‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 256 sur 373 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

cercle, ramener ses adversaires au point de départ lorsqu'ils se croyaient au point d'arrivée, les lasser, les duper, les attirer, les acculer, jusqu'à ce qu'épuisés, ils abandonnassent la partie? Cette histoire si simple, si mesquine par certains côtés, si romanesque par d'autres, me semble un petit chef-d'œuvre de finesse diplomatique.

L'abbé Servient était plus enclin à envisager les questions à leur point de vue théologique; aussi, le 21 janvier, écrivit-il à Pomponne en ces termes : « Latriennalité des abbesses ou supérieures, qui est présentement dans l'ordre des urbanistes, semble s'y être glissée plutôt par abus et d'elle-même que d'avoir été établie dans les formes. Car, quoique l'on prétende en cette cour qu'il y ait trois constitutions de papes qui l'établissent, on ne voit point néanmoins qu'elles aient été reçues ni autorisées en France pour y avoir force et vigueur, mais plutôt que ce n'est que depuis environ quarante ans que cette triennalité, selon le rapport de quelques personnes bien instruites, subsiste, et que la perpétuité se trouve encore dans quelques couvents de cet ordre. Mais ce qui montre la manière dont cette forme d'élire s'est introduite, c'est qu'il n'en est fait aucune mention expresse dans la bulle d'Urbain qui leur a donné leur première forme et les a séparées de l'ordre de Sainte-Claire; car, encore qu'il ne fasse pas mention non plus de la perpétuité, il y a pourtant un article duquel on la peut induire, quand il dit que, la prieure ou la supérieure venant à décéder, on en élira une autre; d'où l'on peut présumer que le pape Urbain a prétendu que l'autorité des supérieures ou abbesses fût perpétuelle et non passagère, vu qu'il ne parle point expressément de la triennalité, et qu'au contraire il veut qu'il soit pourvu par nouvelle élection au cas de vacance par mort, et cette précaution en cas de vacance aurait été tout à fait inutile s'il n'avait prétendu la perpétuité. » Quant à l'objection faite par le pape que ces religieuses avaient fait vœu de vivre selon

cette règle, Servient ajouta : « Les vœux qu'elles ont faits sont d'être chastes, pauvres et obéissantes, et non d'être perpétuellement triennales, mais bien qu'elles observeront la triennalité entre elles tant qu'elle y demeurera, et que, si une autorité supérieure la change, non seulement elles seront dispensées de la garder, mais même obligées de ne la garder pas et ta se soumettre par le vœu essentiel d'obéissance à la perpétuité *. »

Le 24, le duc d'Estrées écrivit à Louis XIV qu'il avait vu le pape, et que Sa Sainteté lui avait parlé des violences exercées à Toulouse et à Metz contre les urbanistes. Le duc lui fit observer « qu'il fallait voir auparavant si les relations qu'on lui avait envoyées étaient bien fondées, et que souvent les moines et les religieuses ne disaient pas la vérité dans leur passion et dans leur intérêt. » Le duc insista naturellement en faveur de la perpétuité des abbesses. Le pape répliqua qu'il ne pouvait pas en conscience l'accorder. « Je lui répondis, continue le duc, que l'on connaissait mieux en France ce qui pouvait être de sa conscience dans cette affaire, que tous ceux dont Sa Sainteté avait pris les avis, dont je lui pouvais dire que la plupart seraient fort fâchés que Sa Majesté et elle fussent bien ensemble. » Mais le pape prit la défense de ses conseillers 2.

L'abbé Servient envoya à Pomponne, le 1er février, un « nouvel éclaircissement sur l'affaire des urbanistes, » étude historique tendant à démontrer que la perpétuité qu'on voulait établir dans cet ordre en France était conforme à l'esprit de saint François 3. Le 10, Louis XIV envoya de Saint-Germain au duc d'Estrées deux mémoires, avec prière de les remettre au cardinal Cibo et de les faire ainsi parvenir au pape. Louis XIV était persuadé que le pape serait obligé de se rendre à cette Iec-

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