‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 268 sur 373 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

que quelques-uns auraient fort désiré que Ton pût em pêcher le passage des douze jésuites que Votre Majesté envoie au roi de Siam. Mais ne sachant comment s'y prendre, après tout ce que j'avais dit que Votre Majesté ne pouvait refuser quelques-uns de ses sujets aux prières d'un roi son allié, et qu'il n'y avait point de puissance qui pût légitimement empêcher qu'ils n'exécutassent ses ordres, on a voulu pour le moins lenr retrancher les pouvoirs et l'approbation pour l'administration des sa crements aux laïques, et pour cet effet on a résolu d'écrire à l'évêque de Metellopolis, vicaire apostolique, qu'il se gardât bien d'user d'aucune indulgence pour la souscription du serment, et qu'il n'accordât l'approbation à aucun de ces religieux s'il ne se soumettait à le signer. On a eu beau représenter que, dans le premier voyage, les jésuites avaient agi avec tant de respect et de déférence que l'évêque de Metellopolis en avait été édifié; que, par une jalousie d'autorité trop poussée, on s'exposait à perdre tous les biens que les conjonctures très favorables pouvaient procurer dans ces pays-là. Nuls de ces motifs n'a fait impression, et le point d'autorité a prévalu et prévaudra toujours ici. Le nombre des jésuites les a épouvantés, à ce qu'ils ont dit, et leur a fait craindre qu'avec la protection de Votre Majesté et la faveur du roi de Siam et de son ministre, ils n'anéantissent l'autorité des vicaires apostoliques, au lieu que cette même raison, envisagée du bon côté, les aurait dû porter à bien traiter ces religieux et à s'en servir pour la propagation de la foi. On a résolu dans la même congrégation de faire aussi des reproches à l'évêque Argoli, vicaire apostolique qui réside, ce me semble, à Macao, de ce qu'il a dispensé trop facilement quelques religieux de la prestation du serment. J'ai parlé sur cela aussi fortement que je devais au sieur Fermanel. Il s'excuse tant qu'il peut d'y avoir eu aucune part; il prétend, au contraire, qu'il a proposé les tempéraments dont je ne lui ai pas paru persuadé; et, dans celte vue, je lui ai conseillé de

faire ici le moins de séjour qu'il pourrait. Je crois que les jésuites allant dans le royaume de Siam sous les auspices de Votre Majesté et avec l'agrément de ce roi, ils deviendront si nécessaires à l'évêque et aux missionnaires qui s'y (rouvent, qu'ils seront obligés d'abandonner leur ouvrage ou de les traiter honnêtement et avec plus de justice et de charité1. » Il est assez remarquable que la cour de Rome ait pu, déjà en 1686, être « épouvantée » de douze jésuites comme d'un nombre considérable; qu'elle ait cherché à les entraver dans leur activité, même dans l'extrême Orient, et qu'elle leur ait été moins favorable que Louis XIV et le cardinal d'Estrées. Le 1 7 décembre, ce cardinal écrivit au roi que, le jeudi précédent, il avait entretenu Cibo des résolutions que la congrégation particulière avait prises touchant le vicaire apostolique et les jésuites envoyés à Siam. « Il m'a dit, poursuivit-il, que, si elle avait pu empêcher le passage des jésuites, elle l'aurait fait volontiers, mais qu'après les déclarations que j'avais faites et réitérées, elle n'a osé l'entreprendre... Les jésuites sont assurés qu'ils ne trouveront point l'obstacle qu'ils appréhendaient à leur passage, et lorsqu'ils seront sur les lieux, la protection déclarée de Votre Majesté obligera les autres à leur faire des avances et à rechercher leur amitié2. » — « J'ai remarqué, ajouta-t-il le 22 avril 1687, que les gens qui n'aiment pas les jésuites, ont vu avec peine que Votre Majesté ait souffert que ceux qui vont à Siam aient prêté serment entre les mains de M. l'abbé de Lionne ; leurs amis, au contraire, s'en sont fort réjouis. Par là on ôte à leurs ennemis un grand prétexte de les persécuter, et l'on applanit un grand chemin à ces Pères de travailler suivant les ordres et les desseins de Votre Majesté à l'établissement de la foi chrétienne dans ce royaume et dans les autres nations3. » — Le

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