'il aura appris par. son nonce combien je lui ai témoigné fortement que cette affaire me tenait particulièrement à cœur 2. » Pendant que cette lettre était expédiée à Rome, le cardinal Gibo amusait le duc d'Estrées, en lui disant que la demande du roi serait le renversement des constitutions de l'ordre entier de Saint-François; que le pape était désolé à en mourir de ne pouvoir y consentir; que lui, cardinal Cibo, avait le plus vif désir de satisfaire le roi et qu'il avait consulté à ce sujet le Père Lauria, religieux conventuel fort apprécié du duc d'Estrées; enfin, « que, si Sa Majesté voulait se contenter que ce qu'elle a demandé pour l'ordre des urbanistes fût seulement per qualche monasterio, et que l'on trouvât quelque fondement et quelque motif pour ce changement, il faudrait essayer d'y porter le pape

Vers le 15 octobre, nouvelle audience du duc, et répétition des mêmes banalités, même de la part du pape, qui, avec un air peu ouvert et peu riant, se risqua à dire que Sa Majesté, après avoir donné la paix à l'Europe, pourrait bien, vu son grand zèle pour la religion, s'employer contre le Turc 4. Le pape aurait voulu gagner à l'exécution de son plan le concours de Louis XIV, mais sans

1. Le même au même, le 28 septembre 1678 {Correspondance de Rome, t. CCLVII, 312-318).

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