Corresp. de Rome, t. CCLXXV, suppl. de 1681, p
vêque odieux à Sa Sainteté. Il est impossible que le pape n'ouvre les yeux au moment qu'il sera instruit de ce détail, à moins qu'il n'y eût d'autres raisons secrètes qu'on ne peut pénétrer et qu'on ne saurait présumer de sa piété. 77 sera bon que mon dit sieur le cardinal d'Estrées fasse remarquer au pape que le sieur de la Borde amis entre les mains du roi le cachet et quelques blancssignés de feu M. de Pamiers, dont Sa Majesté se serait pu servir pour faire voir au public et partout où elle juge à propos le repentir de ce prélat sur toute sa conduite passée; mais que Sa Majesté n'ayant en vue que la justice et la bonne foi secondées de son zèle pour le bien de son État, elle est incapable d'employer ces moyens dont la cabale se sert depuis si longtemps pour surprendre la religion de Sa Sainteté et exciter tant de troubles. Sa Majesté se contente de montrer au pape ces restes funestes de rébellion qui ont donné de l'horreur audit de la Borde, dont on s'était servi comme d'un principal instrument, et qui par le seul motif de sa conscience s'est détaché de cette société de brouillons. Lesdits soussignés croient encore qu'il serait bon de faire venir au plus tôt en cette ville l'auteur de ce mémoire, afin de l'interroger dans les formes et le confronter (s'il est nécessaire) avec les sieurs Gharlas, Casanave, Julien, du Ferrier, du Vaucel, d'Auterive, Caulet, Dourdan, mentionnés dans ce mémoire, qui ont dressé des mémoires ou servi de conseil à la cabale; tous lesquels susdits il serait bon de mettre en lieux de sûreté, pour en tirer les lumières dont à l'avenir on pourrait avoir besoin, comme aussi défaire sortir de Pamiers la supérieure des carmélites par V obédience de ses supérieurs, aussi bien que de la ville de Toulouse les nommés dans ce mémoire, quelque rang et quelque qualité qu'ils aient et dont ils font un usage si opposé à leurs obligations. Sa Majesté se réservera d'autres mesures à leur égard, selon les connaissances qui lui viendront en approfondissant cette affaire. Au surplus, on estime qu'il faudra rappeler tout au plus
tôt de Rome les sieurs Dorât et Mailhard, qui ont joué dans cette affaire un si mauvais personnage, et les arrêter à leur retour. Par cette perquisition qu'il sera bon de faire éclater au dehors, on dessillera les yeux de Sa Sainteté, les ministres de la conspiration auront peur, et Sa Majesté empêchera le progrès d'un mal qui grossirait tous les jours, si Sa Majesté, qui a des lumières plus pénétrantes que tous ceux qui ne lui donnent des avis que par un pur motif de leur obéissance et de leur soumission à ses ordres, n'y apportait le remède par sa prudence et par son autorité. — Fait à Paris, ce 12 janvier 1681. Signé : Fr., archevêque de Paris. De la Chaise *. » — On remarquera, à la fin, le compliment d'usage, la finesse avec laquelle il est tourné et la leçon pressante qu'il contient.
Le pape, en plein consistoire, prononça un discours où il traita les conseillers ecclésiastiques du roi, c'est-à-dire le Père de La Chaise et l'archevêque de Paris, de vieillards de Babylone. Le bruit courut ensuite que le palais en avait du repentir; mais, pour démentir ce bruit, le pape prononça un nouveau discours, dans le consistoire du lundi 27 janvier 1681, « seulement en confirmation du précédent, » dit Servient2.
Le Père de La Chaise n'en fut point ébranlé. Il resta fidèle à son programme. Dans une lettre datée de Paris « ce mardi 14 d'avril 1682 à trois heures du soir, » il déclara que la conduite de Rome à l'égard du diocèse de Pamiers était « fort extraordinaire par le schisme qu'on y entretenait, qui causerait sans doute une grande sédition, si nous étions dans un temps moins réglé que celui-ci; » et il termina cette lettre ainsi : « Vous voyez, monsieur, que tous ces scandales finiraient par l'expédition des bulles de l'êvêque que Sa Majesté a nommé, qui étant sans reproche,
1. Correspondance de Rome, t. CCLXIX, 2e suppl. de 1680, p. 311-313.