Bruxelles, 1833; J. P. Méline
2. M. A. de Broglie, en novembre 1853, a écrit : « On s'était gardé de consulter Innocent XI sur la révocation de l'édit de Nantes; et lorsqu'il en reçut la nouvelle, il se borna à se jouer avec une douceur railleuse du déluge de flatteries que répétaient les courtisans en épée et en mitre, et de l'emphase des éloges que le roi se donnait à lui-même. » (Questions de religion et cVhistoire, t. II, p. 92; Paris, 1863.)
Louis XIV et à la politique française, et nullement pour soutenir le parti protestant considéré comme tel. Il avait au cœur la haine de la France, mais non l'amour du protestantisme ; on peut même dire qu'il détesta les protestants, plus encore qu'il ne haït là France. Dans une lettre adressée de Versailles au cardinal d'Estrées, le 6 septembre 1688, Louis XIV accusa le pape de favoriser la destruction du catholicisme en Angleterre, les projets du prince d'Orange, la guerre en Europe, la diminution du catholicisme en France au bénéfice des protestants * ; ce jugement se répandit, et la réputation dont nous recherchons l'origine prit ainsi racine. Les partisans de Louis XIV ne pouvaient évidemment envisager les choses qu'au même point de vue. C'est ainsi que le cardinal d'Estrées écrivit à Sa Majesté le 10 septembre de la même année : « 11 n'y a rien de si scandaleux que les discours qu'on tient dans l'antichambre du pape sur les troupes de Hollande et des princes protestants d'Allemagne2. » — « Voilà, écrivit de son côté l'ambassadeur Lavardin, voilà les projets de ce saint homme, de ne pas pousser les infidèles, et de soutenir les hérétiques3. » Le 5 octobre, il ajouta expressément que le pape soutiendrait les protestants pour les opposer à la France, et qu'il « se ferait chef des musulmans mêmes, pour nuire au fils aîné de l'Église, à son protecteur, au plus ferme appui du saint siège et à l'extirpateur de l'hérésie4. » Il dit encore dans sa dépêche au roi du 27 décembre : « Je doute si la cour où je suis (celle de Rome) est catholique, quand je la vois rassembler les protestants d'Allemagne, seconder les calvinistes de Hollande; et le christianisme même y paraît douteux, quand on fait la paix avec l'Ottoman dans la vue de faire plus fortement la guerre au fils aîné de l'Eglise,