‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 287 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCLXXXII, p

contre les jansénistes et combattue ensuite avec les gallicans.

A d'autres points de vue, les jésuites n'étaient pas aimés. Par exemple, une lettre italienne, datée de Paris le21 septembre 1682 et envoyée de la nonciature à Rome, mentionna que les jésuites de Paris avait le dessein de fonder dans le quartier Saint-Antoine un séminaire de clercs et de prêtres séculiers; que l'espoir de recevoir des bénéfices par le Père confesseur, y rendrait le nombre des étudiants plus considérable qu'à ceux de Saint-Nicolas, de Saint-Sulpice et ailleurs; que ce projet faisait grand bruit à Paris et mécontentait fort les curés 1 .

L'attitude d'Innocent XI vis-à-vis des jésuites de France est très facile à comprendre. Plein de sympathie pour ceux d'entre eux qui soutenaient les maximes ultramontaines, il détestait, au contraire, ceux qui se ralliaient extérieurement au gallicanisme. Il devait savoir, par ses relations intimes avec les généraux Oliva, de Noyelle et Gonzalès, que ce n'était de la part de ceux-ci qu'une tactique intéressée et momentanée; néanmoins il se croyait d'autant plus obligé de les combattre extérieurement, qu'il se croyait sûr de triompher de Louis XIV sans les transactions des Pères confesseurs. Mais, tout en condamnant le Père de La Chaise et ses partisans, il restait dévoué à l'ordre même, dont il appréciait les services et l'organisation. En le voyant désapprouver les jésuites de France en général, on a donc eu tort de conclure de ce fait particulier à une prétendue désapprobation qu'il aurait infligée à l'ordre entier. Ce point d'histoire doit être rectifié. Les dépêches suivantes eu donnent la preuve.

En 1679, lorsqu'il s'agit de préparer le cardinalat de

i. Correspondance de Rome, t. CCLXXX1V, p. 412-413.

Tévêque Le Camus de Grenoble, le pape ne se contenta pas des explications doctrinales que cet évêque lui envoya dans le sens ultramontain, il parut désirer encore « qu'il se raccommodât avec les Pères de la compagnie de Jésus, mais de bonne foi et sans aucun reste d'amertume. » C'est Servient qui écrivit ce détail à Pomponne le 1er avril1. Si Innocent XI eût été dans le fond un adversaire des jésuites, il n'eût certainement pas exigé de ce prélat qu'il revînt sur toutes ses anciennes attaques contre eux et qu'il se réconciliât sincèrement avec eux.

J'ai déjà mentionné, d'après le premier mémoire de de La Borde (4681), qu'un Père jésuite du collège de Pau avait fait avertir Innocent XI par M. Cazanave, docteur régent de Toulouse, qu'il avait des choses très importantes à lui communiquer sur les désordres qui régnaient dans les maisons de la compagnie. Un ennemi des jésuites se fût empressé d'accueillir ces communications; mais Innocent XI ne voulut jamais consentir à faire venir ce Père2. Il aima mieux laisser subsister ces désordres et sauvegarder ainsi la tranquillité des jésuites.

En novembre 1681, dans une audience qu'il accorda à Servient, le pape énuméra vingt griefs contre la France. Le treizième était relatif aux jésuites et ainsi conçu : « Qu'on avait affecté de considérer et de caresser les jésuites en France, parce qu'on avait cru faussement que Sa Sainteté ne les aimait pas; qu'elle prouvait cette fausseté, en ne les réduisant pas, comme il lui serait facile, à l'état des autres religieux, en ne leur donnant pas un protecteur, en ne faisant pas exécuter leurs constitutions sur leur congrégation générale, sur le généralat et sur d'autres points, en ne les privant pas de missions, des confessions et des collèges, comme elle le pourrait utilement et facilement, et en n'examinant pas une infinité d'abus, qui étaient même remarqués par plusieurs évêques

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