Ibid., t. CCCXV, p
Quelques détails sont encore mentionnés dans la dépêche de Lavardin au roi, le 5 avril 1(589 : « Hier, dit-il, deux complices de Y infâme et fanatique Molinos firent abjuration publique en la salie du saint office. L'un était un ecclésiastique espagnol, qui avait les ordres mineurs; il se faisait nommer scrutator cordium et avait servi de secrétaire à ce dangereux hérésiarque, qu'il croyait un saint homme, tant il en était entêté. L'autre était un portefaix de Cosme, disciple et même dogmatisant, abandonné à une débauche avec les prétendues dévotes de cette secte, dont les circonstances font horreur aux âmes les plus dépravées. La pudeur et le respect qui vous est dû, empêchent que l'on ne puisse parler des abominations de cette secte, qui renferme les sacramentaires, les iconoclastes, les gnotistes, les frérots, les picards, les trembleurs, les illuminés et multipliants. Enfin c'est un détestable ramas de rêveries et de prostitutions d'une douzaine d'hérésies, que celle-ci renouvelle. » Lavardin ajouta que le procès du caudataire dePetrucci et de son complice n'était pas encore terminé1.
Innocent XI, qui se donnait pour un réformateur et pour un restaurateur de la piété à Rome, dut d'autant plus souffrir dans ce procès qu'il y fut compromis. S'il dut se résoudre à une condamnation et capituler en quelque sorte devant la fermeté du saint office et devant l'indignation du public, on peut en conclure que le pape n'était pas encore à cette époque maître absolu de sa curie, et qu'il était obligé de compter avec elle. Innocent XI ne négligea rien, il est vrai, pour la dominer et pour amoindrir le rôle des cardinaux; mais, malgré tous ses efforts, il ne fut pas encore le pape indépendant et omnipotent, que le xixe siècle seulement devait produire.