Dépêche du 23 septembre
E. michaud. iv. — 26
était point intéressée par les raisons qui en auront été rapportées d'ailleurs. Et le pape étant passé à un second reproche sur ce que les jésuites de Pont-à-Mousson n'avaient pas observé l'ordre secret de leur général et le conseil que lui, Dunau, avait promis au pape de leur faire donner par lettre de soutenir son infaillibilité, pour montrer leur dépendance pour le saint-siège, le Père Dunau répondit, selon ce qu'on m'a rapporté, que Sa Sainteté devait compatir la compagnie, qui ne pouvait exécuter en France ses bonnes intentions, sans s'exposer à être chassée du royaume; que les jésuites de Pont-à-Mousson auraient soutenu l'infaillibilité, si M. de Louvois en étant informé à son passage, ne les en eût empêchés avec violence; mais que Sa Sainteté pouvait être assurée que la compagnie n'oublierait rien pour enseigner avec un peu de temps et d'adresse les propositions favorables à cette cour; que cependant elle n'enseignerait jamais les contraires, leurs Pères dussent-ils être exposés au martyre; et que Sa Sainteté devait compter pour beaucoup que leurs mêmes Pères eussent déjà tiré un consentement secret de Sa Majesté qu'ils ne seraient point assujettis à la loi des autres, et qu'ils eussent par cet exemple fourni une ouverture à tous les réguliers de soutenir comme eux l'intérêt du saint-siège, en rejetant la doctrine du clergé de France ou ne s'y soumettant pas, et qu'il suppliait Sa Sainteté de ne point laisser éventer ce secret1. »
Outre cette fourberie que ce Père avouait, fourberie qui consistait à paraître favorable aux doctrines gallicanes et à Yêtre dans le fond aux doctrines ultramontaines, que dire du faux récit qu'il fit au cardinal d'Estrées? Servient tenait sa version du confident même de Favoriti, et Favoriti était renseigné directement par le pape.
Quant à Poncet, voici les pièces qui le concernent : —
1. Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, 3° suppl. de 1682, p. 22-27.
Lavardin écrivit de Rome au roi le 17 février 1688 : « Le jésuite qui s'est sauvé de Lyon doit venir ici1. 11 serait bon que je susse son nom et son signal, parce que l'on m'assure que le pape a ordonné au général de cet ordre de lui accorder la permission de quitter l'habit et d'en sortir2. » Et le 24 : « Pour ce qui est du jésuite qui se sauva de Lyon, j'ai découvert que c'est le Père Poncet de Marseille.- Il s'enfuit de Lyon à Chambéry, où il eut conférence avec Lambert, grand vicaire de M. le cardinal Le Camus, qu'il emploie pour ses allées et venues à Rome et autres commerces qu'il aime à avoir et entretenir pour satisfaire son humeur active. De là Poncet, par routes écartées, se rendit ici. Le pape envoya son confesseur demander sa démission au général des jésuites, avec ordre de la lui donner, ce que le général des jésuites accorda sur le champ. Il a été quinze jours à Rome. Je crois qu'il n'y est plus3. Si l'on l'eût attrapé, je soupçonne que l'on eût découvert bien des intrigues, où il y a lieu de croire que le cardinal Le Camus, Lambert, l'évêque de Vesons et apparemment le général des jésuites avaient part4. » Donc, évidemment, ce jésuite était de cabale ultramontaine, et le pape le protégeait au point d'exiger qu'il fût soustrait à la juridiction du général, afin d'être plus libre dans ses agissements; Casoni le protégea aussi et le lit vivre. Et néanmoins il feignit d'être dévoué au roi et à la cause gallicane ! Il trompait certainement l'un des deux partis. C'est lui-même qui en fournit la preuve; il composa en effet un mémoire, daté de Rome le 18 août 1689, et dont voici le résumé :
Il a été vingt-huit ans jésuite. Ayant eu des difficultés avec quelques Pères, notamment à Marseille, il est venu à Rome pour échapper à leur tyrannie. Il est à Rome depuis le 10 janvier 1688. Protégé par Casoni, qu'il n'a vu