Dépêche du 23 juillet
2. Correspondance de Rome, t. CCLXXXI, 2e suppl. de 1682, p. 113-116.
3. Le cardinal d'Estrées au roi, Iel4janvierl683(i&id., t. CCLXXXV, p. 164-177).
tenait pour schismatique, et non à la véritable Église romaine. — C'est à cette même époque qu'il déclara aux ministres de l'empereur que, s'il avait souhaité le maintien de Strasbourg sous la domination du roi de France, c'était uniquement dans l'intérêt de la liberté des catholiques et nullement dans l'intérêt de la France1. Le 5 octobre de la même année, le duc d'Estrées manda à Louis XIV que le pape inclinait pour la continuation de la guerre contre les Turcs ; que le roi de Pologne pensait de même, mais que la reine de Pologne, qui détestait la France, voudrait qu'on fît la paix avec les Turcs et qu'on se précipitât sur la France, pour reprendre Strasbourg, etc. ; cette reine estimait, comme la reine de Suède, qu'il vaudrait mieux que le Turc eût Vienne que le Français Strasbourg 2.
En janvier 1G84, la congrégation d'Étal ayant décidé que le pape devait entrer dans la ligue avec l'empereur et le roi de Pologne, le pape fit dire à cette congrégation par le cardinal Gibo que, l'Angleterre et la Hollande, qui entraient principalement dans la négociation de la paix, étant hérétiques, « il ne convenait pas à la dignité du saint siège et à la sienne de s'en mêler davantage. » La congrégation lui répondit en lui rappelant qu'il avait bien envoyé un nonce à Nimègue, où hérétiques et protestants avaient été admis comme négociateurs3.
Quant au projet de l'évêque de Thina ou Tina(Croatie) de réunir les luthériens et les calvinistes à l'Église romaine, projet pour la réalisation duquel cet évêque parcourut les cours de Saxe, de Brunswick et de Wurtemberg, il ne sortit nullement de l'initiative de la curie, encore moins de celle du pape. Dès le principe, le cardinal d'Estrées le déclara « un mélange si confus des sentiments des deux
1. Dépêche de l'abbé de Servient, le 28 janvier 1683 (Correspondance de Rome, t. CCLXXXVI, 1er suppl. de 1683, p 23-25).
%Ibid., t. CCLXXXVIII, p. 241-265.
3. Le duc d'Estrées au roi, le 26 janvier 1684 (ibid., t. CCXCI, p. 56-70).
sectes avec ceux de l'Église catholique, qu'il ne peut compatir avec la pureté de notre foi et de nos maximes 4. » Dans sa dépêche du 10 juillet 1684, il s'en exprima ainsi : « J'ai su que cet évêque de Tine, qui a proposé des moyens si plausibles pour la réunion des protestants au saint siège, après avoir flatté le pape dans une audience de trois heures sur l'admiration qu'ont les hérétiques de ses vertus, tout de même que Caprara l'assure que les Turcs sont pleins de vénération pour sa personne, avait obtenu de Sa Sainteté une congrégation pour faire examiner ses propositions. C'est la même qui a été donnée pour le livre du Père Alexandre. Elle s'est tenue deux fois chez le cardinal Ottobon avec un grand secret... Je n'ai pu m'empêcher de dire au cardinal Cibo que toute VÉglise serait scandalisée, si l'on savait que le pape voulût non seulement écouter un tel projet, mais qu'il ordonnât qu'on en fît la discussion; qu'il n'était pas de l'honneur du saint siège de nourrir plus longtemps cette affaire; et qu'on devait la faire finir, et renvoyer ce médiateur avec une bonne correction. Je crois qu'il n'est pas encore parti 2. » La conclusion de cette affaire fut dans le sens du cardinal d'Estrées ; car il existe un décret de la congrégation de l'inquisition, daté du 30 août 1685, imprimé à Piome, et condamnant en trente articles le libellulus de quatre pages intitulé : « Articuli fidei prœcipui ad unionem utriusque ecclesiœ romano-calliolicœ et lutheranœ. (Argentorati typis Friderici Wilhelmi Schmunkii, celsissimi principis et episcopi et seminarii argentinensis fcypographi, 1685.) » Ce décret a étépubliéet affiché à Rome le 31 du même mois3.
En avril 1684, le pape dit au duc d'Estrées qu'il voulait qu'on fît sortir de Nice trois cents huguenots qui s'y étaient
1. Dépêche au roi, le 18 janvier 1684 (Correspondance de Rome, t. CCLXXXIX, p. 326-336).