Correspondance de Rome, t. CCXCIV, p
soit nécessaire de se confesser. Sur quoi Sa Sainteté, ajoute le duc, me dit que j'avais raison, me témoignant encore qu'elle tenait Molinos homme de bien, et me cita l'exemple de saint Charles, qui ne disait jamais la messe sans se réconcilier à son confesseur1. »
Le 14 du même mois, le cardinal d'Estrées envoya à Louis XIV les nouvelles suivantes : — On continuait d'instruire l'affaire de Molinos. Sans la fermeté de l'assesseur, du commissaire et de son compagnon, « elle aurait déjà été étouffée par l'artifice et les machines de ses protecteurs. Quand il a été interrogé sur ses commerces, il a nommé Casoni comme un de ses plus confidents et le cardinal Azzolini comme un de ses principaux appuis, entre un grand nombre d'autres personnes. On s'est appliqué jusqu'à cette heure à découvrir ses liaisons et à bien approfondir s'il tient effectivement à sa maxime, suivant laquelle un homme parfaitement attaché à Dieu peut tomber, sans pécher, dans des actions criminelles, parce qu'elles sont involontaires et de pures violences du démon. Il s'est assez embarrassé sur ce point. Le pape, qui consentit avec peine à son emprisonnement, et qui, puis après, le crut coupable par les inspirations qu'on lui avait données, avait changé de sentiment et dit à l'assesseur d'un ton assez rude : Veut-on toujours tenir cet homme dans le saint office? Nous voulons qu'on termine cette affaire au plus tôt; il n'est pas juste de le laisser là languir. Ce changement fit voir à V 'assesseur que la cabale avait agi. Il répondit fermement qu'une affaire de telle conséquence ne pouvait aller si vite, que les accusations et les indices n'étaient point si légers qu'elle se le persuadait, et que, lorsqu'on verrait toute la cause ensemble, on louerait le saint office d'avoir pris ses précautions. Ce discours nous étant rapporté, nous jugeâmes qu'il fallait en parler dans la première congrégation et
1. Le duc d'Estrées au roi, le 4 septembre 1685 {Correspondance de Rome, t. CCXCVI, p. 105-124).
faire voir un abrégé de ce que contenaient les interrogatoires. Cela fut exécuté; et comme l'assesseur rend compte à Sa Sainteté des choses principales qui se passent dans cette congrégation, où elle n'assiste pas, il lui a rapporté tout du long le mémoire qu'on y avait lu. Le pape en fut surpris, et paraissant quitter la bonne opinion qu'il conservait encore pour Molinos, il lui dit qu'il voyait bien qu'il y avait du mal dans cette affaire, qu'il fallait y employer tout le temps, l'industrie et les précautions nécessaires, et en tirer la vérité, de sorte qu'il n'y a pas d'apparence que les amis de Molinos puissent regagner l'esprit du pape en sa faveur. Le cardinal Azzolin, qui n'en a pas dit un seul mot en pleine congrégation, parlant au commissaire du saint office, lui avoua qu'il avait été trompé, mais il défendait encore Molinos sur les intentions, lien paraissait mortifié et embarrassé. Je n'entends plus dire que la reine Christine prenne avec tant de cbaleur le parti de ce directeur. » Le cardinal d'Estrées rapporte ensuite qu'on lui a attribué la découverte de cette « secte » et l'arrestation de Molinos, mais que cela est inexact, qu'il n'a jamais attaqué avec chaleur les idées de Molinos, bien qu'elles fussent vaines et chimériques1. Le 25, il dépocha à Louis XIV que le procès continuait, qu'on examinait les correspondances entretenues par Molinos k Naples, à Milan, à Florence et dans d'autres villes d'Italie, et que Casoni ne passait pas trois jours sans l'aller voir 2. Le 9 octobre, il ajouta : « Mercredi dernier, dans la congrégation du saint office, on parla d'une religieuse qui a écrit douze volumes de sa main touchant l'oraison de quiétude, où il y a les plus grandes extravagances du monde et plusieurs hérésies, beaucoup d'ignorance et d'entêtement. Le confesseur du monastère, entêté lui-même de cette oraison, en faisait tant de cas, qu'il copiait toutes les illusions et les visions