‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 290 sur 373 · Ibid., t. CCLXXV, 1er suppl. de 1681, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXV, 1er suppl. de 1681, p

assurément enfermé au saint office, et ce sera une augmentation d'aigreur et de dispute sans remède... En sorte qu'il serait à souhaiter que le Père Maimbourg pût être ou incommodé sans l'être, ou en campagne dans le temps de cette élection, et que ceux qu'on enverra ne fussent pas personnellement odieux à cette cour. Je soumets cet avis très certain aux grandes lumières où il est adressé [. »

Dans un mémoire composé en avril 1682, probablement par l'augustin Yanec, sur le procès-verbal de l'assemblée du clergé, on attaqua les jésuites non moins que cette assemblée; les archevêques de Paris et de Reims y furent particulièrement maltraités, comme lâches courtisans, etc. « En vérité, dit l'auteur, on ne peut voir sans indignation que deux courtisans assidus de V antichambre de certains religieux en faveur dussent ainsi décider, à la face de la chrétienté, contre un très saint pape, et le traiter de faible qui se laisse conduire aux personnes qui sont auprès de lui. C'est une honte à toute l'Église et en particulier à celle de France, qui reprenait sa première splendeur, lorsque la Société Va mise sous la férule par des lettres de cachet qui n'ont point d'exemples, même dans les plus cruelles persécutions, pendant lesquelles on ne faisait des chrétiens que parles lois, et ils n'étaient proscrits et emprisonnés qu'après des défenses qu'ils avaient publiquement violées; mais, depuis que les jésuites gouvernent le clergé de France comme ils gouvernent leurs classes, tout est devenu arbitraire. Il suffit d'avoir déplu à un de ces pédants pour perdre sa liberté et pour être confiné aux extrémités de la Bretagne ou dans le fond des Pyrénées. On a vu depuis peu un curé du diocèse de Saint- Papoul relégué, parce qu'il avait eu la témérité de blâmer un jésuite, qui disait en sa présence et dans sa maison que Monsieur de Pamiers était assuré damné. Ce pauvre curé avait sans doute grand tort, et il méritait ce châtiment de manquer de respect pour ce révérend Père

1. Correspondance de Rome, t. CCLXXX, 1er suppl. de 1682, p. 20-21.

qui avait été son régent; il serait inutile de rapporter des preuves des violences de cette nature, puisqu'elles s'exercent à la vue de toute la France1. »

Tels furent les sentiments de la curie et de la camarilla, et par conséquent aussi du pape, à l'égard des jésuites de France, Gasoni a même exploité contre le cardinalat de l'évêque de Beauvais sa propre aversion contre eux; les trouvant ambitieux et ne l'étant pas moins, les voyant puissants et voulant l'être davantage, il ne pouvait voir en eux que des rivaux. « On s'est servi, dit le cardinal d'Estrées, de toutes sortes de moyens pour détruire M. de Beauvais... Casoni a rendu des lettres de quelques jansénistes ou amis de ceux qu'il a châtiés ou réprimés dans son diocèse, où l'on se plaignait des violences supposées qu'on leur faisait, et où on l'accusait d'une trop grande liaison avec les jésuites et surtout du Père de la Chaise; et l'on m'a dit que cela lui avait fort nui; ainsi, en cela, il est martyr de la bonne cause, comme dans la supposition de la rupture de la diète2. » On lit encore dans la dépêche de ce même cardinal, du 5 janvier 1687 : « Le Père Étiennot m'a dit que, dans les entretiens qu'il a eus avec Casoni, il lui a parlé avec aigreur et peu de discrétion sur les choses qui se font en France contre l'autorité du pape, et avec un acharnement contre les jésuites honteux à un ecclésiastique3. »

Donc, il semble évident que les jésuites de France, au xviic siècle, cherchaient à dominer l'Église du royaume. Mais les maximes gallicanes y étaient encore si vivaces, qu'ils n'osaient ni les briser ni même les combattre; ils s'en montraient les partisans, et visaient ainsi à la domination, non par la résistance, mais par l'adulation hypocrite. En même temps qu'ils voulaient s'emparer de la direction de l'Église, ils s'immisçaient indirectement dans

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