CHAPITRE XVIII
INNOCENT XI, LOUIS XIV ET LES PROTESTANTS. LA RÉVOCATION DE L'ÉDIT DE NANTES
La plupart des historiens ont représenté ce pape comme favorable aux protestants1; en ce qui concerne particulièrement la révocation de l'édit de Nantes, ils semblent s'être appliqués à qui mieux mieux à lui prêter des sentiments de regret et de désapprobation. Plusieurs ont écrit qu'on n'avait fait à Rome aucune réjouissance en apprenant cette révocation. En 1868, M. Marius lopin, dans son ouvrage sur l'Europe et les Bourbons soîis Louis XIV, a écrit (p. 19) : « Louis XIV venait de signer la révocation de l'édit de Nantes, Innocent XI blâma très nettement cet acte. » M. Louandre a écrit aussi : « Innocent XI, plus clairvoyant que Louis XIV, désapprouve tacitement cette mesure néfaste, parce qu'il sait que les ennemis du catholicisme profiteront des violences exercées contre les dissidents, pour mettre la religion en cause et la combattre au nom de la justice2. » Un autre historien,
1. Bergier, pur exemple, a dit: « Innocent XI se montra aussi favorable qu'on pouvait s'y attendre de sa part à la réconciliation projetée par Spinola entre les catholiques et les protestants. » (Dict. de théologie, art. Innocent XI, édit. Le Noir.
"2. Revue des deux mondes, 1er octobre 1875, p. 603.
dans un ouvrage intitulé Rome et ses papes *, est allé jusqu'à louer la justice d'Innocent XI, son intégrité, sa bienfaisance, jusqu'à célébrer la prétendue défense qu'il aurait faite des droits de l'intelligence humaine, et jusqu'à ajouter à cet éloge cette conclusion : « Honneur à la mémoire du pape bienfaisant et philosophe! » Bref, ces jugements sont reçus et accrédités2.
La Correspondance de Rome détruit tout cet échafaudage, et montre, sur ce point comme sur tous les autres, Innocent XI dans sa réalité vraie; au roman elle fait succéder l'histoire authentique et irréfragable.
Comment les admirateurs de la papauté ont-ils pu réussir à faire à Innocent XI une réputation aussi erronée et aussi répandue? Il est aisé de l'expliquer. On l'a vu en guerre avec Louis XIV, le grand despote, et on en a conclu qu'il était libéral, ennemi de tout despotisme. On l'a vu couvrir de sa protection le parti janséniste et particulièrement,Arnauld, et on en a conclu qu'il n'était pas un partisan aveugle de la papauté, un défenseur fanatique de 1 ultramontanisme. On l'a vu favoriser le prince d'Orange, les protestants de Hollande et d'Allemagne, contre les vues du catholique Louis XIV et du catholique Jacques II, et on en a conclu qu'il était l'ami des protestants. On lui a fait dire qu'il ne fallait pas démolir les temples protestants, et on en a conclu qu'il était opposé aux violences dont les protestants furent l'objet en France.
Ces arguments sont spécieux, mais inexacts. Innocent XI se montra, il est vrai, favorable à plusieurs princes protestants, mais uniquement pour faire pièce à