‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 271 sur 373 · Ibid., t. CCLXIII, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXIII, p

bruit se répandit à Rome que Louis XIV voulait que le pape donnât le cardinalat à un évêque français, à M. de Condom ou à M. de Grenoble, et on attribua l'initiative de ce désir royal au Père de La Chaise1. Ce Père s'occupa naturellement de toutes les pièces du débat et de toutes les questions agitées entre les deux cours; il fut avec l'archevêque de Paris l'un des principaux inspirateurs de Sa Majesté, sinon même le principal.

La collation des bénéfices à des créatures dévouées et la perception des revenus des bénéfices vacants, offraient, par le droit de régale, trop d'avantages aux jésuites, directeurs de Sa Majesté, pour que le Père de La Chaise n'en profitât pas amplement. Aussi relrouve-t-on sa main partout dans la question de la régale. L'affaire dePamiers, qui se rattachait à celle-ci, se compliquait encore d'une question d'antipathie 2; l'évêque de cette ville s'était montré très hostile aux jésuites et à leur morale, et les jésuites s'en vengeaient impitoyablement. Delà, pour leur échapper, les démarches de l'évêque et de son parti auprès de la curie romaine, démarches parfaitement accueillies par celle-ci et dont le pape profita fort habilement. Un mémoire remis au duc d'Estrées, le 4 juin 1680, « par lePèreCambola, carme mitigé, provincial de Toulouse, » contient quelques détails intéressants sur ce point. Ce carme y raconte ce qui lui arriva à Piome, où il reçut la visite de Dorât, archiprètre de Dax dans le diocèse de Pamiers et agent de son évêque auprès de la cour de Rome. Dorât voulut le gagner à sa cause, et celui-ci, dans son mémoire, exposa ainsi son discours : — « Primo, me dit-il, le pape est convaincu que la persécution qu'on fait à M. de Pamiers est l 'ouvrage des jésuites soutenus deM. de Paris; ce que l'on a reconnu en cette cour plus

1. Le duc d'Estrées au roi, le 8 mai 1680 (Correspondance de Rome, t. CCLXV, p. 267-268).

2. Tout le monde connaît la lettre que l'évêque Caulet adressa à ce Père, pour lui reprocher sa conduite dans cette affaire. Cf. J. Th. Loyson, L'Assemblée de 1682, p. 41-47.

clair que le jour par les démarches de tous les deux (le Père de La Chaise et l'archevêque de Paris), et qui se confirme par tous les ordinaires de la part des plus grands prélats du royaume; et quand, dans le bref que je viens de vous montrer, le pape parle du conseil corrompu du roi, c'est de ces deux qu'il entend parler. Aussi est-il extrêmement indigné contre eux, et plus, si vous voulez, contre le confesseur du roi que contre V archevêque de Paris, surtout depuis que j'ai remis entre les mains de Sa Sainteté deux lettres en original du Père de La Chaise, par lesquelles il s'offre à des ecclésiastiques de Pamiers d'être lui-même le procureur de la régale et qu'ils n'ont qu'à lui écrire, sans prendre la peine d'aller à lui, quels sont les bénéfices sur lesquels on voudra donner et qu'il en fera faire la nomination par le roi. Croyez-vous, ajouta-t-il, que ce bon Père n'a pas daigné répondre au pape qui lui avait écrit, se contentant de lui faire parler par son général, qui n'avait que des galimatias à dire, dont le pape est dans une si grande colère, que, si les jésuites n'étaient pas protégés au point qu'ils le sont par le roi, illes humilierait à ne s1 en relever jamais. Tout le monde leur court sus en ce pays... Dorât me dit que le pape était persuadé que Sa Majesté était fort catholique, aimant l'Église; mais M. de Paris et le Père de La Chaise l'avaient engagé à des choses contre l'intérêt de l'église, qui iront bien plus loin qu'ils n'ont cru quand ils ont commencé de prévenir l'esprit du roi1. »

Le 26 du même mois, l'abbé de Servient avertit M. de Croissy que les conseillers du pape voulaient qu'on excommuniât M. de Paris, le Père confesseur et quelques autres, et qu'on maltraitât la compagnie de Jésus"2. Le 11 janvier 1681, il ajouta, à propos de la condamnation du jésuite Maimbourg: « On en médite assurément d'autres plus fortes, et j'ai su depuis le 8 qu'ils ont dressé un modèle

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