‹ Louis XIV et Innocent XI (volume 2)Chapitre 365 sur 373 · Correspondance de Rome, t. CCXGVI, p · texte numérisé non relu

Correspondance de Rome, t. CCXGVI, p

2. Le duc d'Estrées au roi, le 30 octobre 1685 {ibid., p. 204-220).

mains, pour procurer à son Église les plus solides avantages qu'elle pouvait souhaiter, et y ramener près d'un million d'âmes qui auraient toujours demeuré dans l'erreur si j'eusse fait de moindres efforts pour les en tirer, Sa Sainteté, bien loin de me donner tous les secours que je me devais promettre en cette occasion d'un pape aussi zélé pour la gloire de Dieu et pour le bien de notre religion, aime mieux laisser les églises abandonnées de leurs pasteur 's dans le temps qu 'elles en ont le plus besoin, que d'accorder des bulles à ceux que je lui ai nommés, et que je sais par mes propres lumières et connaissances être les plus capables d'y bien faire leur devoir et de seconder mes intentions. Vous pouvez en parler dans ce sens au lieu où vous êtes, et au cardinal Cybo et à tous autres qui pourront le rapporter au pape, afin qu'il n'ignore pas que, s'il y avait quelques huguenots qui demeurassent encore dans leur obstination, on ne pourrait attribuer ce malheur qu'au peu d'empressement qu'a Sa Sainteté de rétablir une bonne intelligence avec moi, et aux fâcheuses préventions qui l'attachent à des bagatelles, et lui font négliger le plus grand et le plus solide avantage qu'on puisse procurer à la religion catholique, apostolique et romaine *. Sur ce. »

Louis XIV était très blessé de l'inflexibilité du pape, que rien, pas même la révocation de l'édit de Nantes, ne pouvait ébranler. Il le fit encore sentir dans la lettre suivante, adressée de Versailles au duc d'Estrées le 9 novembre 1685. Il dit d'abord que le pape avait bien raison de se réjouir de la révocation de l'édit de Nantes, puis il ajoute : « Mais on aura raison de douter que cette grande affaire lui soit fort à cœur, tant qu'il n'y voudra pas contribuer par le rétablissement d'une parfaite intelligence avec moi, par l'expédition des bulle s -en faveur de ceux que j'ai nommés aux évêchés, et par tous les autres of-

1. Il y avait ici : « et que le saint siège ne pouvait jamais,.. » Mais ces mots ont été supprimés.

fices de justice et de grâce qui peuvent marquer au public un bon concert entre Sa Sainteté et moi, et qui me faciliteraient aussi par conséquent les moyens d'achever rentière conversion de tous mes sujets. Vous devez toujours faire connaître au lieu où vous êtes qu'une semblable conduite contribuerait encore plus à la gloire de ce pontificat que tous les secours que Sa Sainteté peut donner pour la continuation de la guerre contre les Turcs. Sur ce, etc. l. »

On le voit, ce sont toujours les mêmes batteries, et toujours le même mécontentement de les voir démontées par le pape; Louis XIV, au lieu de marcher en avant, tournait sans cesse sur lui-même, dans la petite forteresse mal armée où le Père de La Chaise l'avait piteusement enfermé.

Le cardinal d'Estrées essaya de consoler Sa Majesté, en l'adulant et en lui montrant encore quelque espoir du côté de Rome. Voici sa lettre du 13 novembre 1085: « Je lus avec une avidité non pareille et un transport de joie que je ne peux assez exprimer à Votre Majesté ce glorieux et mémorable édil, par lequel elle a déclaré ses volontés avec un mélange d'autorité et de modération, qui doit ravir des sujet catholiques et toucher en même temps ceux qui ne peuvent encore se dégager des préventions de leur erreur. On peut dire sans aucune exagération que le plan, la conduite et le succès d'un tel dessein, surpasse ou renfermeau moins ce que les plus puissants empereurs et les plus religieux ont exercé de plus éclatant dans de pareilles matières. Il est certain que les ordonnances de Constantin et de Théodose dans la prescription {lire proscription) des hérétiques de leur siècle, et qui ont rendu leur piété si célèbre, n'approchent pas des circonstances et des singularités de cetédit... Quoi qu'on fasse et qu'on obtienne du pape et de cette cour pour cela, il n'approchera pas du mérite de cette fameuse action. . . Nous ne

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