‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 346 sur 373 · Ibid., t. CCLXXVll, 3e suppl.' de 1681, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. CCLXXVll, 3e suppl.' de 1681, p

bien contraires, et avec beaucoup de raison, pour l'empereur et pour les Espagnols, qui s'étaient joints avec les Hollandais dans le commencement de la guerre que Votre Majesté leur avait déclarée, et empêché dans tout ce payslà le libre exercice de la religion catholique que Votre Majesté était sur le point de procurer. J'exagérai comme :,e devais le procédé de l'empereur à l'égard des rebelles de Hongrie et le choix du comte de Valdek pourcommander les troupes de l'empire, dont tous les ecclésiastiques, princes et autres, tremblaient avec une telle grande raison, qu'il ne se pouvait pas une conduite plus honteuse ni plus éloignée de ce que devaient faire de bons catholiques, et que je faisais juge Sa Sainteté de tout ce que je lui disais. Elle m'écouta avec une fort grande attention et ne me répondit rien ; mais elle marqua bien par son silence et par ses manières qu'elle convenait de ce que je lui représentais. J'y ajoutai que cependant ces princes dont je parlais, avaient prétendu, nonobstant leurs pernicieuses intentions pour la religion, que Sa Sainteté les devait assister en diverses manières, ce que j'entendais par ligue ou union et par décimes et qu'il me parut que Sa Sainteté comprenait bien, et qu'ils n'avaient point oublié de tentative ni d'insinuation sur ce sujet, mais que je savais qu'elle avait répondu en véritable père commun, et que nous ne l'avions pas laissé ignorer à Votre Majesté. Elle me dit qu'elle demeurerait dans le même état, et aurait la considération qu'elle devait pour Votre Majesté. Le cardinal Cibo m'assura que c'étaient les véritables sentiments de Sa Sainteté, qu'il ne croyait pas qu'elle en changeât jamais, et que ni lui ni personne n'en pouvait pas tirer du mérite auprès de Votre Majesté, étant certain qu'ils étaient fortnaturels aupapeet qu'ils venaient de son propre mouvement. »

Dans sa dépêche des 13-et 15 juillet 1682, le duc ambassadeur manda au roi que le pape était ravi de la conversion de M. de Blansac, qu'il louait Sa Majesté pour son zèle à ramener ses sujets à la vraie religion, et qu'il lui

recommandait ce nouveau converti, qui lui causait tant de joie. Quelques jours après, le pape revint encore sur ce sujet avec le duc, lui témoigna de nouveau sa joie de cette conversion et le pria de recommander de sa part M. de Blansac à la religion de Sa Majesté1. — Le 23, le duc écrivit au roi que le cardinal Pio avait averti le pape de la nécessité où avait été l'empereur « d'accorder la liberté de conscience en Hongrie, à cause des mouvements du Turc de ce côté-là et que la guerre y était inévitable; n mais le pape refusa des décimes à l'empereur pour cette guerre, et témoigna « un sensible déplaisir de ce qu'avait fait l'empereur. » Donc Innocent XI était hostile à la liberté de conscience.

D'après une dépêche de l'abbé de Servient, datée aussi du 23 juillet, le prélat del Giudice publia en ce même temps, dans une gazette qu'il faisait débiter toutes les semaines, que M. de Blansac s'était converti « pour des médailles d'or que le pape lui avait données2. »

Les difficultés que l'assemblée de 1682 suscita à la cour de Rome aigrirent tellement Innocent XI, qu'au commencement de 1683, en plein consistoire, il s'écria, à propos de la démolition du temple de Montpellier : t Ch'importa di dimolire tanti tempii, le sono tutti i vescovi schismatici,faranno corne inlnghilterra3. » C'est sans doute cette parole qui donna naissance au bruit que le pape était opposé à la destruction des temples protestants. Or, on voit que sa signification est tout autre. Ce n'est pas cette destruction qu'Innocent XI regrettait, mais les doctrines prétendues schismatiques professées par les évêques de France; il trouvait qu'il ne gagnait rien à cette extirpation de l'hérésie protestante, puisque les protestants, en se convertissant, passaient à une Église qu'il

Page 1