Ibid., t. CCXCVI, p
dans la cour où vous êtes, la part que vous y avez donnée des édits que j'ai fait publier, portant interdiction de tout exercice de la R.P.R. dans mon royaume; et il me paraît, par tout ce que vous n'en écrivez, que vous n'avez rien omis de ce qui pouvait faire connaître au pape et aux cardinaux combien celte résolution et toutes ses conséquences peuvent être avantageuses au saint siège. J'avais aussi beaucoup de raisons de croire que Sa Sainteté ne se contenterait pas de m'en témoigner sa joie par des brefs et par des expressions de son nonce, mais qu'elle se serait servie d'une si favorable conjoncture, et si utile à la reli* gion catholique, apostolique et romaine, pour établir avec moi une bonne intelligence et une très étroite union; j'aurais même tout sujet d'espérer que, quand je lui demanderais de confirmer par des grâces tout ce que je crois posséder avec justice et comme des droits attachés à ma couronne, Sa Sainteté ne devrait pas faire difficulté, dans cette occasion, de se servir du pouvoir et des trésors que Dieu lui a confiés, pour faciliter en tout ce qui dépend d'elle Vaché cernent de ce grand ouvrage. Je vois bien cependant que vous lui avez insinué sur ce sujet tout ce qui pouvait être capable d'exciter son zèle; et si vos remontrances ne produisent aucun fruit, il n'en faut plus attendre sous ce pontificat. Sur ce, etc.1 »
Le lendemain, 7 décembre, Louis XIY envoya à Innocent une réponse à son bref du 13 novembre2; et, le 14, il écrivit de nouveau au cardinal d'Estrées : « J'aurais sujet d'être satisfait,... si Sa Sainteté accompagnait les éloges qu'elle donne à ma résolution de la justice qu'elle me refuse depuis si longtemps, au moins sur les évêchés vacants de mon royaume, où l'application des évêques est d'autant plus nécessaire que c'était dans ces diocèses qu'il y avait un plus grand nombre de gens de la R.P.R., qui, étant nouvellement convertis, ont aussi plus besoin
1. Correspondance de Rome, t. CCXCIV, p. 343-344. 2. /&irf.,p. 345.
d'instruction... Si le pape ne veut pas profiter d'une conjoncture si favorable, je ne laisserai pas de continuer mes soins pour l'achèvement de cet ouvrage. » Le roi se félicita ensuite des conversions fréquentes opérées par les missionnaires; et du retour de plusieurs hérétiques fugitifs l. Le 17 janvier 1686, le roi manda de Versailles à ce même cardinal que « de plus de huit ou neuf cent mille âmes qui étaient infectées de l'hérésie dans son royaume, à peine y en reste-t-il aujourd'hui douze ou quinze cents 2. »
De plus en plus pénétré de l'esprit, de la volonté et de la stratégie de Louis XIV à l'égard du pape, le duc d'Estrées raconta ainsi à Sa Majesté son audience du 16 avril \ 686 : c< Ayant trouvé une occasion de lui dire qu'il ne suffisait pas de bien connaître et d'admirer les actions de Votre Majesté, mais qu'il fallait aussi établir une parfaite intelligence entre Votre Majesté et lui; ce que je répétai par trois fois, sans que Sa Sainteté témoignât seulement vouloir contredire à ce que je disais; mais aussi elle n'y applaudit pas, et je crois que d'insister davantage, cela pourrait plutôt faire un méchant effet que bon : car bien souvent, quand le pape voit qu'on le presse ou qu'on le recherche trop de quelque chose, c'est un motif pour le rendre plus difficile et même fort opiniâtre à ne rien faire de ce qu'on a désir de lui3. »
Le 25 février 1087, le cardinal d'Estrées écrivit au roi qu'il avait eu audience du pape ; que dans cette audience il l'avait assuré que Sa Majesté désirait vivement la paix de l'Europe, mais qu'elle avait lieu de douter des intentions pacifiques de l'empereur, et qu'en conséquence elle proposait un traité de paix; qu'il avait fait ressortir aux yeux du pape que Sa Sainteté devrait d'autant plus favoriser un tel traité, que le roi de France consentirait non seulement à la continuation de la guerre de Hongrie,